Lettre de Cogordan à Lainez, 29 sept., déjà citée
+ MORT DU P. BROET. 317
un billet, où le mourant avait énuméré les objets et les meubles contaminés !, et qui se terminait par ces mots : « Je recommande mon âme au Seigneur notre Dieu, à toute la cour céleste, à notre Révérend P. Général, à toute la Compagnie et à vous tous qui avez été dispersés par la peste, priant chacun d’invoquer pour moi le Seigneur, afin qu'il me pardonne mes péchés. Je demande aussi pardon à tous ceux que j'ai pu offenser. J'espère que par les prières de la Compagnie Dieu me fera miséricorde ?. »
Saint Ignace avait confié au P. Broet, en 1552, le soin d'établir la Compagnie de Jésus en France; dix ans après, cette mission était accomplie, et le bon serviteur avait pu dire dans toute la joie de son âme son nunc dimittis. On sait contre quels obstacles il eut à lutter de la part des hommes et des événements : préjugés invétérés et passions aveugles, dissensions civiles et guerre religieuse. Combien ne lui fallut-il pas de patience et d’abnégation: pour supporter tous ces ennuis et tous les dégoûts dont il fut abreuvé! À force de modération et d'énergie, il parvint à fonder en France plusieurs maisons et à y mettre en honneur les différents ministères de la Compagnie. Orné des qualités d’un parfait religieux, il n'avait point ces dons brillants qui attirent l’admiration, mais il se distinguait par une simplicité calme et loyale que les premiers compagnons de saint Ignace qualifiaient d’angélique?. Il y joignait la prudence recommandée par l'Évangile, cette prudence qui, à la lumière surnaturelle, nous fait voir les choses dans leur réalité et nous conduit sûrement à travers le dédale des passions humaines. Grâce à ces deux vertus, le premier Provincial de France put remplir sa tâche avec succès et sans jamais faillir.