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C'est pitié de voir la rigueur du fléau de Dieu. Les catholiques, au contraire, meurent paisiblement et volontiers, maintenant qu’ils savent le culte divin rétabli dans cette ville. Je vais les consoler de temps en temps dans leurs demeures, ou bien, pour remplacer mes visites, je leur écris quelque chose (sic) !. Le nombre des pauvres que l'épidémie a atteints est considérable. L'hôpital en contenait bien deux mille au début... Il a fallu s’ingénier à leur procurer du blé, du vin, de la viande et autres choses nécessaires à leur subsistance, ce qui n'a pas été une petite besogne, car, les personnes aisées ayant fui, nous avons dû improviser des meuniers, des boulangers et le reste... J'ai cru, un moment, que cette cité allait crier famine et manquer de pain. Je suis allé moi-même, quod nullus erat alius qui frangeret, trouver les boulangers et leur recommander de vendre le pain au détail, autrement la moitié de la population n’en aurait pas eu. Voilà une idée de mes occupations. Toutes les fois que je prêche, je fais la quête pour les pauvres. De l’autre côté du Rhône, il y a encore cinq cents indigents pestiférés. Ils sont nourris par les catholiques, qui chaque matin leur distribuent des vivres avec une grande charité. Je suis allé plusieurs fois à cette distribution. Je leur donne alors une petite exhortation, me tenant à quelques pas de mon auditoire, et je leur fais faire une prière en rapport avec leur triste état. C'est un spectacle bien impressionnant de voir ces cinq cents moribonds tout défigurés par la peste, et quiconque n’est point prêt à mourir, sans beaucoup de cérémonies, devrait venir 1e1...… Le dimanche, après les vêpres, le Saint Sacrement est porté en procession à travers le cloître [de l’église Saint-Jean]; puis le peuple entend, avec une profonde attention, un sermon sur la souffrance, tiré du psaume trente-septième. Lyon est devenu une baie école de ferveur et de modestie : plus de jeux, plus d'usure, plus de crimes. Les prêtres, ou sont morts, ou sont partis. IL me faut aller le matin, au delà de la Saône, prècher à 7 heures et dire la messe, puis revenir à Saint-Jean et précher: après le diner me rendre à Saint-Paul, puis le soir rentrer à Saint-Jean... Beaucoup de religieux ont succombé, ef fere soli relicti sumus. Promesse solennelle a été faite, au nom de la ville, que, s’il plait à Dieu de la délivrer de ce mal, une procession générale aurait lieu en expiation des mépris passés;
1. Allusion à l'Épitre consolatoire dont il est parlé plus haut.