Contrat de fondalion (Archives de l'Aveyron, D
2. Le concile de Latran, en 1179, ordonna de pourvoir à l'instruction des élèves pauvres et d'établir à cet effet dans chaque église cathédrale un maître auquel serait assigné un bénéfice suffisant. Ce règlement fut renouvelé par un autre concile de Latran, tenu en 1215, et enfin par le concile de Trente. L'article 9 de l'ordonnance d'Orléans (1561) contenait une prescription semblable. Il stipule qu'outre la prébende théologale, une autre prébende sera affectée à l'entretien d’un précepleur qui devra instruire gratuitement les jeunes enfants de la ville. On donna à cette dernière le nom de prébende préceploriale.
3. Accord entre le cardinal d’Armagnac et les consuls (Archives communales de Rodez, GG, 22).
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pagnie de Jésus avait pris possession, par une solennité littéraire et religieuse, des bâtiments qui lui étaient destinés; mais les cours ne s’ouvrirent que le 19 octobre de la même année. Des témoins de cette fondation nous ont laissé un récit navrant des épreuves qui en accompagnèrent les commencements. À leur arrivée, le P. Pelletier et le P. Anne d’Authier, un des futurs professeurs, trouvèrent le bâtiment des anciennes écoles dans le plus grand désordre, « rempli de toute pauvreté et misère, voire presque inhabitable ». Ils passaient leurs journées à aménager les salles, pauvrement vêtus, pauvrement nourris, ( avec un pain ou deux, durs comme du biscuit, sans autre pitance que quelques deniers de prunes et de l’eau ». Ils deyaient parfois interrompre leurs travaux manuels pour enseigner ceux qui commençaient à venir au collège, « auxquels, raconte le P. d’Authier, me falloit faire les lecons sans avoir livres ni papier, mais toutes par cœur et à tâäton ». Afin d'avancer les réparations, ils prenaient sur leurs nuits; quand ils voulaient enfin se livrer au sommeil, ils en étaient empêchés par les insectes désagréables qui remplissaient l’école. Leur dortoir était ouvert « de tous costés, sans qu'il y eust portes ni fenestres »; et ils n'avaient à brûler que du bois pourri qui donnait « plus de fumée que de flamme ». Un jour, quelqu'un avait offert deux.pigeons au P. Pelletier. C'était une aubaine. On les fit bouillir dans l’eau avec « un col de mouton »; puis à ce festin, outre les six ou sept personnes de la communauté, le Père invita deux amis, M. de Combret « trésorier du roy » et son cousin M. de la Roquette; « lesquels, après avoir tenu la meilleure contenance qu’il leur fut possible, et après avoir rongé une cuisse de pigeon mal cuit, et mangé un morceau de mouton, si tost que grâces furent dittes, s'en allèrent réparer le défaut à leur maison, ainsi que depuis souvent ils nous ont raconté, mais non pas sans riré à gorge desployée | ».
Ces pénibles débuts ne furent pas cependant sans consolation surnaturelle, et les sacrifices qu'on eut à supporter devinrent une semence de fruits abondants pour l'avenir. Dès l’année suivante, 1563-1564, le collège compta huit cents élèves dont plusieurs appartenaient aux plus nobles familles du pays?. Le P. Roger, ancien professeur au collège de Pamiers, exerca pendant plus de seize ans à Rodez une heureuse influence par son enseignement et ses prédications. Quant au P. Pelletier, après
1. Sommaire de l'érection... (Francia, Fundat. colleg., n° 55). 2. Manare, De rebus S. J., p. 83.
MORT DU P. BROET. 315
avoir inauguré les classes du nouveau collège, il remit ses pouvoirs au P. Balmes!, et retourna à Toulouse où il continua de se livrer tout entier au ministère apostolique ?.
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6. Ainsi, malgré les difficultés de l'heure présente, la petite Province de Paris avait, dans l’espace de six ans, ouvert quatre maisons d'instruction. Son supérieur le P. Paschase Broet, dont la sage administration avait tant contribué à ce développement, ne devait pas en voir ici-bas les heureux résultats. Dieu le rappela à lui, dans Le courant de l’année 1562.
