‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 270 sur 457 · Loisel, Opuscules, p. 526 et note, S · texte numérisé non relu

Loisel, Opuscules, p. 526 et note, S

l'honneur de porter la parole, au nom du Tiers-État, aux États Généraux de Blois. Il mourut de douleur, en 1589, en apprenant l'assassinat du duc Henri de Guise !.

Étienne Pasquier, dans ses Lettres publiées pour « contenter, dit-il, non seulement les sages mais aussi les fols », se tait sur sa naissance et son enfance; ce qu'il nous apprend de sa jeunesse le montre d'une morale facile. Son franc-parler, sa verve gauloise et certaines gaillardises de style reflètent bien ce dévergondage d'esprit que prisaient si fort les contemporains de Rabelais. Il avait composé, encore jeune, des dialogues érotiques qu’un honnète homme n'aurait jamais voulu signer et que dans sa vieillesse il s’applaudissait encore d’avoir écrits : « Je ne sçay, disait-il alors, si j'ay en ceci failly; mais s’il y a de ma faulte, elle est double : l’une d’avoir failly, l’autre de ne m'en pouvoir repentir?. » Pasquier se déclare souvent catholique; il était même marguillier de sa paroisse, mais il savait s'arranger une religion à la hauteur de sa morale; dans ses ouvrages il ne craignait point de faire des applications sacrilèges de la Sainte Écriture, ni de tourner en ridicule les actions sublimes des Saints. Partisan des libertés gallicanes, on le voit, dans le troisième livre de ses Recherches, parler du pouvoir du Saint-Siège comme l'aurait pu faire un protestant. Infatué de son mérite, se croyant tout permis et ne passant rien aux autres, il poursuivait de ses injures ou de ses calomnies quiconque n’entrait pas dans ses sentiments. La Compagnie de Jésus, qui n’entendait pas à sa manière la religion et la morale, devait avoir en lui un adversaire acharné.

Il eut l'audace d'attribuer à une inspiration divine le choix de sa personne comime avocat de l’Université : « Par vostre foy, écrit-il à l’un de ses correspondants, y eust-il jamais miracle plus exprès de Dieu que cestuy? » A l’entendre, dans tout le barreau de Paris, « il y en avoit un tout seul qui eust pu approfondir cette cause comme [il] fit” ». Et cela parce que, quelques années auparavant, 1l avait rencontré à la campagne, près de Melun, le P. Paschase Broet qu'il appelle Pasquier Brouës : « Comme la curiosité, raconte-t-il, me fait souvent bonne compagnie, soudain que je l’eus halené, je m’abouchay avecques lui, désireux de sçavoir le commencement et progrès de [son Ordre]; non seulement je l’accostay, ains pris la plume sous luy pour m'informer plus certainement de ce que je désirois appren-

+ 1. Loisel, Opuscules, p. 751.

2, Lettres, Liv, VI, n° 3, — 3, Lettres, liv. XXI, n° 1.

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dre, et yemployay environ quatre grandes feuilles de papier!. » Qu'y a-t-il de vrai dans ce récit? Probablement une simple conversation de rencontre en voyage, conversation qui profita bien peu au futur défenseur de l'Université, puisque son plaidoyer dénote une ignorance totale de l’Institut. Peu importe, d’ailleurs, cette circonstance plus ou moins travestie?. L'avocat sans cause se voyait offrir une affaire retentissante: il avait devant lui un chemin court et sùr vers la gloire; pour rien au monde il n’eût laissé échapper une si belle occasion, et 11 le déclara rudement à son collègue Ramat, qui jaloux d’être éliminé le menaçait de lui faire « lascher la prise ».

Rien ne fut négligé dans la préparation de ce procès qui allait faire sa fortune et qu'il appelait « la première planche de son avancement au Palais? ». Chaque jour il eut des conférences avec les régents et les principaux des collèges, avec la commission chargée de lui fournir des renseignements, avec tous ceux qui avaient à dire du mal des Jésuites. Il eut aussi recours aux extraits d’un livre « qu’un nommé Kemnitzius, hérésiarque et protestant d'Allemagne, avoit eserit contre la Société, laquelle il éprouvoit lui estre contraire ‘ ». Telles sont ses principales sources : nous sommes loin des prétendues confidences du P. Broet.

Le 2% mars, dans une consultation avec six des avocats les plus hostiles à la partie adverse, Dechappes, Canaye, Robert, du Mesnil, du Vair, de Thou, il arrêta les grandes lignes de sa plaidoirie, et avec eux il conclut que, « quelques protestations que fissent les Jésuites », il fallait non seulement leur refuser l'incorporation à l’Université, mais bien « les chasser et exterminer totalement de celte France” ». Pour plus de sûreté, trois ou quatre jours avant les débats, il prit encore l'avis des avocats de la Porte, Canaye, Mangot et Saint-Méloir, qu’il nomme « les ares-boutans des consultations ». Tous approuvèrent ses moyens de défense, et se déclarèrent prêts à chanter son triomphe ou à démentir son échec.

t.Leftres; Liv. XXI, n°1.

2. Il n’est pas croyable, dit M. Nisard, « que le P. Broet ait rien dit à Pasquier qui püt lui inspirer de l'horreur contre les Jésuites » (Les gladiateurs de la république des lettres, t. TL, p.291).

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