‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 264 sur 457 · Manaré, De Rebus S. J., p · texte numérisé non relu

Manaré, De Rebus S. J., p

2. Motifs de l'Université contre l'admission des Jésuites. Ce document est cité

dans les Annales des soi-disant Jésuiles, t. I, p. 22, et dans Du Boulay, op. cié., t. VI, p. 587.

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d'encourir la privation « de tous les droits et privilèges de la scolarité ». Les Pères, ayant épuisé tous les moyens de conciliation, résolurent d'en appeler à la justice des tribunaux. Euxmêmes, il est vrai, intentèrent le procès, maïs n’arrive-t-il pas souvent que ceux qui déclarent la guerre ne sont pas les vrais agresseurs? Le 20 février 1565, ils adressèrent une requête au Parlement, lui demandant, après l'exposé des faits, d'empêcher l'Université de les « molester, ni perturber », ni interdire leurs classes, « jusques à tant que la cour, duement informée, en ait dit et déterminé ! ». Le Parlement, sur les conclusions du procureur général, Bourdin, fit droit à leur réclamation par un arrêt du 27 février, aussitôt signifié à Michel Marescot, alors Recteur de l'Université. Celui-ci accepta Le défi et promit de comparaitre devant les magistrats.

10. L'affaire avait fait trop de bruit déjà, pour que le procès pendant ne remuât pas l’opinion. Paris se partagea entre l’Université et les Jésuites, comme naguère entre les Guise, Les protestants et les politiques. « À entendre nos ennemis, écrit le P. Manare, nous étions des hérétiques, des hommes plus nuisibles au royaume que les huguenots. Ils allaient de maison en maison, s’efforçant de nous rendre odieux; mais les faits parlaient en faveur de notre innocence, et, malgré tout, on ne put rien contre nous. Beaucoup de gens, après les avoir entendus débiter leurs calomnies, venaient nous en informer et manifestaient leur indignation de voir que notre genre de vie, si méritoire aux yeux de Dieu et des hommes, était vilipendé par ceux-là même qui auraient dû le défendre. » Le déchainement des passions fut des plus violents; tout le monde crut que les Jésuites étaient perdus et que leurs élèves les abandonneraient. Pourtant, à l'exception de quelques-uns, retenus malgré eux par leurs précepteurs, la plupart, peu effrayés, continuèrent à venir en foule aux leçons du collège de Clermont. +

Le parti de l’Université manœuvra si bien, auprès des curés de Paris et des quatre Ordres mendiants, que le même jour, à la même heure, dans diverses paroisses, douze prédicateurs célèbres déclamèrent, en guise de sermons, de longues diatribes à l’adresse de la Compagnie; mais leur audace fut aussitôt et -énergiquement réprimée par le Parlement. Quelques-uns, en

1. Requête des Jésuites au Parlement, dans Du Boulay, t. VI, p. 590 et suiv.

descendant de chaire, furent durement accueillis par des membres de la Cour qui leur reprochèrent, dans l’église même et devant l'auditoire, d’avoir traité avec si peu d’égards des hommes vertueux, des religieux innocents!. La protection de ces hauts personnages ne suffit point cependant à calmer l'irritation de turbulents adversaires. Tous les carrefours « estoient chargés de placards » méprisants; il ne se jouait tragédie, « où sur la fin il n’y eust quelque satyre » contre les Jésuites. Tous les collèges semblaient conjurés, et il ne faisait pas bon pour les Pères de traverser le quartier de l’Université, où ils étaient « d'ordinaire altaquez de quelque ordure ou de parole injurieuse ». Le P. Olivier Manare, une fois entre autres, fut accompagné jusqu'au petit Châtelet par deux écoliers, qui ne cessèrent de l’accabler d’insultes : Tu es jesuitla, ergo hypocrita, ita. Deux autres Pères près de l'église des Chartreux, furent assaillis à.coups de pierres par un régent de collège, nommé Marchand, qui peu de jours après était trouvé mort à la porte d’une maison mal famée ?.

Les martinets et les galoches se distinguaient par leur insolence et leurs outrages. Non moins méchants, les humanistes du collège royal, Lambin et Turnèbe, aiguisaient leurs épigrammes. Dans les cercles lettrés, on récitait leurs poésies satiriques contre la Compagnie de Jésus. Une pièce latine, intitulée : Ad Sotericum gratis docentem, eut un succès de vogue, et fut traduite en français sous ce titre : Élégie au Jésuite qui lit gratis en l'Universué de Paris.

11. Les Jésuites, en d’autres temps, auraient pu compter sur le patronage de la Cour; mais le roi et la reine-mère, voyageant alors dans le midi, avaient entraîné à leur suite les cardinaux de Bourbon et de Lorraine, et les grands seigneurs, presque tous protecteurs déclarés du collège de Clermont. Néanmoins le P. Provincial jugea prudent de ne pas laisser plus longtemps les siens exposés sans défense à la malice et aux coups de leurs ennemis.

« Sur le conseil de nos Pères, raconte le P. Manare, je me rendis à Toulouse, auprès du roi Charles, qui s'y trouvait alors avec Catherine de Médicis, sa mère. Depuis qu'il avait pris possession du pouvoir, je ne m'étais pas encore présenté pour lui offrir les

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