‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 155 sur 457 · ENT D. JIM · texte numérisé non relu

ENT D. JIM

IL est à remarquer que ces quatrièmes lettres diffèrent essentiellement de celles de Henri Il. Il n’était plus question de recevoir la Compagnie de Jésus dans la seule capitale, mais dans tout le royaume, et cela malgré les remontrances non seulement du Parlement, mais encore de l’évèque de Paris. Les magistrats, comptant sur la faiblesse du pouvoir, ne se tinrent pas encore pour battus. Sans résister ouvertement à des ordres précis, ils suscitèrent mille incidents pour en différer l'exécution. Afin de se soustraire à de nouvelles instances, ils eurent une seconde fois recours au moyen peu sincère qui leur avait déjà si bien réussi. Le procureur général et les avocats du roi demandèrent, qu'avant de passer outre, les lettres patentes et les bulles pontificales fus- ‘sent examinées à nouveau par l’évêque et la Faculté de théologie. La cour de Parlement, faisant droit à cette requête, ordonna que M‘ du Bellay et les docteurs seraient d’abordentendus. « Aussitôt, raconte le P. Cogordan, nous leur avons fait intimer par un huissier l’ordre de se présenter devant la cour, afin de déclarer si l’on devait ou non recevoir la Compagnie, et donner leurs raisons pour ou contre; mais ils n’ont comparu ni après la première, ni après la seconde citation!. »

8. La crise déplorable dans laquelle se débattait la France depuis la conjuration d’Amboise !, ne permettait guère aux Jésuites d'espérer alors une heureuse et prompte solution de la cause pendante devant le Parlement. Le P.- Broet écrivait à ce propos au P. Général, à la date du 2 juin 1560 : « Je conjure votre Révérence de prier et de faire prier pour nous et pour ce royaume, qui me semble, quoi qu'on en dise, courir les plus grands dangers. L’hérésie se propage de jour en jour dans les provinces, avec d'autant plus de facilité qu'on n'y oppose presque aucun remède et que la justice reste muette et inactive; car ceux qui devraient l'exercer contre les sectaires sont de connivence avec eux. À Rouen, ces nouveautés ont causé de profonds dissentiments entre les partisans de l'erreur el les catholiques : souvent ils en viennent aux mains, pendant la nuit, dans les rues de la ville; et ces luttes font toujours des victimes dans les rangs des deux partis... À Orléans, à Poitiers et ailleurs, l’hérésie est si audacieuse que les catholiques n’osent ni lui résister, ni

1. Lettre au P. Lainez, 2 juin 1560 (Galliae Epist., t. T, fol. 111).

2. Formée en 1560 par les Huguenots sous la conduite du prince de Condé et du

sieur de la Renaudie, la conjuration d'Amboise avait pour but de soustraire Francois II à l'influence des Guise,

même se plaindre!...» Le mal ne fit qu'empirer. Six mois plus tard, revenant sur ce même sujet, le P. Broet ajoutait : « Dans un grand nombre de localités, il n’est plus permis d'annoncer publiquement la parole de Dieu. Ici à Paris, le bruit court qu'il sera bientôt défendu d’y célébrer autant de messes qu'à présent... On crie contre le nombre des religieux, contre leur institution, et l’on menace de les proscrire... Je ne dis rien des conventicules qui se tiennent jour et nuit dans les tavernes, des rendez-vous ténébreux, surtout dans la banlieue, où l’on prèche l'erreur sans que l'autorité paraisse s’en mettre en peine. Le mois dernier, les huguenots brisèrent le grillage d’une niche extérieure, pour en arracher une très belle statue du Sauveur, qu'ils allèrent jeter dans la Seine. D’après cela, vous pouvez juger qu'il ne nous reste d’autre espérance que celle du secours de la divine miséricorde ?. »

Et en effet, au milieu de cette tourmente politique et religieuse, l'affaire du droit de naturalisation sembla humainement désespérée. Pourtant François II n’avait pas abandonné la cause de la Compagnie, qu'il songeait à opposer comme une digue au torrent dévastateur. « Un jour, raconte le P. Cogordan, que le roi avait appelé à la cour le procureur général, trois présidents et plusieurs conseillers du Parlement, pour s’entretenir avec eux des intérêts du royaume, je devançai leur arrivée et obtins que Sa Majesté leur parlât de notre admission légale et leur signifiät que telle était sa volonté. Les magistrats se retirèrent très étonnés du bon accueil que le roi et le cardinal de Lorraine m'avaient fait en leur présence; mais je doute, malgré tout, qu’ils parviennent à vaincre la résistance de leurs collègues. Trois partis divisent le Parlement : les uns, tout à fait gens de bien, veulent notre réception; d’autres, encore que bons chrétiens, ne la désirent pas sous prétexte qu'il y a déjà trop d’Ordres religieux . dans l’Église; d’autres enfin, hérétiques ou suspects d’hérésie, s'y opposent formellement. En somme, les deux tiers du Parlement sont contre nous; un seul nous favorise, maïs avec une tiédeur qui n’annonce rien de bon*, »

9. Ce que le P. Cogordan avait prévu ne tarda pas à se réaliser. Le 10 juillet 1560, peu de temps après l’audience dont nous venons de parler, le Parlement, toujours inflexible, ordonna sim-

1. Epist. PP. Broeli, ete., p. 139. — 2. Lettre du 1° février 1561 (Ibidem, p. 158). 3. Lettre du 3 juillet 1560 (Galliae Epist., t. I, fol. 121).

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