C'était au moment où se terminaient les négociations relatives à la fondation de Rodez. La peste, dont on avait signalé les symptômes dès l’année précédente, éclata foudroyante à Paris et plusieurs autres villes du royaume. En plein été, « le temps était si fascheux, dit un chroniqueur contemporain, les pluies si prolongées, que les pauvres gens ne pouvoient recueillir leurs blés qui estoient jJà mürs, ains germoient dans les épis, qui estoit grand pitié; et ne connoissoit-on s’il estoit hyver ou esté, sinon à la longueur des jours; car le ciel estoit tout couvert de brume et les chemins de boue, non autrement qu'au milieu de l’hyver, ce qui renchérit fort les vivres. La peste qui avoit esté à Paris jà longtemps, s’augmenta fort à cause de telle disposition du temps. De sorte que la France estoit affligée, et bien fort, de trois fléaux de Dieu : de peste, famine et guerre civile ». Afin de soustraire aux dangers de la contagion’ les jeunes religieux qui suivaient les cours de l’Université, Le P. Broet leur procura une maison à Saint- Cloud, où il les envoya dès le milieu du mois de juin, sous la direction du P. Cogordan. Pour lui, il ne voulut point quitter le collège de Clermont et resta au foyer de l'épidémie, prêt à sacrifier sa vie au service du prochain. Il ne retint à la rue de la Harpe que deux Frères coadjuteurs; encore renvoya-t-il l’un d'entre eux, quelques semaines plus tard, à la communauté de Saint-Cloud; mais déjà, la peste avait envahi la banlieue, et le Frère, atteint de la maladie pendant le trajet, ne parvint auprès du P. Cogordan que pour expirer sous ses yeux. Le P. Provincial crut alors prudent de renvoyer en Belgique, leur patrie, pour y attendre des jours moins sombres, deux jeunes religieux arrivés
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1. Souvent appelé Balmesius, sans doute de son nom français lalinisé.
2. Lettre du P. Pelletier au P. Vicaire Général, 5 février 1562 (Gall. Epist., t. I, f 319), : Re
3. Journal de l'année 1562 (Revue rétrospective, t. V, p. 17).
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depuis peu : le P. Guillaume, surnommé Flamand, et le P. Othon Briamont, d’une noble famille de Liège. Sur le chemin de Saint- Cloud à Paris, Briamont fut subitement frappé du fléau. Le P. Broet, craignant la contagion pour les autres, se chargea luimême de le soigner; mais son dévouement ne put sauver le pauvre malade? : « En ces jours, dit un témoin oculaire, l’on mouroit de la peste à Paris fort étrangement, et me dit un vieux médecin qu'il n'y avoit mémoire que l’on eût vu une si grande pestilence ?. » Le jeune Frère Briamont succomba, le 29 du mois d'août, dans d’atroces souffrances supportées avec une patiente résignation.
Le P. Cogordan, lui aussi, ne tar-da pas à s'inquiéter du danger que courait sa petite communauté si elle restait dans le voisinage de la capitale; il demanda au P. Broet une entrevue, qui eut lieu le 8 septembre dans le bois de Boulogne. Il fut décidé que le P. Cogordan conduirait les scolastiques à Noyon, et qu'ils y resteraient jusqu'au jour où la peste aurait fini ses ravages à Paris et dans les environst.
Quant au P. Broet, il rentra dans la capitale malgré les prudentes remontrances de ses amis. Il gardait la maison de la rue de la Harpe, seul avec un Frère du nom de Jean, et reprit son courageux ministère auprès des malades”. Ce ne fut pas pour longtemps. Sa mission ici-bas était terminée, et Le Seigneur allait couronner sa vie par le martyre de la charité. À son tour, il succomba aux atteintes de la contagion et il rendit le dernier soupir, le 14 septembre, fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, dans la soixante-deuxième année de son âge et la vingt-seplième depuis son entrée en religion.
Peu de temps après, un messager courut à Noyon annoncer sa mort au P. Cogordan et l’avertir que le Frère « Jehan estoit tout seul, et qu'il lui pourroiït venir mal et voleurs rober la maison ». Le P. Procureur, sans souci du danger, partit en hâte pour Paris; mais il trouva « que le bon Jehan estoit mort? », et il dut prendre toutes les précautions sanitaires pour se préserver lui-même du fléau. Dans la chambre du P. Provincial, il trouva sur la table
1. Peut-être Guillaume Elderen (Epist. Nadal., t. II, p. 554).
2. Lettre du P. Cogordan au P. Lainez, 29 sept. 1562 (Gall. Epist., t. I, f. 241).