DE US SES
palais, dont la porte était défendue par quelques pièces de campagne : « Vous voyez, dit le comte, que nous sommes emprisonnés et gardés à vue; je vous conseille de vous retirer dans les greniers en attendant l'issue de cette affaire. —- Je me soumets avec confiance à la divine Providence, » répondit Possevin; et déférant au conseil du comte, il monta au plus haut étage du logis. I y fut bientôt rejoint par un ministre protestant, nommé Ruffin, armé de toutes pièces et escorté de soldats à la mine farouche. Ce prédicant lui déclara, avec mille injures, qu’il venait le contraindre à rétracter ses mensonges sur la messe, s'il ne voulait pas les effacer de son sang. Possevin, sans s’effrayer, repartit bardiment qu'il n'avait écrit que la vérité, et qu’il était prèt à donner sa vie pour la défendre. Surpris de cette fermeté, le ministre s’adoucit et proposa quelques objections sur le Saint Sacrifice de l'autel. Le Père y répondit sans embarras. Son interlocuteur, qui avait peine à s'expliquer en latin, se rabattit sur les gros mots et les menaces, puis sortit brusquement en jurant au prisonnier de lui faire sentir bientôt les effets de sa vengeance!.
Les marchands italiens n'avaient pas tardé à apprendre que leur apôtre était retenu à l’archevêché. Ils firent tous leurs efforts pour le délivrer des mains du gouverneur. De leur part, le commandant du fort de Montluel, dans la Bresse, place qui dépendait du duc de Savoie, vint trouver le comte de Sault et lui remontra que Son Altesse, ayant la plus haute considération pour Possevin, ne manquerait pas de se tenir offensée du moindre mal qu'on lui ferait. Cédant à ces justes représentations, le gouverneur consentit à rendre la liberté au prisonnier; afin de le préserver de toute insulte, il lui procura un habit séculier et le fit conduire chez des marchands florentins du voisinage. Ceux-ci ravis de retrouver leur bon Père, après avoir tant craint de le perdre, s’occupèrent aussitôt de faciliter son évasion et le conduisirent, à l'entrée de la nuit, dans un lieu de refuge sur la montagne de Fourvières. Le lendemain, de grand matin, Possevin traversa toute la ville sans être reconnu, se rendit de l’autre côté de la Saône dans la demeure d’un Florentin, nommé Orlandini, et de là parvint à passer le Rhône, Dès que les protestants connurent sa mise en liberté, ils envoyèrent à toutes les issues de la ville des gens pour l'arrêter. En mème temps, un capitaine huguenot accourait avee cinquante hommes vers la maison d’Or-