‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 272 sur 457 · À \Ÿ TS À · texte numérisé non relu

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litique, parce qu'ils « faisoient vœu de reconnoistre le Pape pardessus toutes autres choses en ce bas territoire », et professaient «qu'il n’y avoit prince vivant et terrien, qu'il n’y avoit Concile, quoique général et œcuménique, qui ne deust passer et fléchir sous ses loix, statuts et décrets ». Il raconte ensuite l’établissement des Jésuites à Paris : c’est « pour faire sa cour au Pape » que. l’évêque de Clermont les inlroduisit en France. Quant aux premiers Pères qui enseignèrent au collège, il les accuse d’ignorance et en même temps se plaint de leurs succès, succès si grands que, de son naïf aveu, ils ont été l’occasion de la guerre déclarée par l’Université.

Après cet aperçu historique, Pasquier reproche aux disciples d'Ignace d’avoir des secrets; et il veut se charger lui-même de découvrir ces mystères d'iniquité. Faisant allusion au prénom du P. Broet, premier Provincial : « Tout ainsi, s’écrie-t-il fièrement, qu'un Pasquier! a été premier qui a voulu planter cette secte superstitieuse en ceste florissante Université; aussi, que la postérité entende qu un advocat, portant Le surnom dont celuy-là portoit le nom, ait esté le premier qui publiquement se soit estudié de nous extirper ceste malheureuse engeance. » Alors, sous prétexte de révéler les fameux secrets de la Compagnie de Jésus, il expose de la facon la plus fantaisiste cette division en scolastiques, coadjuteurs spirituels et profès que nous avons clairement expliquée au chapitre des Constitutions. Qu'on juge du travestissement par ces quelques lignes : « Je trouve, dit-il, que ceste prétendue Compagnie est composée de deux manières de gens, dont les premiers se disent être comme de la grande observance, et les aultres de la petite. Ceux de la grande observance sont obligés à quatre vœux, parce que, outre les trois ordinaires, d’obéyssance, pauvreté et chasteté, ils en font un particulier en faveur du Pape, qui est de luy obéir et de le reconnoistre sur toutes autres choses qui sont icy en bas estre... Ceux qui sont de la petite observance sont, sans plus, astraints à deux vœux, l’un regardant la fidélité qu'ils promettent au Pape, et l’aultre l’obéyssance envers leurs supérieurs et ministres... Et ceste mesme ordonnance fait que toutes sortes de personnes peuvent estre de ceste religion. Car, comme ainsi soit qu'en ceste petite observance l’on ne fasse vœu ny de virginité ny de pauvreté, aussi ils sont indifféremment reçus prestres et gens laiz, soit mariéz ou non mariéz, voire ne

1. Le P. Broet s'appelait Paschase (Paschasius), mais l'avocat de l’Université, qui ne se pique pas d’exactitude, le nomme Pasquier Brouès ou Broguès.

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sont tenus résider avec les grands observantins, mais leur est permis d'habiter parmi le reste du peuple, moyennant qu'à jours certains et préfix ils se rendent à la maison commune de tous, pour participer à leurs chimagrées, tellement que, suivant cette loy et règle, il n’est pas impertinent de voir toute une ville jésuite. » |

Ce tableau à peine vraisemblable, où il commet autant d'’erreurs qu'il énonce d’assertions, Pasquier prétend l'avoir tracé d'après les livres de la Compagnie. IL y ajoute un dernier trait, ou plutôt un nouveau mensonge, c’est que « il est permis au Général de changer ces Loix et statuts de sa seule autorité, ainsi qu'il estime servir à l'utilité de son Ordre ».

La conclusion de cette première partie du plaidoyer est digne des prémisses : « Introduisez donc cet Ordre entre nous, s’écriet-il, vous y introduisez par mesme moyen un désordre, chaos et confusion. Notre Université est composée de séculiers et religieux, il faut estre tout un ou tout autre; nous n’y admettons pas de métiz… Si vous les vouliez incorporer avec nous, ce ne sera pas les unir, mais bien aggréger l'Université avecques un arrogant Espagnol, avecques un chatemite Italién, celuy-là ennemi ancien capital, cettuy-ci mesdisant perpétuel de la France; bref avecques une troupe de sophistes qui sont entrés comme timides renards au milieu de nous, pour y régner doresnavant comme furieux lions. » Puis, invoquant le décret que le vieux Caton fit rendre contre les sophistes grecs : « Nonobstant ce décret, dit-il, ces rhétoriciens, maistres et enseigneurs d’un babil affecté, gagnèrent petit à petit crédit dedans Rome; aussi petit à petit perdirent-ils l’État, selon le jugement de tous les politics. Et vous, Messieurs, n’en devez pas moins attendre de ces Jésuites, si n'en extirpez, dès le commencement, et la race et la racine. »

Après avoir revendiqué pour l’Université l’enseignement de la Jeunesse, Pasquier annonce qu'il doit aussi défendre les intérêts de la religion contre la Compagnie de Jésus : « Je suis fils de l'Église romaine, dit-il; je veux vivre et mourir en sa foy. Jà, à Dieu ne plaise que j'en forligne d’un seul point. » Mais pour lui la règle de la religion est tout entière dans les décrets de la Fa= culté de théologie de Paris, « cette alme Faculté, par l'advis de laquelle, non seulement nos rois ains les Papes, non seulement les Papes ains les Conciles généraux se sont ordinairement guidez ès choses qui regardoient l’estat de nostre foy chrestienne ». Or, comme un décret de la Faculté de théologie avait condamné

l’Institut de saint Ignace, il appelle cette Compagnie, approuvée par le Souverain Pontife et reconnue pieuse par le concile de Trente, « une secte schismatique et conséquemment hérétique ». Il ose même ajouter « qu’Ignace de Loyola introduisit une erreur, au milieu de nostre Église, aussi dangereuse que celle de Martin Luther ».

