Archiv. com., Délib., t, XIII, f
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Au mois de septembre, le P. Possevin arrivait en même temps que Charles IX à Avignon ; il y rencontra le duc de Savoie, Emmanuel-Philibert. Ce prince avait résolu quelques années auparavant d'établir deux collèges de la Compagnie dans ses États : l’un d’eux, ouvert à Mondovi, avait eu le P. L. du Coudret comme premier Recteur. Dans ses entretiens avec celui-ci et le P. Possevin, la fondation du second collège fut décidée, et le P. du Coudret partit pour Chambéry, laissant à son illustre confrère le soin de terminer la fondation d'Avignon !.
4. I fallut d’abord trouver mieux que la maison des Fromageons, tout à fait insuffisante pour l'installation d’un collège. Les consuls, comme ils s’y étaient engagés, louèrent une partie de la maison de la Motte, appartenant à la famille de Brancas. Cette maison, ainsi appelée du cardinal Gaillard de la Motte, était alors désignée sous les noms de palais et de tour. D'après une tradition respectable, sainte Catherine de Sienne y avait logé en 1376. Les Pères vinrent y habiter au mois de novembre 156%; mais à raison de la peste qui désolait la ville, ils ne purent s’adonner immédiatement à l'instruction de la jeunesse : les classes ne furent ouvertes que dans les premiers mois de l’année suivante par les PP. Antoine Morel, Jean Balmeso, Louis Gérardin et Gérard son frère.
À partir de cette époque, de nobles bienfaiteurs, comme Pierre de Ricci et Madeleine Lartissusse, remédièrent à la pénurie dans laquelle les nouveaux maîtres avaient vécu jusqu'alors ?, Le conseil de ville, satisfait des heureux débuts de Fétabhssement, lui continua aussi ses premières libéralités. Reconnaissant que les religieux de la Compagnie ne recevaient rien pour les services qu'ils rendaient « par la prédication, l'administration des sacrements et aultres bonnes œuvres de charité », et considérant que les familles ne seraient « plus davantage obligées d’envoïer au dehors les enfants », il fit don, le 16 avril 1565, d’une rente an-
1. Lettre du P. Possevin au P. Général, 4 octobre 1564 (Acta a Possevino).
2. Ces donations causèrent bien des tracas aux Jésuites. Le testament de Pierre de Ricci, contenant une clause de substitution, devint en 1577 l'objet d’un procès, et les Pères aimèrent mieux renoncer à leurs droits que poursuivre. Le testament de Madeleine Lartissusse donna lieu aussi à de nombreuses difficultés entre ses héritiers et les exécuteurs testamentaires représentés par Joachim de Rolland, Seigneur de Bord, au sujet d'une somme de six mille livres « mise en pension sur des communautés du Comté ». A l'instance et requête de la ville il fut convenu d’un commun accord, devant le grand vicaire de l'Archevêque délégué par le Pape, « que lesdites pensions seraient assignées et demeureraient toujours audit collège en toute propriété sous le bon plaisir de Sa Sainteté » (Lugdun, Fundat, collegior., t. I, ne 41, 42. — Cf. Acta S. Sedis, p. 38, n° 70; p. 39, n° 74).
nuelle de huit cents florins, indépendamment des autres secours déjà promis. Et ce, dit É procès-verbal de la délibération, « pour l'entretien dudit collège, espérant que les Jésuites fou de mieux en mieux, comme la ville a l'intention de faire aussi, priant le bon P. Possevin de nous tenir compagnie et de ne nous abandonner pas ! ».
Le P. Possevin dut être très touché du vœu exprimé par le conseil de ville; néanmoins il se vit contraint de s'éloigner d’Avignon, pendant Fos mois, pour à Bayonne plaider la cause de la Compagnie auprès du roi?. A son retour, il trouva la ville sous une autre administration. Pie IV, dans l’impossibilité de défendre le Comtat contre les entreprises des huguenots, en avait confié le soin au roi Charles IX. Le cardinal de Bourbon remplaça le cardinal Farnèse comme légat; maistrop engagé dans les affaires du royaume pour administrer par lui-même les États Pontificaux, il fit nommer co-légat le cardinal Georges d’Armagnac, archevêque de Toulouse. Avec l'appui de ces prélats, auxquels il était très sympathique, le P. Possevin, devenu Recteur, mit tout son savoir-faire à terminer l’œuvre du collège à peine ébauchée*.
Les Jésuites n’habitaient encore qu'une maison de louage, ce qui, dans ces temps de troubles, offrait de graves inconvénients d’instabilité. Le 9 mars 1566, le P. Recteur se rendit en personne au conseil de ville et demanda la concession d’une demeure à perpétuité, « attendu, disait-il, que cela est nécessaire soit pour assurer la fondation du collège soit pour procéder à la construction de l’église ». Le conseil accueillit cette demande avec faveur et nomma, séance tenante, une commission d’examen; mais le règlement de l'affaire ne demanda pas moins de deux années“. Dans l'intervalle, le 23 juin 1567, les consuls donnèrent une nouvelle preuve de leur bienveillance en décidant « par toutes fèves noires, deux blanches exceptées, que l'argent déboursé par messieurs les jésuites de ce qu'ils avoient entré pour leurs vivres, leur seroit remboursé ». Il leur vota ensuite un supplément de quatre cents écus de rente”.
