‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 271 sur 457 · Du Boulay, op. cil., p · texte numérisé non relu

Du Boulay, op. cil., p

5. Consultation des avocats Dechappes, Canaye etc... dans les mss. de la Bibl, nat. I Dupuy,t, LXXIV, f, 60,

3. Les débats s'ouvrirent le 29 mars, sous la présidence de Christophe de Thou, devant une assistance nombreuse attirée par la célébrité de la cause et Le talent des deux défenseurs. Au dire de l'avocat général du Mesnil, « leur dextérité et l'excellence de leur esprit » se montrèrent avec tant d'éclat, « que l’on pouvait manifestement connoître que ce siècle et ce palais n’étoient |alors|, comme oncques ils le furent, destitués de personnes dignes et suffisantes pour représenter la gloire de leurs prédécesseurs ! ». Un incident se produisit dès l'ouverture de l'audience. L'avocat des Jésuites s'était placé au barreau des pairs, du côté des conseillers laïques ; Pasquier revendiqua pour l’Université cette place qui était considérée comme privilégiée. Versoris ne voulut point céder. La contestation fut jugée séance tenante. Un arrêt rendu par la cour ordonna que l’avocat des Jésuites quitterait le barreau des pairs et le laisserait à l’avocat de l'Université ?.

La parole fut d’abord donnée à Versoris en qualité de demandeur. La raison était de son côté. Que réelamait-il pour ses clients sinon le droit d'améliorer l’enseignement et la discipline de l’éducation française? Il lui eùt donc suffi de prouver aux juges que l'Université, en repoussant la concurrence, répudiait aussi le progrès. Mais, au lieu d'exposer tout de suite ses moyens d’attaque et de défense, il se tint sur une prudente réserve et se contenta de lire la requête des Jésuites, après avoir fait l'éloge de leur sainte profession. Par cette habile tactique il déjouait tous les plans de Pasquier, lui laissait les difficultés de la discussion, lui dérobait les arguments à combattre et se ménageait en même temps les avantages de la réplique.

L'affaire, telle que Versoris l'avait présentée, se réduisait à une simple querelle entre deux corps rivaux, à un combat entre le monopole et la liberté. Pasquier ne se renferma pas dans ces limites, mais se jeta dans des discussions hors de propos.

Il est bon, croyons-nous, de faire connaître sommairement un discours qui devint la source de toutes les calomnies dirigées contre l’organisation intérieure de la Compagnie de Jésus. 11 importe surtout de montrer jusqu'où, dans l'affaire présente, la partie adverse porta l'ignorance et la mauvaise foi ?.

1. Discours de l'avocat général, dans Du Boulay, op. cit., p. 641. — « Relatio de lite cum Universitate » (Gall. Epist., t. II, fol. 2).

2. Cet incident a été rapporté par Crevier, op. c.,t. VI, p. 192.

3. Les discours de Versoris et Pasquier ont été publiés par Du Boulay, t. VI, p. 593- 630. — Pasquier a également donné le sien dans ses Recherches de la France, p. 173 et suiv,

Dans l'existence des collèges des Jésuites, Pasquier voyait le Saint-Siège exerçant une autorité que n’admettait pas le Parlement. Pour lui, il s'agissait d’une lutte entre les droits de l’État et les prétendus empiètements de l’Église; c'était en un mot la question de l'enseignement laïque et de l’enseignement ecclésiastique : le premier était appelé à former le commun de la jeunesse dans les écoles publiques; le second devait être restreint à l’intérieur des couvents pour ceux qui se destinent au sanctuaire ou à l’état religieux : « Et a esté, dit-il, ceste maxime fort bien recognue par ceux qui les premiers mirent la main à la police et aux règlements de ceste Université; car... ils établirent deux sortes de gens pour enseigner la jeunesse : les uns qui estoient séculiers et les autres nüement réguliers et religieux. Ceux-là, afin que les enfants, qui seroient par eux façonnez, peussent quelque jour estre appelez au maniement de la justice, et ceux-ci aux presches et exhortations chrestiennes. Telles ont été nos premières institutions... Quand les supérieurs de l'Église ont voulu abuser de leur autorité au préjudice de la majesté du roi, l'Université de Paris, autorisée de ceste cour du Parlement, leur a toujours fait contreteste sous le nom d'Église Gallicane, comme si c'eust esté un concile général qui eust esté perpétuellement establi dedans ceste ville. pour soulagement des subjects; et avons toujours veseu en tranquillité, grâces à Dieu, jusques à

: huy. » Ces aveux de l'avocat de l’Université sont précieux à retenir : ce qu'il attaque, c’est moins l’enseignement de la Compagnie de Jésus que l'autorité du Saint-Siège, et les droits de la religion sur l'instruction de la jeunesse et des peuples. Incidemment il traite avec dédain les Ordres religieux, « toutes ces sectes bigarrées », dont la place est, selon lui, «hors des villes, dans Les déserts » où la vie monastique a pris naissance; en tout cas, ajoute-t-il, elles sont incompatibles avec l’Université, et l’on doit bien se garder de leur confier la mission de l’enseignement. Puis, au lieu d’en venir au collège de Clermont qui était seul en cause, il s’en prend à saint Ignace en exposant sur un ton burlesque l’origine et les progrès de la Compagnie de Jésus. Tout ce passage est une parodie de l’histoire vraie du saint fondateur et de ses premiers compagnons. Il nous les montre « hypocrisant pour un temps quelque austérité perverse de vie »; et l’on sent qu’en les poursuivant de ses injures, il en veut surtout au Sou-

; verain Pontife qui accepta leurs services et les constitua en société religieuse. Paul IT, d'après lui, ne les a recus que par po-

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