Appellationes exponibiles, terme du langage scolastique
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donnions, comme nos adversaires, cette interprétation capricieuse qu’on donnerait aux fables des poètes? Non, messieurs, Je n'entends pas que vous priviez la théologie de l'argumentation scolastique; elle est utile, elle est nécessaire, et vous verrez dans nos lecons si je la néglige. Je veux seulement que dans l’enseignement de la théologie, comme dans toute autre chose, nous observions cette règle de prudence : Ne quid nimis; car il y aurait de l'orgueil et de la témérité à vouloir expliquer Îles Saintes Écritures sans les lumières de la théologie; mais il n’y à pas moins de vanité et de légèreté à consacrer son temps et sa peine à des questions oiseuses et inutiles. La vraie manière, c'est, à mon avis, d’unir aux livres inspirés la méthode scolastique; en sorte que, en face d’une question à débattre, nous recourions non à Platon ou Aristote... mais aux prophètes, aux apôtres, aux évangélistes, à Jésus-Christ, à son Église, à l’antiquité sacrée, et que nous consultions les exigences de notre temps. Telle est la ligne que je me suis tracée, et je m'efforcerai de ne jamais en sortir !. »
Les lecons de théologie du P. Maldonat eurent un immense suCcès. Le nombre des auditeurs devint si considérable que, la salle ordinaire des cours ne pouvant les contenir, on dut se transporter dans Le grand réfectoire ; et comme ce local était encore insuffisant, le professeur établit sa chaire, quand la saison le permit, dans la cour du collège. L’auditoire ne se composait pas seulement de jeunes gens destinés à l'Église, mais encore de l'élite de la société ?. On y voyait des magistrats et des grands seigneurs, des docteurs de Sorbonne et des professeurs d’autres collèges, des prélats et des religieux de tous les Ordres. « Souvent mème des ministres huguenots » se mèlaient aux catholiques; « en cachette ils faisaient passer » au savant théologien « des propositions contraires à sa thèse, que lui lisait en public et réfutait point par point ». Les personnes qui désiraient s'assurer une bonne place envoyaient leurs domestiques la retenir à l'avance, car il arrivait
1. Maldonati oralio cum suam theologiam aggrederetur, publié par Prat d’après les mss. de la Bibl. nat. (Maldonat, app. XI, p. 555 el sqq.). |
9. De Saligny, Vie du P. Maldonat (dans Prat, Mémoires sur le P. Broet., App., p. 608, 609). Le P. de Saligny, mort en 1723, fut professeur de philosophie et de théologie à Bourges où Maldonat avait écrit ses Commentaires. 1 crut faire honneur à cette ville en lui donnant une biographie de l'éminent théologien. Une copie de cet ouvrage se trouve à la biblioth. de Grenoble. C'est le manuscrit que le P. Prat à reproduit, mais non intégralement. Les détails donnés ici sur l’affluence aux cours de Maldonat sont conformes aux témoignages des contemporains.
3. Lettre du P. Nadal, 7 oct. 1568 (Epist. Nadal, t. IV, p. 793).
bien des fois que la salle était comble trois heures avant le commencement du cours!.
Pierre Picherel, ancien docteur de Sorbonne passé au calvinisme, décrit dans un de ses ouvrages le spectacle dont il fut témoin, un jour qu’il était venu entendre Le P. Maldonat : « Ne croyant pas, dit-il, que l’auditoire dust estre, comme il estoit, composé d'un monde infini, je me trouvai trop éloigné de la chaire du professeur; d’où il arriva que beaucoup de mots ne vinrent pas jusqu'à moy. Ajoutez à cela que sa prononciation n'estoit pas toujours égale, car, quand il avoit élevé la voix, il la rabaissoit un peu après. Comparant néanmoins ce qu’il avoit dit d’un ton élevé avec ce qu’il avoit dit d’un ton plus bas, et devinant même avec Le secours des yeux, que je tenois toujours attachés sur son visage, je fis si bien qu'il m’échappa peu de choses?. » Tous les auditeurs, en effet, prêtaient la plus sérieuse attention ; plusieurs prenaient des notes. De hauts dignitaires de l'Église et de l’État, trop éloignés de Paris pour assister aux cours y envoyaient des copistes. « Dieu sait, écrit le P. Edmond Ho combien d’esprits sincères trouvèrent dans les leçons de l'illustre professeur, la lumière de leur intelligence, la solution de leurs doutes, la confirmation de leurs croyances * ».
4. On devine aisément que les succès du P. Maldonat contribuèrent encore à augmenter le prestige du collège de Clermont. L'ardeur dévouée des professeurs, faisant de l'instruction une arme d’apostolat; l’habileté de leurs méthodes et l’entrain de leurs classes; le concours des écoliers contents d'échapper à des procédés vieillis, et heureux de l’affection que leur témoignaient des maïtres surnaturels, tout mettait la Compagnie de Jésus dans une situation excellente vis-à-vis de l’Université. Celle-ci, ne pouvant se consoler des arrêts du Parlement, ni se résigner de bonne grâce à la prospérité d’une rivale, se mit à épier l’occasion de trouver les Pères en défaut. Les régents étaient obligés de s’observer de près, car « souvent des hommes doctes s’estant déguisés se mesloient dans la foule des escoliers » entrant au collège, et ils notaient de leurs mains « ce qu’ils voyoiïent et entendoient ». Ou bien encore quand les élèves sortaient, on les prenait à part, on leur faisait répéter la lecon du professeur,
1. Bayle, Dictionnaire, art. Maldonat, remarque C. 2. Dissertatio de sacrificio missae (1629), cité par le P. de Saligny, Z. c. 3. Lettre au P, Général, 29 avril 1566 (Gall. Epist., t. III, fol. 22).
