Lettres, t. VI, lettre
2. Il signait Maldonado ; en France le nom Maldonat à prévalu.
3. Biblioth. Scriptor. Soc. Jesu, in Maldonatum. Las Casas de.la Reina dépendait alors du grand maître des chevaliers de Saint-Jacques.
4. Né en 1532, Tolet entra dans la Compagnie en 1558, âgé de 26 ans. Maldonat, né en 1533, n'avait qu'un an de moins que son maître quand il faisait sa troisième année de
philosophie, de 1554 à 1555.
5. Oratio habita die 9 octobr. 1571 (Opera theol. Maldon., pars I).
À la fin de son cours de philosophie, Maldonat, ignorant encore les desseins de Dieu sur lui, songeait à commencer l’étude de la Jurisprudence, et à se frayer un chemin vers les plus hautes charges de la magistrature. ILen fut détourné, rapporte-t-il luimême, par un de ses amis, jeune homme d’une vertu remarquable, neveu du savant Michel de Palacios : « Un jour, il me demanda pourquoi je ne me livrais pas plutôt à l'étude de la théologie qu’à celle du droit civil. Je lui répondis que c'était la voie la plus sûre pour arriver aux honneurs publics. Il m'opposa ces paroles de Jésus-Christ : Cherchez d’abord le royaume de Dieu et le reste vous sera donné par surcroit. — Quoi donc! repris-je, est-ce que, devenu jurisconsulte, je ne pourrai pas défendre la justice et l'équité? Est-ce que je ne pourrai pas mettre à la disposition des pauvres et mes facultés et mon patrimoine? — Oui, me dit-il, vous le pourriez si vous le vouliez. Mais ces avocats que nous voyons maintenant plaider avec tant de fracas, dépouiller les riches, opprimer les pauvres, poursuivre la fortune avec tant d’avidité, tenaient le même langage que vous, avant qu'ils eussent étudié les lois; dès qu’ils ont commencé à manier de l'argent, ils sont devenus tels que vous les voyez. — Ces paroles produisirent sur moi une si forte impression que, sans autre motif, je renoncai à tous mes projets, et, malgré ceux dont je dépendais, je me tournai vers la théologie, à laquelle je me féliciterai toujours d’avoir consacré une part de ma viel. »
Dans l'étude de la science sacrée, Maldonat fut le disciple du savant Dominique Soto et d’autres théologiens de la même école. Ses cours terminés, il fut choisi, à cause de ses brillants succès, pour enseigner le grec, et ensuite la philosophie et la théologie dans l’Université de Salamanque. Mais, touché de la grâce, il abandonna bientôt sa chaire, et suivit l'exemple de François Tolet, entré depuis peu dans la Compagnie de Jésus. Afin de se soustraire aux sollicitations de ses parents et de ses amis, il se réfugia à Rome où il fut admis au noviciat de Saint-André, Le 10 août 1562. Un an après, il était élevé au sacerdoce, puis nommé professeur au collège romain où il avait pour collègues les maîtres célèbres d'alors : Mariana, Tolet, Ledesma, Perpinien, Emmanuel Sa?, Il n'y resta que peu de temps. Quelques mois plus tard, le
1. Praefatio altera cum secundum theologiam aggrederetur, ann. 1570 (Zbid., P. LIL, p. 24).
2, Mariana, Praefat. in Scholias in Vet. et Nov. Test. (Madrid, 1619).
P. Lainez lui confia le soin d'établir à Paris la réputation du nouveau collège de Clermont.
Le P. Maldonat résolut de faire de son enseignement un apostolat, en combattant les fausses doctrines. Dès son arrivée en France, il étudia l’état des esprits, Les questions les plus agitées, les besoins intellectuels et moraux de la jeunesse, et il ne tarda pas à remarquer les erreurs alors répandues dans les collèges comme dans la société. Une des plus déplorables était celle de la mortalité de l’âme, « hérésie sourde, observe un étudiant de ce temps-là, mais non moins pernicieuse engeance, vieille semence jetée par Satan à petit bruit au champ de ce monde, dès le commencement. En ces derniers siècles elle a levé la teste; la pluspart des escoles se trouvèrent en peu de temps infectées de son poison ! ». Ce fut contre elle que Maldonat s’éleva tout d’abord « avec un grand concours et approbation, dit un de ses auditeurs, non seulement des escoliers, mais aussi des docteurs et régens qui le venoient ouyr* ».
Il avait choisi, comme thème de ses leçons, le Traité de l'âme d'Aristote. Le plan et la méthode qu'il suivit en commentant cet ouvrage, nous sont connus par le cahier de l’un de ses élèves conservé parmi les manuscrits de la Bibliothèque nationale. Après avoir énuméré les différentes théories des philosophes sur la nature de l'âme et son origine, il établit l'opinion qu’il faut tenir d'après les données de la raison et de la foi. Il traite ensuite de l'union de l'âme avec le corps et de leurs relations; des diverses facultés de l'âme et de leurs fonctions; de l’origine des idées, du libre arbitre et enfin de l'immortalité de l’âme, question la plus importante de son cours. Loin de mépriser Aristote, comme Ramus et son parti, il le développe et l’explique, le défend même contre ses faux interprètes ; mais il ne s’assujétit point à son texte ni à sa seule autorité; il le corrige, quand il est nécessaire, par les témoignages que lui fournit une étude approfondie des sciences humaines et de la révélation. Débarrassée d’une servitude étroite, dédaigneuse aussi des vaines subtilités, son argumentation s’avance droit au but sans contrainte et sans écarts.
Cette large et solide méthode qui convenait si bien au Traité de l'âme, le jeune professeur l'employa avec un égal succès dans