Carayon, Doc. inéd., 1. c
fut mandé, par le prieur de Sorbonne, auprès du nouveau Recteur, nommé Marchand, qui avait convoqué quelques députés de l’Université. Il exposa les raisons pour lesquelles la Compagnie de Jésus avait fondé un collège à Paris, et de quel droit elle l’a-
vait ouvert. Le Recteur contesta ce droit que les Jésuites tenaient du roi, de l’Assemblée de Poissy et du Parlement; il rejeta aussi, comme entachées d’irrégularité, les lettres de scolarité accordées par Julien de Saint-Germain, son prédécesseur!, Il donna l’ordre au Père Manare de fermer le collège de Clermont. Par déférence, le P. Provincial suspendit les classes, mais contre les prétentions abusives de l’Université il en appela au Parlement.
Les élèves des Jésuites, eux, ne se crurent pas tenus à tant de patience : ils manifestèrent avec éclat leur indignation, et menacèrent de se faire rendre par la force les cours interdits. [ls se seraient portés à des actes de violence sans l'intervention du P. Manare, qui alla lui-même exposer au Parlement les motifs et les circonstances de cette agitation. Les magistrats, ne considérant que le bien public, lui ordonnèrent de rouvrir le collège. Les élèves accoururent, avec plus d’empressement que jamais, aux leçons dont ils avaient été privés, mais sans renoncer encore au projet de venger l’injure faite à leurs maîtres. Maldonat, par l’ascendant qu'il exerçait sur la jeunesse, et les autres professeurs, par leurs remontrances et leurs prières, parvinrent enfin à calmer tous les esprits?.
k. L'arrêt du Parlement, qui ordonnait la réouverture des classes au collège de Clermont, mit le comble à l’irritation des adversaires. Les Principaux et les professeurs des anciens colleges craignirent de voir diminuer encore le nombre de leurs écoliers, et par conséquent leur rétribution scolaire: sans considérer le bien que le nouvel établissement commencait à produire, ils prirent leurs mesures pour le ruiner?. L'Université, se croyant atteinte dans ses prérogatives les plus chères, décida à l’unanimité de briser sans retard une concurrence redoutable. En attendant l’ocsasion de satisfaire ses rancunes, elle résolut de
1. M. Pontal, dans son ouvrage L'Université et les Jésuites, s'élève avec raison contre les adversaires de la Compagnie : « On argua, dit-il, d'un défaut de forme. Ce n’était qu’un prétexte. Les lettres de scolarité n’étaient-elles pas une pure formalité et pouvait-on de bonne foi s’autoriser d'une insignifiante irrégularité, nullement incontestable du reste? » (p. 26).
2. Lettre du P. Vaaz au P. Général, 20 août 1564 (Gall. Epist., t. IL, fol. 183). Lettre du P. Edmond Hay, dans Du Boulay : Hist. Univers. Paris., t. VI, p. 589.