Acta P. Ign., n. 70. Polanco, p
5. Acta P. Ign., n. 72. Polanco, p. 40. Bartoli, t. I, p. 183.
grande idée va passer avant de faire son chemin dans le monde. L'étudiant apôtre savait qu'il trouverait à Paris l'Université la plus célèbre d'Europe, qu’il pourrait y terminer enfin ses études et y rencontrer sans doute des hommes selon son cœur !.
4. I partit de Salamanque, seul, à pied, poussant devant lui un petit âne chargé de livres?. Quand il fut parvenu à Barcelone, ses amis essayèrent de le détourner de son entreprise. On était, disaient-ils, au commencement d’un hiver très rigoureux, la guerre venait d’être déclarée entre la France et l’Espagne, les montagnes étaient infestées de brigands audacieux : comment ferait-il, ne sachant pas même la langue du pays qu'il devait traverser? Aucune considération ne fut capable d'arrêter l'intrépide « pèlerin? » dans son dessein mürement réfléchi. Ses charitables bienfaiteurs le prièrent alors d'accepter au moins quelques secours, pour parer aux nécessités les plus pressantes d'une si longue route. Il eût préféré s'abandonner, au jour le jour, aux soins de la providence, et ce ne fut pas sans résistance qu'il consentit à l’envoi d’une lettre de change de vingt-cinq écus sur Paris #. Son voyage fut pénible, mais sans incident notable : « favorisé par le temps et sauf de [sa] personne », il arriva au terme « le deuxième jour de février » 1528 5.
A cette époque, l’Université, encore florissante, voyait venir à elle, de toute l’Europe, l'élite de la jeunesse. Toute la partie de Paris, située sur la rive gauche de la Seine, entre la porte de la Tournelle et la tour de Nesle, c’est-à-dire un tiers alors de la capitale, prenait le nom de quartier de l'Université. Là s'étaient groupés une foule de collèges, la plupart fondés par des évêques ou de riches bénéficiers, pour faciliter aux jeunes gens l'étude des lettres et des sciences. Cette vaste corporation, composée des quatre Facultés de théologie, de droit, de médecine et des arts, comptait en ce temps-là de douze à quinze mille élèves. La Faculté des arts était divisée elle-même en quatre nations : Normandie, Picardie, Allemagne et France. Cette dernière comprenait, outre les Français, les étrangers des divers États méridio-
1. Polanco dit positivement qu'il espérait en trouver : «Præterea etiam in illa academia.… aliquos socios ad Dei opus promovendum et proximos juvandos se facile habiturum sperabat », p. 40.