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dans l’éspoir de découvrir quelque parole malsonnante et propre à constituer, un procès!.
Cette odieuse inquisition n'ayant donné aucun résultat, l'Université ne renonçca pas cependant à ses projets de vengeance. Elle, qui avait naguère sollicité l'appui du prince de Condé, chef des huguenots, n’hésita pas à recourir au connétable de Montmorency, chef des catholiques. Au commencement du mois d’avril 1566, pendant la semaine de la Passion, le connétable était venu à Paris avec le maréchal de Damville, son second fils. Guillaume Galland, alors Recteur de l’Université, alla le saluer accompagné de Ramus, pour lui recommander les intérêts dont il était chargé. Ces intérêts, disait-il, se trouvaient gravement compromis par la concurrence du collège de Clermont. En même temps, il dépeignit les Jésuites sous les couleurs les plus noires et demanda qu'on imposât silence à leurs professeurs, ou plutôt qu'on en délivrât l’Université. Présent à l'entretien, le lieutenant criminel ne put retenir son indignation devant de si injustes reproches : « Vous feriez bien mieux, monsieur le Recteur, dit ce zélé magistrat, d'empêcher vos écoliers de sortir la nuit et de causer du désordre, comme ils font tous les jours, dans Paris. » -Galland et Ramus répondirent que les Jésuites étaient la cause de tout le mal : les élèves, quand on voulait les réprimander, menacaient de quitter l'Université pour passer au collège de Clermont. Le maréchal de Damville releva, comme elle le méritait, cette singulière excuse en représentant que Les élèves des Jésuites ne donnaient ni les mêmes scandales ni les mêmes sujets de plaintes. Il défendit si bien la cause des religieux de la Compagnie que le connétable, après une sévère réprimande, congédia les calomniateurs en Leur disant d'imiter les Pères au lieu de les incriminer ?.
Le lendemain le maréchal de Damyville, très dévoué aux Jésuites, les fit prévenir de ce qui s'était passé chez son père, et leur conseilla d'aller trouver le connétable pour l’éclairer sur toute cette affaire. Ils n’eurent pas de peine à se disculper des accusations dont ils étaient l’objet. Montmorency, après les avoir entendus, les assura de sa bienveillance et de sa protection : « Je sais, leur dit-il, tout ce que votre Société a souffert en France depuis les divisions survenues dans notre malheureux pays; mais supportez ces épreuves d'autant plus courageusement
1. Vie du P. Maldonat, par le P. de Saligny (Prat, op. cil., p. 609). 2. Lettre du P. Hay déjà citée. Cf. Sacchini, P. IL, I. IF, n. 58.
qu'elles vous sont communes avec tous les gens de bien. Souvenez-vous que tous ceux qui ont entrepris de grandes choses dans l’Église de Dieu ont rencontré, comme vous, une multitude d'obstacles. Si vous continuez à servir l'Église et l'État avec le dévouement désintéressé que vous avez montré jusqu'ici, vous n'aurez rien à craindre de personne. Pour ma part, comptez que mon secours ne vous manquera jamais. » Les Pères du collège de Clermont, encouragés par ces paroles du connétable, attendirent avec un sureroit de confiance les persécutions de leurs ennemis!.
5. Le 1° mai 1566, Charles IX était enfin revenu de son long voyage, qui avait duré plus de deux années ?. Galland et Ramus, nullement abattus par leurs tentatives infructueuses, s’empressèrent de demander audience au cardinal de Lorraine, proviseur de Sorbonne, et, sans nommer la Compagnie de Jésus dont il s'était déclaré protecteur, se plaignirent de certains étrangers, de barbares qui excitaient des troubles dans l’Université et corrompaient la jeunesse. Le proviseur de Sorbonne répondit qu'il n'avait jamais entendu parler de pareils étrangers, mais il engagea les plaignants à lui remettre leurs griefs par écrit; on verrait ensuite quelle mesure il conviendrait de prendre.
Le même jour, le P. Perpinien était arrivé de Lyon à Paris pour associer ses travaux à ceux du P. Maldonat$. On lui confia le soin de réfuter les nouvelles accusations portées contre la Compagnie, et il rédigea en latin un mémoire dont le cardinal de Lorraine se montra très satisfait 4.
Au reproche d'être de nationalités étrangères, adressé aux maitres du collège de Clermont, Perpinien répondait que, fondée par Charlemagne avec le concours de savants étrangers, l’Université de Paris avait toujours adopté Les hommes de tout pays qui lui apportaient leurs lumières et leur réputation. Quand François I°' entreprit de restaurer la culture des lettres dans sa capitale, il invita tous Les savants de l’Europe à venir y distribuer les trésors de leur science. Guillaume Galland lui-même, observait le fin jésuite, ne se trouverait pas maintenant à la tête de