Le soin que le P. Possevin apportait à cette affaire ne l’empêchait point de se livrer aux travaux du ministère apostolique.
. Archiv. com., Délib., t. XIII, fol. 139.
: Nous avons parlé de cette démarche au chapitre ur. 3. « Informatio de collegio, anno 1566 » (Documents conservés dans la Compa-
gnie). | 4. Archiv. com., Délib., t. XII, fol, 175. — 5. Jbid., passim.
Après l'élection de Pie V, il fut chargé de célébrer dans l’église des Cordeliers, selon l'usage, les mérites du nouveau pontife; il s’en acquitta si bien que, pendant près de deux siècles, les Pères du collège conservèrent le privilège de prononcer l’oraison funèbre du Pape défunt ou de faire l’éloge de son successeur!. Un peu plus tard, le cardinal d’Armagnac, qui présidait les États du Languedoc réunis à Beaucaire, le pria de prêcher le 17 novembre 1566, devant tous les députés, le jour de leur procession solennelle. Après un de ses sermons, à Marseille, pour la fête de Noël de cette même année, le gouverneur, Honoré di Tenda, faisait au P. François de Borgia une première ouverture afin a obtenir l'établissement d’un collège de la Compagnie dans cette ville, en même temps qu'il réclamait le P. Possevin pour le prochain carême. Le P. Général ne put accéder à cette double demande : la présence du P. Recteur était nécessaire à Avignon, et le petit nombre de sujets disponibles ne permettait de songer à tant de fondations à la fois ?.
5. En 1567, quand due la seconde guerre de religion, après le coup de main de Condé et de Coligny pour enlever.Charles IX aux portes de Paris, les catholiques du midi cherchèrent un refuge sur les terres du Pape. Avignon compta bientôt jusqu’à cent vingt prêtres que la persécution y avait réunis. Les Jésuites établirent, en vue de leur instruction, un cours de morale et de théologie, et partagèrent avec eux les faibles ressources dont ils pouvaient disposer ?; charité d'autant plus méritoire que la situation du collège, sans domicile propre, était toujours très précaire. Une seconde fois le P. Possevin dut présenter à la municipalité, en son nom et au nom de ses religieux, une requête où il demandait l’achat de la maison de la Motte et sa donation à la Compagnie. Le conseil, « par toutes fèves noires, nulle exceptée », donna son consentement. Ce vote unanime remplit de Joie le cœur de Pie V, et le cardinal Alexandrin, son neveu, écrivit de Rome, le 30 août 1568, à M. des Issarts une lettre touchante de félicitation et d'encouragement : « Je ne suis pas seul à me réjouir, lui disait-il, Notre-Seigneur le fait avec moi. C’est
1. Recueil des pièces sur les églises et couvents d'Avignon (Museum Calvet, 2381, fol. 77).
2 Lettre d'Honoré di Tenda à F. de Borgia, 30 déc. 1566 (Gall. Epistol., t. III, ne 179).
3. Ce fait est rapporté par Sacchini, Histor. Soc. Jesu, P. III, I. IE, n° 164.
4. Archiv. commun., Délibér., t. XIV, f. 24. Lettre du P. Général aux consuls, 17 mai 1568 (Gall., Epist. Gener., t. IV). °£
en son nom que je vous exhorte à persévérer dans votre bon dessein et à employer de toutes facons votre autorité pour mener à bien l’affaire de la maison et l'établissement de ce collège !. »
On avait compté sans la résistance des propriétaires, qui refusèrent de vendre. Des jurisconsultes, interrogés par le conseil, décidèrent que la raison d’utilité publique permettait de les exproprier?. Le 18 janvier 1569, la ville acheta la maison estimée par les experts à quinze mille huit cent soixante-deux écus, trente-deux sols, six deniers; mais elle n'eut à payer qu’un tiers, les deux autres tiers appartenant par confiscation à la chambre apostolique. Le même jour, la Motte fut remise en toute propriété, et franche de toutes charges, au P. Possevin qui l’accepta au nom de la Compagnie. La ville promit, de plus, de payer annuellement huit cents florins, jusqu’à ce que les rentes temporelles ou ecclésiastiques que recevrait le collège, déduites de toutes charges, fissent l’équivalent de cette sommet.
Le P. Général s’empressa de témoigner sa reconnaissance aux consuls d'Avignon. Par une lettre du 14 février, il chargea le P. Recteur de les remercier et de leur faire savoir qu'il « avait écrit de tous les côtés aux membres de la Compagnie » leur enjoignant des prières pour la ville bienfaitrice. IL ordonnait, à la même intention, trois messes à tous les prêtres du nouveau collège. Toutefois, cette lettre du P. Général contenait une critique et une désapprobation. Il blâmait la manière dont s'était faite l'acquisition de la maison de la Motte : « Appliquer au collège d'Avignon, disait-il, les biens confisqués aux hérétiques, serait chose tout à fait odieuse pour notre Compagnie, surtout si leurs anciens possesseurs vivaient encoreÿ. »
6. Ce fut le P. Louis du Coudret, successeur d'Antoine Possevin dans le gouvernement du collège, qui porta au conseil de ville les remerciements du P. Général. Le P. Possevin, lui, était déjà parti pour Rome où, sur son désir, le P. François de Borgia,