Archiv. nat., G
2. Commencements de la Compagnie (Carayon, Doc. inéd., T, p. 20, 21).
3. Ibid. — Hist. de l'établissement des Jésuites en France (Archiv. prov. France, p. 26-33).
à Poissy, serait registré au greffe d’icelle Cour, par forme de société et collège qui sera nommé le collège de Clermont, et aux charges et conditions contenues en leur dite déclaration et leurs lettres d'approbation susdites! ». Les magistrats voulurent aussi assurer, sans retard, aux religieux de la Compagnie de Jésus le bénéfice de cet enregistrement. Une ordonnance mit immédiatement les Pères en possession des legs que leur avait laissés Guillaume du Prat par son testament. Ces legs, conformément aux intentions du testateur, furent employés au maintien du collège de Billom, à La fondation de celui de Mauriac, et à la construction du collège de Paris sous le titre de Collège de Clermont, d’où Les Pères prirent légalement le nom de Société du Collège de Clermont. Le P. Général, depuis plusieurs mois en France quand il reçut communication officielle de la faveur obtenue, accepta facilement la dénomination sous laquelle le Parlement concédait à son Ordre le droit de cité. L'usage, d’ailleurs, avait depuis longtemps prévalu d'appeler les Jésuites de Paris prétres de Clermont, et ce nom rappelait, très heureusement, la gratitude bien due au vénérable prélat dont le souvenir était inséparablement lié aux origines de la Compagnie de Jésus en France. De plus, si l’admission légale n'était pas aussi complète qu'on l'aurait désiré, elle allait du moins permettre d’exercer les fonctions scolaires au sein même de l'Université de Paris. Connaissant l'influence de celle-ci sur lé reste de l'Europe, le P. Général se proposait « de faire du collège de Clermont le plus célèbre collège de son Ordre; il voulait y réunirles plus savants professeurs, persuadé que ce serait le plus sûr moyen de réformer l'Université? ». Les cardinaux de Bourbon et de Ferrare, et plusieurs autres prélats confidents de ses intentions, l'encourageaient vivement à poursuivre cette œuvre à laquelle ils promirent leur appui.
7. Le 18 septembre 1561, le P. Laïinez était arrivé à Paris. Sa visite procura la plus vive allégresse à toute sa petite famille religieuse de la rue de la Harpe. Deux jours après, il se rendit à Saint-Germain où l'avait précédé le cardinal Légat. IL y habitait au château avec $es compagnons, les PP. Polanco et Annibal du Coudret et le Frère Louis. D’après une lettre de l’un d'eux,
1. Arrêt de la cour du parlement, dans un recueil de pièces relatives au coll. de Clermont (Archiv. nat., MM, Instruction publique, n. 386, f. 105). Cf. D'Argentré, Collect. judiciorum, II, 342, 343. ee
9. Lettre du P. Cogordan au P. de Borgia, citée par Prat : Maldonat et l Université de Paris, p. 42.
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ce séjour à la cour n'avait rien de confortable ni de séduisant : « Nous sommes quatre, disait le P. du Coudret, dans une chambrette, garnie d’une seule petite table, sur laquelle trois de nous écrivent èn ce moment, et nos lits reposent sur le plancher. Nous n'avons pas à nous plaindre, car d'importants personnages sont encore plus mal partagés. Combien il en à coûté à notre P. Général de laisser tous les siens pour venir ici! Nous jouissons tous, grâce à Dieu, d’une bonne santé ; nous serions même très contents, si nous n'avions pas sans cesse devant les yeux la ruine de ce pauvre royaume. Hélas! on voit, on sent le mal et on ne peut y remédier. Dieu daigne venir à notre secours! »
Les instructions données par le Pape au cardinal de Ferrare, envoyé à la cour de France en qualité de Légat, étaient d'arrêter la reine et son conseil dans la voie des concessions, et de leur montrer que le seul remède à la crise religieuse du royaume serait de renvoyer les hérétiques au concile général, de nouveau convoqué à Trente. Le Légat, — on peut s’en rendre compte par ses lettres à Pie IV et au cardinal Borromée ?, — mit tout en œuvre pour faire réussir sa mission. Mais la tâche était difficile, dans une cour où les affaires religieuses subissaientles fluctuations de la politique, et où dominaient alors les chefs du parti calviniste. Quand Mâtié de Médicis exigea l'enregistrement des lettres de créance présentées par l’envoyé du Saint-Siège, L'Hôpital, fort de son influence sur elle, refusa d’abord de les munir du sceau de la chancellerie; pressé par la reine qui craignait d'irriter l'Empereur et le Roi catholique, il obéit de mauvaise grâce et se permit d'ajouter la clause : Me non consentiente. Le Parlement, d'autre part, ne consentit à les homologuer qu'après une longue opposition et dans des termes qui laissaient voir sa répugnance.