Cette affirmation pouvant sembler « hagarde à quelques âmes chatouilleuses », il leur demande de suspendre leur jugement jusqu'à ce qu’il ait « tout au long estendu ses raisons ». Il entasse alors mensonges, calomnies et blasphèmes pour démontrer le crime de ce qu'il appelle les « Propositions d'Ignace ». Ces Constitutions, que les esprits sérieux regardent comme une œuvre de génie, Pasquier les attaque avec la dernière violence, les dénonce comme une organisation dangereuse qui place dans les mains du Pape une arme redoutable. Rien n’excite plus sa colère que le quatrième vœu des profès, ce vœu « supernuméraire qui est de reconnoistré le Pape par-dessus toutes les autres dignités ». Que leur était-il besoin, demande-t-il, de faire ce nouveau vœu ? QI faut donc qu'il y ait quelque anguille sous roche, que le commun peuple n’entendoit; et vous diray, Messieurs, ne pensez pas que ce vœu soit une chose oiseuse et sans effet, ce qui seroit s'ils entendoient en user tout ainsi que vous. Que reconnoissentils donc par ce vœu? Ce sont de nouveaux vassaux qui advouent le Pape avoir elle authorité et puissance sur nous, que tout ce qu'il veut, et se peut; [qu’il] luy faut en toutes choses obévr; qu'il peut, sans aucun controolle, ravaller l’authorité non seulement de tous les autres prélats, maïs des empereurs, roys et monarques; qu'il lui est loisible, de son authorité absolue, transférer les royaumes d’une famille à une autre. Bref, que si le Pape leur commande de faire quelque chose, ils sont tenus d'y obéyr sans aucune connoissance de cause!. »

Sur cette définition toute nouvelle de l'autorité pontificale, Pasquier proteste qu'il n’admettra jamais un pareil pouvoir. « Nous reconnoissons, dit-il, le Pape pour chef et primat de nostre Église universelle, avec tout honneur et dévotion; mais tel toutefois qu'il est sujet au décret des Conciles généraux et œcu-

1. Henri IV était plus équitable et moins ignorant quand, au même propos, il disait au président de Harlay : « Ce vœu n’est pas pour toutes choses. Ils ne le font que d’obéir au Pape quand il voudrait les envoyer à la conversion des infidèles. Et de fait c’est par eux que Dieu a converti les Indes » (Discours de ce qui s’est passé en cour sur le rétablissement de la Compagnie. Réponse du roi au président de Harlay, dans « Galliarum Monumenta historica », n. 67).

méniques, qu'il ne peut rien entreprendre sur nostre royaume, ny contre la majesté de nos roys, ny contre l’authorité des arrêts de cette cour, ny pareillement au préjudice de tous nos diocésains dedans leurs fins et limites. En sommes-nous pour cela moins catholiques? Au contraire, nos roys ont esté de toute ancienneté intitulez très chrestiens, et réputez dedans Rome Fils aisnés de nostre Saint-Père. »

Les Jésuites, assurément, n’entendaient pas le catholicisme de cette facon; ils ne mettaient pas le Pape au-dessous des conciles et des évêques, au-dessous des rois et du Parlement. Et voilà le secret de la haine d’Étienne Pasquier.

Selon lui, le vœu de pauvreté, tel qu’on le pratique dans la Compagnie, n'est pas moins dangereux que le vœu d’obéissance. Il fait un crime aux Pères de ne pas mendier de porte en porte, et de pourvoir à leur subsistance en recevant d'autres sortes d’aumônes; il leur reproche d’avoir appliqué à la fondation d’un collège les legs que Guillaume du Prat leur avait faits à cette intention, et d’avoir établi la gratuité de l’enseignement contre l’usage de l’Université.

IL blâme ensuite leur doctrine, comme perfide et destinée à pervertir la jeunesse. Il en donne une preuve bien mal choisie, ‘dans l'exemple de Guillaume Postel, enfant de l'Université de Paris et professeur au collège de France. Après avoir rappelé les -extravagances de ce génie utopiste, il s’écrie indigné : « De quel Ordre était-il? — De la vénérable Société de Jésus. » La vérité est, nous l'avons vu, que saint Ignace l'avait renvoyé après quelques mois de noviciat. Qu'importe, pourvu que le mensonge fasse son effet.

Après une boutade contre Paul IV, qu’il accuse d’avoir « pris non seulement le nom de Jésuite mais encore celui de Théatin », il s'attaque au P. Maldonat, un vrai jésuite cette fois : « Depuis deux mois en cà, dit-il, vostre métaphysicien Maldonat à voulu dans une de ses leçons prouver un Dieu par raisons naturelles, et en l’autre, par mesmes raisons, qu’il n’y en avoit point. Faire le faire et le défait sur un si digne sujet : je demanderois volontiers auquel il y a plus d’impiété et transeendance, ou en la première ou en la seconde leçon? » Absurde accusation dont Bayle, dans son Dictionnaire critique, a fait bonne justice en montrant la mauvaise foi de l’avocat!. Un professeur qui, après

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