VISITES DU P. NADAL
muniquer la lettre de Votre Seigneurie illustrissime; je l'ai, en même temps, engagé à se disposer, selon de désir de Sa Sainteté, à partir pour la ville de Trente. J'aurai soin de le pourvoir de tout ce qui lui sera nécessaire dans ce voyage, et je ne doute pas qu'il ne soit au concile un très utile instrument pour l'Eglise!. »
En remettant au P. Lainez la lettre du cardinal secrétaire d'État, le légat lui avait recommandé d'examiner devant Dieu ce qu’il jugerait le plus opportun dans l'intérêt de la religion : rester à Paris où son action était si utile, ou bien partir pour le concile de Trente, comme le désirait le Souverain Pontife. Dès le lendemain, nous apprend le cardinal de Ferrare, le P. Général fit connaitre sa décision motivée : « Après avoir réfléchi toute une nuit, écrivait le légat au cardinal Borromée, il m'a déclaré que Notre-Seigneur daignait à la vérité accorder quelques succès à ses efforts, mais que les troubles et les tumultes, au milieu desquels nous vivons ici, entravent son ministère, et qu'il rendrait peut-être plus de services à l’Église au sein du concile. Il se propose de se mettre en route pour Trente dans le courant du mois de mai. Il m’en coûtera beaucoup d'être privé de sa sainte et savante conversation, dont je jouissais très souvent, mais il convient de sacrifier au bien public ma satisfaction personnelle?.. »
De fait le P. Lainez avait mieux compris que le cardinal de Ferrare la pensée du Souverain Pontife : ce n’était pas seulement un désir que Pie IV avait exprimé, mais une volonté bien arrêtée. Le cardinal Borromée le fit savoir au Légat en lui adressant, pour le Général de la Compagnie de Jésus, une lettre cachetée, que celui-ci devait, à son arrivée à Trente, déposer entre les mains des prélats présidents du concileÿ,.
3. Le P. Nadal et le P. Broet, prévenus du départ du P. Général et désireux de conférer avec lui auparavant, se mirent en route pour Paris. Ce voyage présentait tant de dangers qu'au lieu de se diriger vers la capitale « par la voie directe et ordinaire, ils firent un détour à droite-à travers la Bourgogne ‘ » occupée par les troupes catholiques du comte de Tavannes. Malgré cela ils marchèrent « au milieu des périls, trouvant les villes en armes et
1. Baluze, Miscellanea, t. IV, p. 405. — 2. Ibidem. 3, Cette lettre est datée du 11 mai 1562. Cf. Lagomarsini, Zn Julii ou Foie
t. III, 80.
4, Nadal Ephem., 1562 (Epist. P. Nadal, {. II, p. 94).
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les ponts-levis de leurs portes levés comme en temps de siège; et nos voyageurs, sans défense et étrangers, faisaient pitié! ». Cependant il ne leur advint aucun mal, tandis qu'un des professeurs du collège de Tournon, le P. Étienne de Mirabel, parti par un chemin plus court afin de prévenir le P. Lainez de leur arrivée, fut victime d’une pénible aventure. Arrêté par les huguenots et reconnu comme jésuite, « il fut jeté en prison avec des boulets de fer aux pieds. On lui épargna toutefois un plus dur traitement, et pendant qu'on le tenait ainsi enfermé on le nourrissait et on le traitait avec assez d'égards. Au bout de quinze jours, on le délivra de ses fers, mais sans lui rendre sa liberté? ». Ses geôliers le gardaient auprès d’eux et l’admettaient à leur table. Les jours d’abstinence, comme le Père ne voulait pas toucher aux viandes qu’on leur apportait, ils ne lui faisaient rien servir de plus, et l’abreuvaient de leurs railleries. Enfin, après six semaines de détention, « vaincus par sa patience, sa constance et son urbanité, ils le relâchèrent »; et même ils lui donnèrent une escorte pour le protéger contre de plus grands malheurs jusqu’au camp des catholiques.
Arrivés à Paris le 28 mai, le P. Provincial et le P. Commissaire s'entendirent aussitôt avec Le P. Lainez sur les mesures de prudence nécessitées par l’état d’agitation où se trouvait alors la France, et sur la conduite à tenir dans les affaires de la Compagnie. Depuis la reconnaissance légale, plusieurs demandes avaient été faites pour l'établissement de nouveaux collèges en diverses parties du royaume‘. Il semble que les évèques avaient hâte de les opposer aux écoles fondées ou dirigées par les protestants et qui servaient à répandre les fausses doctrines. Le P. Général était lui-même parfaitement convaincu de l'utilité de ces collèges, où la jeunesse aurait un abri contre l’hérésie et s’exercerait à combattre l’erreur; mais le petit nombre des sujets disponibles imposait nécessairement une limite à sa bonne volonté. Il fut décidé que l’on attendrait la fin de la guerre civile pour répondre aux avances des villes de Toulouse, d'Avignon, de Chambéry et de plusieurs autres: seule la demande de Rodez fut agréée.
Au commencement du mois de juin, le P. Lainez ayant fini de régler les affaires de son Ordre en France ne songea plus qu'à hâter son départ pour le concile. Il laissait à Paris beaucoup de