Massip, 0p. cil., p. 14. — 4. Sacchini, /. c., n
5. Manare, De rebus. S. J., p. 81. Epist. P. Nadal, t. I, p. 741, n. 1.
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Montlue, ne se mettait guère en peine de réprimer l'insolente propagande des réformés qu'il aurait plutôt favorisée. Voyant le besoin que ce pauvre peuple avait d'entendre la parole de Dieu, le P. Émond accepta avec joie la mission qu’on lui proposait. Le succès de ses discours surpassa toutes les espérances. On ne se souvenait point d’avoir jamais vu une si grande affluence au sermon : attirés par son entrainante éloquence, catholiques et calvinistes se mêlaient dans son auditoire. Les hérétiques avouaient « que si le surplis et le bonnet, dont maitre Émond se servait à la facon des prêtres de l’Église romaine, ne l’engageaient point à débiter une doctrine contraire à la leur, il n’y aurait pas un de leurs ministres auxquels ils ne le préférassent de tout leur cœur ». Non content de parler chaque jour à l’église principale de la ville, le P. Auger déploya sur d’autres terrains toutes les énergies de son zèle industrieux. Par ses manières, toujours frañches et aimables, il gagnait les sympathies dans les entretiens particuliers où il achevait le bien commencé par ses prédications. A la prière des catholiques, il composa un pelit traité, en forme de méditations, où il exposait les signes auxquels on peut distinguer l’ivraie du bon grain; cet écrit, distribué dans toute la ville, contribua beaucoup à prémunir les fidèles contre l'erreur. De nombreuses conversions, celle entre autres d’un des premiers magistrats de la cité, furent la meilleure récompense de cet infatigable missionnairef.
6. Le cardinal de Tournon continuait à bénir Dieu du bien opéré par les Pères de son collège. C'était sa principale consolation dans la demi-retraite où il vivait, depuis que la reine Catherine de Médicis, après la mort de François If, avait échappé à son influence pour se rapprocher des huguenots. Le spectacle des calamités publiques, en ébranlant ses forces déjà défaillantes, lui faisait redouter pour son pays un avenir qu'il ne verrait pas. Avant de mourir, il voulut du moins que là où il était le maitre toutes les précautions humaines fussent prises contre Les manœuvres des novateurs. La confiance que lui inspire la Compagnie de Jésus, les prescriptions relatives à la discipline et aux mœurs qu’il a fait insérer dans l’acte de donation du collège, ne lui suffisent pas, et à deux semaines de sa mort, le 5 avril 1562, à
1. Sacchini, Hist. Soc. Jesu, P. I, 1. VI, n. 42. — Il nous a été impossible de retrouver dans les lettres du P. Auger des détails sur ce carême de Valence. Dans une
lettre du 10 avril 1562, datée de Tournon, il écrit au P. Général qu'il n'avait pas eu pendant ce carême un seul moment à lui (Gall. Epist., Il, f, 5).
Saint-Germain-en-Laye, en présence de ses fidèles amis Pierre de Villars, Vincent Laureo, Bon de Broé, et du chanoine Fournier, docteur de Sorbonne, il formule, sous le titre de Lois de l'Académie de Tournon!, les règlements les plus capables de fortifier aux cœurs des jeunes gens les habitudes de la piété et de la foi. On y trouve expressément recommandés : la messe tous les jours; de nombreuses prédications; le culte de la Très Sainte Vierge; la confession et la communion fréquentes; une étroite surveillance des pédagogies; une prompte répression de tous les délits de paroles ou de conduite; enfin une profession de foi catholique, que tous les élèves devaient prononcer sous serment.
Tel fut le dernier acte de ce vrai pasteur des âmes?. Quand il l’accomplit, l'état de sa santé ne laissait plus guère d'espoir à son entourage. Peu après, une recrudescence de la maladie amena le fatal dénouement. Le cardinal, se voyant près de sa fin, voulut être assisté par un Jésuite, et donner ainsi à la Compagnie un suprême témoignage de l'affection dont il l'avait toujours honorée. Le P. Polanco, secrétaire du P. Général, accourut auprès du vénéré malade et ne le quitta plus qu'à son dernier soupir”.
