‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 219 sur 457 · EAU E · texte numérisé non relu

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La Compagnie de Jésus, de son côté, envoya à Mauriac avec le P. Pradène, Recteur, trois professeurs de lettres, un prédicateur, un catéchiste et un frère pour les offices domestiques !.

3. En quittant l'Auvergne le P. Manare se dirigea vers Lyon, où il s'arrêta quelque temps. Bien que la Compagnie n'eût pas encore de domicile dans cette ville, le P. Possevin et le P. Auger y exercaient différents ministères, l'un auprès des marchands italiens, l’autre auprès de la population française. Le succès étonnant de leurs prédications avait déchainé la colère des mi- © nistres calvinistes, qui formèrent contre eux de criminels projets. Ils ne purent pas les mettre à exécution; pourtant le bruit se répandit, dans les contrées voisines, que le P. Auger avait été victime de leur vengeance. Cette triste nouvelle était même parvenue jusqu’au collège de Billom. « Lorsque j'arrivai ici de Paris, écrivait le P. Manare, j'appris de divers côtés que le P. Émond avait été tué à Lyon. Tous les bons catholiques en ressentaient une extrême douleur, sachant les fruits de salut que son zèle produisait dans cette grande ville. Des personnes distinguées, qui ne pouvaient soupçonner la part que nous Y prenions, puisqu’elles ne nous connaissaient nullement, protestaient, en témolgnant leurs regrets, que depuis quatre cents ans on n'avait point vu de prédicateur jouissant d'une telle réputation. » Grande fut la surprise, plus grande encore la consolation du P. Commissaire, en arrivant à Lyon, de trouver non seulement le P. Possevin, mais aussi le P. Auger en parfaite santé, et tous deux se livrant avec ardeur aux fonctions de leur pénible et fructueux ministère?

Une autre joie lui fut donnée, quelques jours après, quand arrivant à Tournon, pour y faire sa visite, il fut recu par les Pères revenus depuis quelques mois dans leur collège. Il put constater qu'ils avaient trouvé, en rentrant, tout l’'ameublement intact; la chapelle elle-même n'avait subi aucun dégât, aucune profanation. Cette préservation, due à un secours spécial de la providence divine, fut d'autant plus remarquée que les huguenots avaient tout brisé dans les églises de la ville. Cependant, la

1. Contrat de fondation (Archives du Cantal, D. — Francia, Histor. fundationum, n. 56). Les premiers jésuites du collège de Mauriac furent avec le P. Pradène les PP. Guy Roillet, Jacques Argillier, Étienne de Mirabel, Michel Trac et Jacques Pradéan.

9. Relation du P. Manare dans « Acta a Possevino ». Lettre du P. Auger au P. Général, le 11 février 1564 ‘Gall. Epist., t. II, fol. 203). Manare, De Rebus S.J., p. 81.

VISITES DU P. MANARE. 323

rentrée des bannis ne s'était pas effectuée sans difficultés. L'un des professeurs, le P. Gilles Faber, en a raconté tous les détails

dans une longue lettre du 30 Janvier 1564 : « Immédiatement

après l’édit de pacification!, écrit-il, nous commençâmes à nous.

préoccuper de notre retour. Ce projet semblait à plusieurs plein de témérité et de péril. Nos ennemis, en ayant eu connaissance signifièrent au vieux comte de Tournon que nous permettre de revenir au collège serait nous exposer tous à la mort. Ils avaient bien la volonté d'exécuter leurs menaces, et ils n'auraient pas manqué de le faire, si nous n'avions pas été protégés par Celui qui se joue des vains efforts des hommes.

€ Bannis le même jour de Tournon, nous n'y revinmes pas tous en même temps. Les premiers qui rentrèrent au collège furent le P. Sébastien, économe, M: Antoine Francosi, professeur de philosophie, et M° Antoine Dupont. Arrivés à la fin du mois de juillet, ils se rendirent auprès du comte de Roussillon, fils ainé du vieux comte de Tournon, qui venait à peine de recouvrer l’autorité dans la ville. Il félicita les exilés de leur retour et leur promit son appui, mais en se demandant avec inquiétude comment ils pourraient vivre en si petit nombre au milieu d’une multitude conjurée à leur perte : « Dans ces temps malheureux, « disait-il, qui oserait faire profession publique de la foi? » Depuis seize mois, en effet, pas un prêtre, pas un chanoïne n'avait célébré le Saint Sacrifice, ni porté l'habit ecclésiastique, propter metum Judaeorum. Cependant, quand il vit que les Pères demeuraient fermes et inébranlables dans leur résolution de lutter contre la mauvaise fortune, il accepta de grand cœur leurs services, et pria le P. Sébastien de chanter la messe dès le lendemain dans l’église principale. Il y assista lui-même, avec ses serviteurs, bon nombre de paysans accourus des bourgades voisines, et quelques hommes pieux de la ville, que l'exemple du comte avait encouragés à déposer toute crainte. Les jours suivants, le Père dit chaque matin une messe basse, et remplit pendant quelque temps les fonctions de curé.

« Le 5 août, le P. Annibal du Coudret revint d'Auvergne, et se mit à prècher trois et quatre fois la semaine. Entrainés par cette audacieuse confiance, beaucoup d'habitants, qui s'étaient cachés, reparurent, et les prêtres ayant repris leurs vêtements ecclésiastiques, recommencèrent à célébrer publiquement les offices. Dans notre église on disait plusieurs messes chaque jour, on en-

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