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amené peu à peu à la fondation d'un ordre religieux qui remplirait ce rôle dans l'Église, nous allons le rapporter brièvement dans ces trois premiers chapitres, préliminaires indispensables de notre histoire.
2, Tout d’abord, une tentative infructueuse ne sert qu’à lui montrer la voie où Dieu veut le faire entrer. Au début de l’année 1523, — probablement à la fin de février!, — il quitta Manrèse. Désireux de visiter les saints lieux, témoins de la vie du Sauveur, il s’y rendit avec l'intention de s’y établir et de restaurer le règne de Jésus-Christ parmi les mahométans ?. Dieu, qui agréait cette sainte ambition mais entendait lui ouvrir une autre carrière, permit que le Custode des Franciscains, sans connaître pourtant toute la pensée du généreux pèlerin, fût effrayé de son audace, et, dans la crainte d'attirer quelque avanie sur la religion, lui donnât l’ordre de quitter promptement la Terre Sainte. Ignace ne vit dans cette décision qu’une manifestation de la volonté du Seigneur ?. Il revint en Espagne, gardant au cœur la résolution de se dévouer à la sanctification des âmes et persuadé qu’il devait, pour y réusir, ne pas mépriser les moyens humains, acquérir la science et embrasser l’état ecclésiastique #.
Il avait trente-trois ans ®. Fixé à Barcelone où il était entretenu par la charité de quelques bienfaiteurs, il n'hésita pas, pour apprendre les éléments de la langue latine, à se mèler aux jeunes écoliers sur les bancs d’une classe de grammaire. Le reste de son temps était consacré aux austérités, à la prière et à des entretiens spirituels, dans lesquels il s’efforçait d’inspirer à d’autres le désir « d’embrasser son genre de vief ». Il s’attacha ainsi trois compagnons : Calisto, Artiaga et Diégo de Cazerès.
Après deux années consacrées à l'étude du latin, il se décida, sur le conseil de ses protecteurs, à faire sa philosophie à l’Uni-
1. Cette date peut être fixée grâce au témoignage de Gabriel Perpiña, domestique de Juan Pujol, vicaire de Prats, qui fit alors, avec son maître et Ignace, le voyage jusqu'à Rome; il rapporte qu'ils y arrivèrent le dimanche des Rameaux (29 mars); auparavant Ignace était resté trois semaines à Barcelone, et la traversée jusqu'a Gaëte avait duré cinq jours (Summarium Proces. Manresa en Prats, art. 3). Cf. Astrain, op. cût., p. 43, 45.
2. Acla P. Ign., n. 45. Polanco, p. 26. Le texte des Acta prouve clairement que le seul motif de ce voyage n’était pas la dévotion : « Firmiter autem statuerat ut Hierosolymis remaneret, ut loca illa sancta semper inviseret, et animabus prodesset. » Polanco est encore plus explicite : « Nec solum suae devotioni satisfacere sed etiam infidelibus fidem et doctrinam praedicare proposuerat. »