Klipffel, Le colloque de Poissy, p
3. Proc.-verb. des assembl. gén. du clergé, t. I, p. 8, 2° col.
4, Lettre de l’ambassadeur d’Espagne, 7 août 1561, dans les Mémoires de Condé, TES pe u16:
calvinistes des différentes provinces. Les principaux étaient Augustin Marlorat, apostat de l’ordre de Saint-Augustin, qui, peu de temps après, fut pendu à Rouen; Jean de l'Épine, un jacobin défroqué; Jean Malo, jadis prêtre habitué dans la paroisse de Saint-André-des-Ares à Paris; Pierre Martyr, fugitif de l’ordre des Chanoines réguliers, qui s'était marié avec une religieuse; enfin le plus célèbre, Théodore de Bèze, à qui Calvin léguera plus tard la direction de l’église de Genève. « Il avait l'air fin, des manières insinuantes, l’abord gracieux, l'esprit enjoué; mais il était sans mœurs, impie, libertin... et venait d'épouser la femme d’un maitre tailleur de Paris, après avoir vendu son prieuré de Longjumeau!. »
Lorsqu'ils se virent en nombre suffisant pour affronter la lutte, les ministres adressèrent au jeune roi, le 17 août, la requête d’une conférence publique avec les évêques. Ils y exposaient aussi leurs conditions : « Que les évêques, abbés et autres ecclésiastiques ne soient point nos juges, attendu qu'ils sont nos parties adverses; — que tous différends y soient jugés et décidés par la seule parole de Dieu contenue au Vieil et Nouveau Testament, pour ce que nostre foy ne peut estre fondée que sur icelle?. » Dès le lendemain, le cardinal de Châtillon, envoyé à Poissy par Catherine de Médicis, ordonna de sa part aux prélats de ne point s'absenter de cette ville sans l’autorisation du roi. Il ne déclara point le motif de ce commandement, mais Le bienveillant accueil fait à la requête des calvinistes montrait assez les intentions de la reine-mère. Le 26 août, en effet, elle chargea le cardinal d’Armagnac de signifier à l'assemblée l'ordre de Sa Majesté que les ministres fussent admis à conférer de leur con/ession de foi, et que les prélats eussent à aviser au mode de la conférence. Les évêques se concertèrent aussitôt. Après avoir müûrement examiné la question, ils virent certains avantages, dans l'intérêt de la paix, à ne pas refuser d'entendre les représentants de la réforme; mais ils exigèrent que les débats fussent réduits à un simple colloque entre l’orateur des ministres et celui de l’Assemblée, en présence seulement du roi et de la cour*.
Nous n’avons pas à raconter les incidents du co/loque de Poissy. Il n’y eut que deux séances : l’une le 9 septembre, où Théodore de Bèze prit la parole au nom des protestants; l’autre, le 16 sep-
1. Cf. Fleury, Histoire du cardinal de Tournon, p. 366. 2. Bèze, Hist. Eccl., t. I, 308.
3, Bref recueil.…., p. 14, 16.
tembre, où le cardinal de Lorraine établit l’infailhible autorité de l'Église et la réelle présence de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. La vérité catholique triompha, sans doute; mais le calvinisme, grâce à la coupable condescendance du gouvernement, put afficher ostensiblement sa doctrine devant toute la France. « Il y a grand nombre de prédicants à la cour, écrivait l'ambassadeur d’Espagne; ils y sont sur le même pied que les catholiques!. » Depuis longtemps, comme l’atteste Marguerite de Va lois, il s’y était même formé un parti, qui se faisait un jeu et une mode de son opposition aux doctrines de l'Église ?. Dans ce désarroi général, il devenait nécessaire d’opposer les hommes qui se présentaient comme les champions de l'autorité du Saint-Siège aux calvinistes « qui font profession expresse de la terrasser* », Les menées dont l’assemblée du clergé venait d’être témoin, l’éclairaient enfin sur les dangers d’une situation dont elle n’avait peut-être pas mesuré jusque-là toute la gravité. Ce fut au milieu de ces circonstances et sous l'impression de ces événements que, dans l'intervalle des deux séances du colloque de Poissy, elle eut à statuer sur l’admission de la Compagnie de Jésus.
6. À ne considérer que la composition de l’assemblée et les sentiments dont elle était animée, la réception des Jésuites dans le royaume ne parut pas douteuse quand le président la proposa à la discussion de ses collègues. Elle aurait même été résolue dans le sens Le plus favorable, si elle n’avait dépendu que de la volonté des cardinaux de Tournon, de Bourbon, de Lorraine, de Guise et d’Armagnac, tous protecteurs dévoués de la Compagnie. Mais on se trouvait dans une conjoncture particulière qui exigeait beaucoup de tact et de circonspection. Bien que le roi et la reine-mère eussent plusieurs fois ordonné au Parlement de recevoir les disciples d’Ignace de Loyola, certains membres du conseil tenaient à ne pas froisser les protestants, et l’admission pure et simple d’un Ordre nouveau, destiné à les combattre, aurait presque l’apparence d’un défi. Sans doute, la majorité de l’assemblée avait accueilli avec faveur la proposition mise à l'ordre du jour, mais Odet de Châtillon, les trois évêques qui partageaient ses opinions calvinistes et les docteurs . Méinoires de Conde, 1, p. 16.
. Mémoires de Marguerite de Valois (Edit. Michaud), X, p. 402.
. Pasquier, Œuvres, L. Il, liv. IV, p. 114.
. Lilterae quadr., 1° sept. 1561 (Küln, Stadt-archiv, Universität., XIT, 3265).