SET
BE HS
l'état religieux du pays à cette époque, et apprécier le rôle de la Compagnie contre la réforme, partout où elle fut appelée à exercer son action apostolique.
L. Les calvinistes de France, d’accord avec les luthériens d’Allemagne, n'avaient cessé de protester contre tout ce qui s'était fait dans la première partie du concile de Trente, et de réclamer un concile général où ils auraient les mêmes droits que les catholiques. Lorsque le pape Pie IV, successeur de Paul IV, « levant la suspension du concile » de Trente, en eut fixé la réouverture dans la même ville pour la fête de Pâques, 6 avril 1561 !, les principaux chefs hérétiques, Calvin, Bèze, Viret, Chandieu, conçurent le dessein d’opposer, au concile universel de l’Église, un synode général du protestantisme européen ?. Ce projet n'ayant pu réussir, ils demandèrent avec instances, au gouvernement franais, la convocation d’un concile national où ils seraient mis en présence des catholiques. L'expérience avait assez démontré, en Allemagne, non seulement l’inutilité, mais aussi les grands dangers de ces sortes de réunions. Cependant, cette proposition soumise au conseil du roi, et vivement défendue par l'amiral de Coligny et le prince de Condé, fut acceptée en principe par la reine-mère, malgré les protestations énergiques du cardinal de Tournon.
Quelle était dans cette circonstance la pensée de Catherine de Médicis? Penchait-elle, comme on l’a dit, vers les doctrines des réformés? Ce n'est pas probable, car elle resta toujours fidèle aux pratiques orthodoxes; mais, obligée d'exercer le pouvoir au milieu de rivalités puissantes, et croyant avoir besoin des unes et des autres pour maintenir son autorité, elle s’inspira presque toujours d’une politique de bascule, qui l’entraina souvent à faire des concessions imprudentes et parfois même à sacrifier les intérêts de la religion. C’est ainsi que, voulant ménager les huguenots, elle envoya à Rome deux ambassadeurs extraordinaires, les seigneurs de l'Isle et de Rambouillet, avec ordre d'engager le souverain Pontife à modifier les expressions de sa Bulle, qui indiquaient la nouvelle réunion du concile général à Trente comme la continuation du premier. Pie IV s’y refusa, sachant bien que la Bulle, en quelques termes. qu elle fût conçue, n’eût jamais pu noie les protestants; puis il fit recommander à la reine, par
1. Cf. Pallavicini, Hist. du Concile de Trente, 1. XIV, c. xvir. 2. Calvini opera. Ad principem quemdam Germanum, epistola, t. IX, p. 148,
l'intermédiaire du nonce, de ne pas se prêter à un concile national qui ne manquerait pas de dégénérer en synode protestant !. . Comme Catherine de Médicis ne montrait nulle intention de renoncer à son projet, le Pape, dans sa sollicitude pour la France, résolut d'y envoyer un Légat a latere que sa parenté avec la maison royale ferait bien accueillir à la cour, et dont l'influence pourrait empêcher les funestes conséquences de l’assemblée réclamée par les hérétiques. Le cardinal de Ferrare, Hippolyte d'Este, accepta cette mission ? et demanda d'emmener avec lui, comme consulteur et théologien, le Général de la Compagnie de Jésus ?. Pie IV aurait désiré conserver à Rome un homme aux lumières duquel il avait souvent recours; mais, sur les instances du cardinal, il finit par donner son consentement, en termes très flatteurs pour la vertu et la science du P. Lainez, qu'il appelait « un défenseur franc et loyal de la foi catholique, prèt s'il le fallait à répandre son sang pour elle # ». Le Père, informé des négociations dont il était l'objet, et craignant que Pie IV n'eût consenti qu'à contre-cœur à son voyage, voulut avoir un commandement exprès, afin de rester dans les bornes d’une stricte obéissance, et d'obtenir ainsi de Dieu un secours plus abondant : « Ce n’est que sur l’ordre formel du Pape, et en vertu de la sainte obéissance, écrivait le secrétaire de la Compagnie au P. Pelletier, que le P. Général va en France; Sa Sainteté n’a point voulu accepter l’excuse de sa charge, et a déclaré qu’elle espérait un grand fruit de ce voyage. » Le P. Lainez, avant son départ, nomma vicaire le P. Salmeron, pour gouverner en son absence les Provinces d'Italie. De son côté, le Souverain Pontife recommanda tout particulièrement au Légat de s'occuper de l'admission de la Compagnie en France. Au commencement de juillet, le P. Général avec le P. Assistant d'Espagne, le P. Annibal du Coudret et un frère coadjuteur, quittait Rome en compagnie du cardimal de Ferrare 5. |
Dès qu’on apprit à Paris l’arrivée prochaine du Légat, les calvinistes et les politiques de l'entourage du roi pressèrent l'ouver-