On lui avait donné le titre d’édit de pacificalion
de Poitiers, de Lyon, de plusieurs places importantes du Languedoc et de la plupart des villes de Normandie. Partout où ils triomphèrent, on les vit ne reculant devant aucun excès, renverser les temples et les autels, brûler les images et les reliques, massacrer les prêtres et les religieux et, après avoir tout désolé par le fer et le feu, violer jusqu'aux tombeaux!.
Le Dauphiné fut une des provinces qui eut le plus à souffrir de la part des hérétiques. François de Beaumont, si connu sous le nom de baron des Adrets, parcourait le pays à la tête de bandes indisciplinées, brûlant, saécageant tout et laissant partout des traces sanglantes de son passage. Les catholiques effrayés se réfugiaient de la campagne dans les villes, mais celles-ci ne leur offraient pas toujours contre sa fureur un asile assuré, comme il arriva à Grenoble et à Valence. Le P. Auger, qui avait prêché l’avent et Le carème dans cette dernière ville, y était retourné peu de temps après, à la prière des catholiques, pour relever leur courage et fortifier leur foi. IL s'y trouvait encore quand le terrible baron en vint faire le siège. Grâce aux intelligences qu'il avait dans la place, le chef calviniste s'empara de la porte Saint-Félix, et ses troupes avides de pillage pénétrèrent dans la cité. Le vaillant gouverneur, Lamotte-Gondrin, poursuivi jusque chez lui par une horde d’assassins, qui lui promirent la vie sauve, fut poignardé malgré la foi donnée, et son corps pendu aux fenêtres de sa maison?. Le P. Auger, dénoncé par les huguenots de la ville, fut arrêté sur l’ordre du baron des Adrets et jeté en prison. Il resta quelques jours en continuel danger de perdre la vie. Les sentiments étaient partagés sur son sort. Les
plus violents parmi les hérétiques demandaient qu'il fût pendu;
les autres, sous apparence de religieuse compassion, disaient que par égard pour sa qualité de prédicateur il ne fallait lui faire aucun mal. Un des ministres protestants entreprit de disputer avec lui pour le gagner à la secte. En vain lui promit-on toutes sortes d'honneurs, s’il consentait à changer de religion : il répondit que ni la crainte de la mort, ni Les plus belles promesses ne lui feraient jamais abandonner la sainte foi catholique. Des amis influents insistèrent, sans résultat, pour obtenir sa liberté.
1. Voir à ce sujet : Archives cur. de l’'hist. de France, S. t, t. IV, 356. Discours sur le saccagement des églises. en l'an 1562. Et aussi Mémoires de Castelnau, liv. HE, ch. 1x.
2, Discours de ce qui a esté faict ès villes de Valence et de Lyon dans Mémoires de Condé, t. Il, p. 344. — Cf. Epist. P. Nadal, 1. I, p. 739. Journal de Bruslart dans Mémoires de Condé, t. 1, p. 84 et suiv. + : £
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Comme ses jours étaient menacés, ils tentèrent alors de le délivrer, et ils y réussirent à la faveur de la confusion qui régnait dans la ville. Ce ne fut pas sans quelque tristesse que le P. Auger se vit enlever la couronne du martyre; mais il adora la Providence qui avait fait concourir la pitié des hérétiques et la charité des catholiques à lui sauver la vie; et il se consola dans la pensée que Dieu, en le conservant d'une façon si visible, Le réservait à de plus grands combats pour l'honneur de l'Église. Grâce à une protection sensible du ciel, il put franchir à cheval, sans être inquiété, la longue distance qui Le séparait de Billom, où il retrouva contre toute attente ses frères du collège de Tournon!.
8. Que s’était-il donc passé? Le baron des Adrets, à peine maitre de Valence, s'était dirigé vers Tournon avec le dessein de s'en emparer. Il manda au comte Just, neveu du cardinal, qu’il épargnerait au pays une invasion à main armée, à trois conditions : la suppression de la messe, l'expulsion des Jésuites et la reddition du château. Le comte n'avait pas assez de troupes pour résister et l’on exigeait une prompte réponse. Il fit appeler le P. Annibal du Coudret, vice-recteur, et lui communiqua le message. Le Père répondit qu'après avoir consulté sa communauté il rapporterait sa décision. Tous les religieux s’écrièrent qu'ils aimaient mieux mourir pour le Christ et l'Église que d’abandonner leur poste. Cette résolution jeta le comte dans une grande anxiété; 1l exposa les maux incalculables qui allaient s’ensuivre. Quand les Pères du collège apprirent qu'il s'agissait, en quittant la ville, d'épargner à tout le pays d'immenses désastres, ils se montrèrent plus accommodants; mais, afin de ne pas paraître fuir le danger, ils demandèrent une déclaration écrite, attestant qu’ils avaient obéi aux ordres formels du comte de Tournon. Celui-ci consentit à leur désir et, comme le temps pressait, les engagea à partir sans retard s’ils voulaient échapper à la mort.
Plus ou moins déguisés, ils sortirent par petits groupes à la tombée de la nuit. Le P. du Coudret leur avait assigné un rendezvous, à une lieue de la ville, en leur recommandant d’être prêts à mourir, sil le fallait, pour le nom de Jésus-Christ. On avait tout à craindre, en effet, des soldats hérétiques qui battaient les environs; mais, grâce au secours d'en haut, les Pères « au nom-