Pendant ce temps, les ministres huguenots prenaient des mesures avec Coligny pour continuer les discussions commencées au colloque de Poissy. Fidèle aux recommandations du Pape, le cardinal de Tournon, président de l'assemblée ecclésiastique, opposa à leurs demandes une invincible fermeté. Mais Catherine de Médicis redoutait plus les violences des huguenots que les raisons du cardinal: elle céda aux instances des ministres et leur accorda la reprise des conférences, à condition qu'elles seraient privées et que le jeune roi n'y assisterait plus?. La première se tint, le
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1. Lettre au P. Domenech, 27 septembre 1561 (Galliae Epist, t. 1 f. 322). 2. Baluze, Miscellanea, {. IV, p. 378 et suiv. à 3, Voir Bèze, Hist. ecclesiastiq., t. 1, p. 348.
24 septembre, dans la chambre priorale du couvent de Poissy. Les cardinaux de Ferrare et de Tournon, par dignité, s’abstinrent de l'honorer de leur présence; mais le Légat y envoya trois théologiens de sa suite avec le P. Général de la Compagnie de Jésus. Lainez fit remarquer au Président l’inconvenance des sectaires, qui restaient assis comme des juges, tandis que les théologiens catholiques se tenaient debout commes des accusés; et on y mit aussitôt bon ordre !. A la fin de la séance, Le cardinal de Lorraine présenta aux ministres, après l'avoir montrée au P. Lainez, une formule de la foi catholique sur la présence réelle, en déclarant qu'il était bien résolu de ne plus les entendre s'ils refusaient d'y souscrire. :
Les prédicants ne voulurent point signer la formule, et obtinrent pourtant de Catherine de Médicis la réunion d'une seconde conférence, qui eut lieu le 26 septembre. Pierre Vermigli, dit Martyr, y prit la parole après Théodore de Bèze et prononça en italien, langue assez commune dans l'entourage de la reine-mère, un discours que le docteur d'Espence réfuta victorieusement. Les autres ministres vinrent au secours de leur collègue et répondirent aux arguments par des injures?. Le débat doctrinal menacait de tourner en dispute vulgaire, quand le P. Lainez, brillant théologien du concile de Trente, intervint et releva la discussion ; personne peut-être, parmi les docteurs présents, n’était capable de le faire avec autant d'autorité et de succès.
8. Le rôle modeste, bien qu'important, du P. Général de la Compagnie dans ces circonstances, n’a pas été compris de quelques historiens. « Laïnez, dit Crétineau-Joly, avait écouté les discussions sans y prendre part; mais enfin, l'audace des dévoyés de l’Église alla si loin qu’il ne put se contenir davantage. Il descendit dans l'arène avec les hérétiques?. » Ne semblerait-il pas que, d’après ce passage, Lainez intervint dans les discussions comme le principal athlète de la foi? Or, arrivé à Paris le 18 septembre, le Père ne put assister aux séances publiques du colloque tenues les 9 et 16 septembre: même à Poissy, il se serait abstenu de paraitre à des réunions qui n’avaient pas l'approbation du Souverain Pontife. Envoyé par le cardinal de Ferrare aux deux conférences privées, qui eurent lieu le 24 et le 26 septembre, il