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Relation du P. Manare (Acta a Possevino

des prisonniers et des malades. par la correspondance et des entretiens de direction!. Aux dons naturels. qui lui attiraient la sympathie de tous, il joignait les plus belles vertus d’un parfait religieux. Quand le P. Manare lui annonça que le P. Général l'avait admis à la profession des quatre vœux, 1l se montra très surpris qu'on eùût songé à lui confier ce degré, et il en écrivit au P. Lainez se déclarant indigne d’un tel honneur ?. Mais cette nouvelle preuve d’une solide et sincère humilité ne fit que confirmer le P. Général dans sa première résolution. La réponse fut qu'il devait se laisser conduire par l’obéissance, et accepter le Sacrifice qui lui était imposé *. Il fit donc sa profession solennelle, le 24 janvier 156%, entre les mains du P. Olivier Manare, alors Commissaire général de la Compagnie de Jésus £.

Une occasion se présenta bientôt, qui permit au clergé et à la population catholique de Lyon de manifester leur reconnaissance, et aussi leur attachement, à la personne du P. Auger. Les capitouls de Toulouse, désireux de le posséder à leur tour, avaient demandé au P. Manare et au P. Général de vouloir bien le leur envoyer. Cette légitime requête fut agréée: mais aussitôt qu’on en fut informé à Lyon, des plaintes retentirent dans toute la ville. Le chapitre de Saint-Jean, dans une lettre du 12 mars 1564 au P. Lainez, venait de faire l'éloge du P. Possevin et du P. Auger, auxquels il se reconnaissait redevable, après Dieu, de tout le bien produit journellement dans les âmes, lorsqu'il apprit la fâcheuse nouvelle. Tout de suite, il ajouta un post-scriptum pour réclamer : « Nous vous supplions, disaient les chanoines, pour la faulte que nous feroit ledit Père et à tout ce pays, où desia il a si bien acheminé et advancé les affaires de la religion, de le nous laisser icy; aultrement tout le fruict qu'il a faict jusqu'icy se perdroit par son absence 5 »

Un mois après, de nouvelles instances ayant été faites par les capitouls de Toulouse au P. Lainez. les catholiques de Lyon, prêtres et simples fidèles, lui adressent de leur côté une pétition où ils montrent que le départ du P. Auger serait pour leur ville une perte irréparable : « Au contraire, ajoutent-ils, ce seroit ung grand plaisir et contentement aux hérétiques, que ce grand

. Relation du P. Manare (Actaa Possevino.)

. Lettre du 1% janvier 1564 (Gall. Epist., &. II, fol. 185).

. Gallia, Epist. Generalium, t. 1551-1565.

. Lettre du P. Faber déjà citée. Cf. Epist. P. Nadal, t. II, p. 592.

. Lettre des chanoines au Père Lainez (Gall. Epist., t. II, fol, 224). Lettre du P. Auger au même, 16 mars 1564 (Ibidem, fol. 204).

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expugnateur de leurs faulses doctrines fust esloigné d’eulx. » Puis, ils invoquent le motif de la plus grande gloire de Dieu qui doit, à leur avis, faire pencher la balance en leur faveur, car « la ville de Tholoze, par la grâce de Dieu, et par la prudence et bonne diligence de la court du Parlement, est contenue en raison: mais ceste pauvre et calamiteuse ville :de Lyon] est tant infectée et tant infecte de ces faulses opinions, pour la licence qui y est de prescher comme l'on veult, que sans la bonne ayde, très grande diligence, insigne doctrine et érudition, et l’ardent zèle dudit sieur Auger, les hérétiques y tiendroient le premier lieu ». Enfin, comme dernier argument, ils déclarent leur projet de fonder bientôt une maison de la Compagnie et leur dessein de recourir au Pape, si le maintien du P. Émond ne leur était pas accordé !.

Ce recours à Sa Sainteté ne fut pas nécessaire. Le P. Manare estimant que la présence du missionnaire serait moins utile à Toulouse, revint sur sa première détermination, et révoqua l'ordre de départ qu'il avait donné. Le P. Auger resta encore quelque temps à Lyon, où, avec le P. Possevin, il combattit le bon combat contre les ministres de la réforme.

