Annal. decas 1°, |. I, c. vi, p
attirée par la curiosité du spectacle. Le commandeur de Fossano leur lut d’abord les lettres du duc de Savoie; il leur conseilla de ne plus recourir aux meurtres ni aux moyens violents; quant à leurs opinions religieuses, ils pouvaient les exposer et les défendre tranquillement, et c'était maintenant le lieu ou jamais. Les ministres se déclarèrent prêts à la discussion. Possevin ne s'était jamais trouvé à pareille rencontre, mais il ne fut pas pris au dépourvu. Il exposa la vérité du mystère de l'Eucharistie et la réalité du saint sacrifice de la messe, en remontant par les Pères, par saint Irénée et par saint Ignace, jusqu'aux apôtres, saint Paul et l'Évangile. Il faut croire que son argumentation fut serrée, car les ministres n’eurent qu’une objection à lui faire : « Qui nous prouve que les ouvrages, dont vous arguez, sont bien des auteurs que vous avez nommés? » Et l’un d’entre eux ajouta : « Si vous nous montrez seulement dans saint Irénée le texte que vous avez cité, nous jurons de nous rendre. » Possevin les prit au mot, et le colloque se termina sur la promesse qu’il leur fit de leur procurer le livre en question. Quelques jours plus tard, il le leur envoya de Turin, avec l'indication des passages cités; mais, au lieu de tenir leur parole, ces hommes de mauvaise foi, gardant le silence sur leur défaite, semèrent la révolte dans le peuple qui prit de nouveau les armes contre son souverain. Emmanuel-Philibert fit marcher contre eux deux mille hommes d'infanterie, sous les ordres de monsieur de la Trinité, auquel il adjoignit Possevin chargé d’animer les troupes et de soutenir au besoin les intérêts de la religion!. Le commandeur de Fossano retourna donc une troisième fois dans les vallées, muni, quoiqu’il ne fût pas encore prètre, d'amples pouvoirs que lui délégua Francois Bacode, nonce de Sa Sainteté à la cour de Savoie. Tandis que les troupes ducales soumettaient sans peine les hérétiques, lui s’efforçait de les ramener à la vérité par Les seules forces de la persuasion. Bientôt trente-quatre des principaux habitants allèrent à Verceil porter au duc la soumission de leurs compatriotes, et faire abjuration solennelle entre les mains du nonce ?. Plusieurs mois durant, aidé de deux prêtres jésuites, les PP. David Volpius et Gaspar Loarte, Possevin parcourut ces contrées ignorantes et perverties, les instruisant, y répandant par-