Massip, op. cût., p
‘4, Pélisson, De l’antiquilé de la famille de Tournon, cité par Massip, p. 24.
et plusieurs des régens estoient contre moi!. » Le cardinal, informé à Rome de la désunion entre le principal et les régents, en conçut à bon droit de sérieuses inquiétudes : il était « toujours en continuelle crainte que l’ennemy de la foy ne semast quelque zizanie et mauvaise semence de doctrine en son dict collège ? ». Ses appréhensions n'étaient que trop fondées. L'hérésie, sous le manteau des régents, avait pénétré à Tournon, et l’orthodoxie ne s’y trouvait plus en sécurité. Le collège, d’abord très prospère, penchait maintenant vers sa ruine,
Les choses en étaient là, lorsqu'on apprit à Rome la foudroyante nouvelle de la mort du roi Henri II. La cour de France réclamait de nouveau les conseils et les services du cardinal de Tournon: le pape Pie IV l’envoya à Paris avec le titre de Légat & latere. Quelle ne fut pas sa tristesse, quand il parut sur les bords du Rhône, de trouver la maison, en laquelle il avait mis ses plus chères espérances, devenue comme un foyer de propagande calviniste !
Quelques historiens ont raconté’ que, voyant son chagrin, deux de ses familiers, Vincent Laureo, futur évêque de Mondovi, et Pierre de Villars, plus tard archevêque de Vienne, lui avaient suggéré le remède et inspiré la pensée de confier son collège aux Jésuites. Point n’était besoin de ces conseils, auxquels d’ailleurs nul document contemporain ne fait allusion. Depuis longtemps, le cardinal de Tournon connaissait et aimait la Compagnie de Jésus. Il avait apprécié à Rome la sagesse et la vertu de son fondateur, et à Trente la piété et la science de son général actuel, le P. Lainez; il avait logé dans son palais, à Lyon, dont il était archevêque, les PP. Broet et Salmeron au retour de leur légation en Irlande; et ses sentiments à l'égard de tout l'Ordre étaient si manifestes que le P. Louis du Coudret pouvait écrire à son supérieur, en 1558 : « J'entends dire que le cardinal de Tournon est tout à fait l'ami de notre Compagnie‘. » Aussi le P. Jean-Bap-
1. Pélisson, De l'antiquité de la famille de Tournon, cité par Massip, p. 24.
2, Archiv. de l'Ardèche, D, Coll. de Tournon, cité par Massip, p. 23. Cf. Manare, Derebus SJ-"p 81
3. Par exemple Sacchini, Hist. Soc., pars II, lib. IV, n. 84. Fleury, Hist. du card. de Tournon, liv. VIL. Prat, qui les a suivis dans ses Mémoires sur le P. Broct, p. 389 etsuiv. — C’est Sacchini probablement qui affirma le premier ce fait, s'appuyant sur une . histoire manuscrite, très courte, du collège de Tournon, postérieure à 1587, signée Richeomus, que nous avons entre les mains. On y lit : « Ill" cardinalis.. consilio Vincentii Laurei. S. R. E. jam cardinalis a Monte Regali, et Petri Villarii, Viennae Archiepiscopi, eam [academiam] Patribus Socielatis Jesu (quibus, imprimisque R. P. Laines, Romae et in concilio Tridentino familiariler usus fuerat) tradere decrevit » (Francia, Fundationes Assist., n. 36). Ce passage n’infirme nullement ce que nous avons dit dans notre texte.
4. Lettre du 3 nov. 1558 au P. Lainez (Gall. Epist., t. I, p. 43),
tiste Viola, bien au courant des choses de France, recommandait-il au P. Lainez, en 1559, de solliciter son appui pour la fondation du collège de Lyon!. Le P. Général ne manqua pas de le faire, à l'issue du conclave qui élut le pape Pie IV. Or, non seulement le cardinal lui promit un bienveillant concours, mais il ajouta « que, s’il n'avait pas déjà disposé de son Université de Tournon, il la confierait à la Compagnie de Jésus? ». On a tout lieu de supposer qu’un prélat qui était dans ces dispositions au début de l’année 1560, songea tout le premier à recourir aux Jésuites quand, de retour en France, au mois de septembre, il put constater de ses yeux les rapides ravages de l’hérésie infectant toute la contrée sans même épargner son collège. Les circonstances lui rendaient les mains libres : il pouvait dissoudre un corps enseignant qui n'avait répondu ni à ses vues ni à ses espérances, et le remplacer par les membres d’une Société dont il écrira bientôt au premier président du Parlement : «Il semble que Notre-Seigneur l'ait fait naître en ces temps icy et la nous ayt envoyée pour servir de remède et antidote aux erreurs et aux déprouvées doctrines qui ont cours aujourd'huy.. n'ayant aultre sujet, fin et intention que de prêcher, ou lire, ou enseigner la jeunesse. J'aime et j'estime grandement ceste Compagnie pour le seul respect du service de Dieu et de notre saincte religion”. »
Comme il continuait son chemin vers Paris, le cardinal fit un court séjour à Vienne et y rencontra le P. Louis du Coudret, auquél il déclara ses intentions bien arrêtées. Quelques jours plus tard, en son nom, Vincent Laureo adressa au P. Lainez une lettre qui peut être regardée comme l'offre officielle de l’Université de Tournon à la Compagnie de Jésus. Les motifs qui guident le fondateur dans son choix, les avantages et les conditions du fu- {ur contrat y sont largement exposés : « Le cardinal de Tournon, dit son mandataire, est ému de la plus vive douleur de voir ce grand royaume en proie aux factions. Il n’a pas trouvé une seule ville qui ne fût corrompue par les nouvelles erreurs. Sa sollicitude, qui s'étend sur tous les pays, ne peut oublier Tour- non, le lieu de sa naissance. Plein d’estime pour la sainteté de vie et la pureté de doctrine qu'il à toujours reconnues dans Îles
1. Lettre du P. Lainez au P. Viola, 28 nov. 1559 (Gall., Epist. Generalium, {. I).