12. Ils eurent principalement affaire avec l'un des plus célèbres d'alors, Pierre Viret. Cet apostat, né à Orbe en Suisse, en 1511, ne possédait pas les qualités d’un réformateur, mais 1l avait toutes celles qui pouvaient servir à la propagande de la nouvelle doctrine. Moins érudit que Calvin, mais plus éloquent, il s'était acquis dans le parti une grande renommée par de nombreux ouvrages contre l’Église romaine. Après avoir posé en principe, dans son ivre de l’Instruction chrétienne, que les ministres calvinistes sont seuls véritables ministres de la religion, il y traite les vrais pasteurs de l’Église de larrons, de sacrilèges, de ministres de l’Antéchrist, à qui l'on ne doit rien donner, et qu'il juge dignes de mourir de faim. L'Église catholique et la tradition n'entendent rien à l'Écriture Sainte; lui seul la comprend. L’orgueil en révolte contre l'autorité, tél est le fond du plus sérieux de ses ouvrages. Par ses discours séditieux, il avait puissamment aidé à l'insurrection des huguenots à: Lyon; depuis la paix, il continuait à dogmatiser, sans avoir rien à craindre.” Possevin ayant publié un livre sur l'antiquité

1. Leltre des catholiques de Lyon au P. Lainez (Galliae Epist., t. II, fol. 226). Voir le texte entier de cette lettre, Appendice D.

du sacrifice de la messe!, Viret en écrivit une réfutation. La réplique de l’auteur orthodoxe ne se fit pas attendre : elle fut vigoureuse et resta sans réponse. L’apostat eut alors recours aux libelles et à la calomnie; mais il n'eut pas le dernier mot : le P. Auger montra tout l'odieux de pareils procédés, dans une lettre en forme d'apologie, intitulée : Response à une épistre liminatre de Pierre Viret... en faveur de ceux de la Compagnie de Jésus ?. |

Le crédit dont jouissaient les deux missionnaires s’accrut encore par le bienveiïllant accueil que le roi fit au P. Auger, pendant son séjour d’un mois à Lyon, du 13 juin au 9 juillet 156%. Afin de calmer les esprits et d'assurer par sa présence l'exécution de l’édit d'Amboise, Charles IX, sur les conseils de Catherine de Médicis, avait entrepris de visiter les principales provinces du royaume. « Le jour de son entrée solennelle à Lyon, écrit le P. Auger, le roi se rendit à la cathédrale où il revêtit le surplis, en qualité de chanoine de Saint-Jean, et assista dévotement aux cérémonies. Depuis, il n’a jamais manqué avec la reine mère, les fils de France et les autres princes d’entendre chaque jour la messe qui se disait au grand autel. Vous pouvez juger de la .joie des catholiques et de la confusion des réformés, auxquels le prêche fut interdit en ville et dans la banlieue, pendant tout le séjour de Sa Majesté*. » Le P. Émond ne manqua point d'aller « faire la révérence » à la reine et au roi. Celui-ci ne l’eut pas plutôt aperçu, que l’'embrassant devant les seigneurs de sa suite, il l’assura de sa bonne volonté en toutes choses. Dans une autre entrevue, la reine le remercia de tout le bien qu'il avait fait dans le pays, l’exhorta à continuer et lui montra des sentiments très favorables à la Compagnie de Jésus*.

Le P. Émond, très respectueux de l'autorité royale, dédia à Charles IX la seconde édition de son catéchisme : « L’instruction de la jeunesse que ce livre a pour but, disait-il dans la préface, est la voie la plus sûre pour faire passer à tous les âges les véritables sentiments de la religion; car on retient toute la vie le pli qu'on à pris dès l'enfance. Cet ouvrage servira aussi à unir toute la jeunesse du royaume avec Sa Majesté, dans la même foi

-1. Tratato del Santissimo Sacrificio dell’ Altare detlo messa. — Lettre du P. Auger au P. Général, 25 avril 1564 (Gall. Epist., t. LI, fol. 213).

2. Lettre du P. Possevin au P. Général, 19 avril 1564 (Acta a Possevino). Lettre du P. Auger au même, 22 mai 1564 (Gall. Epist., t. IT, p. 215).

3. Lettre du P. Auger au P. Lainez, 18 juin 1564 (Gall. Epist., t. IT, fol. 188).

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