Le prélat recut les sacrements de la sainte Église, avec des sentiments de foi et d’humilité qui édifièrent tous les assistants. Il demanda pardon à Dieu d’une manière si touchante que ses domestiques, rangés autour de son lit, fondaient en larmes. Loin de regretter cette vie, il exprimait Le désir de quitter au plus tôt la terre pour jouir de la félicité du ciel. « Depuis longtemps, s’écriait-il, je suis inutile à l'Église et à charge à l’État : il est temps, Seigneur, de délivrer votre peuple. » Il conjurait le P. Polanco d'écrire à ses frères en religion afin de lui obtenir une prompte mort par leurs prières : « C’est là, disait-il, toute la reconnaissance que j'exige de la Compagnie pour les services que j'ai pu lui rendre. » Enfin, le 21 avril 1562, Dieu exauça ses vœux; il s’en-
1. Le texte de cet acte est en latin et le titre porte : Leges academiae Turnoniae Societatis Jesu, ab oplimo sapientissimoque ipsius funwdatore latae. La fin du titre a dû être mise par les Jésuites ou les amis du cardinal (Tolosana, Fundat. colleg.., t. IV, n° 16).
2. La Revue Mabillon (novembre 1907) a publié sur le cardinal de Tournon un article bien sévère. Il faudrait, pour juger la cause, autre chose que les affirmations de Dom Bouillart et Dom du Breul. En tout cas, il n’est pas vrai de dire que le carnal était © un homme aux yeux duquel les intérêts matériels seuls avaient quelque valeur » (Le cardinal de Tournon, abbé commandataire de S.-Germain-des-Prés, par Dom Yves Laurent, Revue Mabillon, 3° année, n. 11, p. 277).
3. Lettre ms. du P. Polanco, 25 avril 1562 : « De morte Card. de Tournon. » — D’après le P. Sacchini, ce serait le P. Polanco qui, arrivé auprès du cardinal quelques semaines avant sa mort, lui aurait inspiré la rédaction des lois de l'Académie de Tournon et la profession de foi qui s’y trouve jointe (Hist. Soc., P. IT, lib. VI, no 38),
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dormit doucement dans le Seigneur! en baisant dévotement le crucifix, « Sa mort, écrivait trois jours plus tard le cardinal de Ferrare, excite d'immenses regrets parmi tous les gens de bien, car jamais, plus qu'au temps où nous vivons, son intervention n'avait été nécessaire aux affaires du royaume et de la religion. » La mort du cardinal de Tournon fut en effet une calamité publique : l'Église le regretta comme un de ses plus zélés défenseurs et la France perdit en lui un des prélats les plus dévoués à ses intérêts?. La Compagnie de Jésus le pleura comme un père, un protecteur fidèle et affectueux. Le P. Lainez ordonna qu’on fit des prières publiques et qu’on célébrât un service solennel pour le repos de l’âme de cet insigne bienfaiteur, dans toutes les maisons de la Société. Le cardinal avait demandé, par son testament, que son corps fût transporté à Tournon pour y être enterré dans l'église du collège 5. La crainte des huguenots, qui infestaient les bords du Rhône, empêcha d'exécuter immédiatement sa dernière volonté. Plus tard seulement, les Jésuites de Tournon reçurent la dépouille mortelle de leur fondateur. On la déposa, en attendant, à l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés dans la chapelle de la Très Sainte Vierge.
7. À ce moment une partie du royaume était en proie aux convulsions de la guerre civile. L'édit du 17 janvier 1562, au lieu de pacifier! les esprits, ne faisait que déchainer la fureur des calvi- -nistes. Peu satisfaits des concessions obtenues, ils réclamaient la complète liberté de leur culte, et ils résolurent de prendre de vive force ce qu'on refusait de leur accorder. Le 2 mars, une collision sanglante, survenue à Vassy en Champagne entre Îles gens du duc de Guise et quelques huguenots, fut regardée par les factieux comme une déclaration de guerre; ils en profitèrent pour prendre les armes. Le soulèvement général du mois d'avril dévoila un parti puissant et agressif; on connut ainsi qu'il s'était organisé secrètement, et se tenait prêt à profiter de la première occasion. Animés de l'esprit de Calvin qui, de son aveu, n'était pas venu apporter la paix mais le glaive pour établir le pur évangile, les huguenots s’emparèrent d'Orléans, du Mans, de Tours,