‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 295 sur 457 · Archiv. Prov. de Lyon, Anciens collèges, t. I, fol · texte numérisé non relu

Archiv. Prov. de Lyon, Anciens collèges, t. I, fol

2. Lettre du P. L. du Coudret au P. Général (Gall. Epist.. t. IV, fol. 171).

3. Au début des guerres de religion la maison de la Motte appartenait à Charles et à Julie de RBrancas. Charles ayant embrassé le calvinisme avait vu ses biens confisqués.

4. Archiv. commun., Déliber., t. XIV, f. 48, 138. Roma, Bibliot. Vitt. Emman., mss. Gesuitici, n° 1584 (3713).

5. Lettre au P. L. du Coudret, 14 février 1569 (Gall. Epist., t. IV). Tout le monde à cette époque admettait la justice de ces confiscations; mais le P. Général voyait dans le cas présent une question de délicatesse.

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heureux de connaître un homme si utile à l’Église, avait accepté de présider sa profession solennelle des quatre vœux. Il avait quitté Avignon le 12 février 1569 !, muni d'une somme de vingt écus que le conseil de ville lui avait remise pour ses frais de voyage. Son absence fut l’occasion d’une violente tempête, qui faillit détruire les belles espérances que donnaient les heureux débuts du collège.

Les Avignonnais avaient en Possevin toute confiance; il ne put donc refuser d’emporter, de leur part, quelques lettres à l’adresse du Souverain Pontife et du P. Général. Dans ces missives, les cardinaux de Bourbon et d’Armagnac exposaient à Sa Sainteté combien la religion avait à souffrir en ces temps malheureux, recommandaient à sa bienveillance la ville d'Avignon et le Comtat-Venaissin, et la priaient de pourvoir à la défense du pays contre les menées des hérétiques; les consuls demandaient au P, Francois de Borgia qu'il voulüt bien augmenter le personnel du collège et permettre l'ouverture d’un pensionnat.

Le séjour du P. Possevin à Rome se prolongea beaucoup plus qu'on ne l'avait supposé, en sorte que le P. Auger craignit un instant de perdre son principal collaborateur dans l'administration de la nouvelle Province d'Aquitaine. Le P. Général le rassura en lui écrivant, le 11 avril, « que l’obéissant religieux n'avait fait aucune démarche pour rester en Italie et que toutes ses affections appartenaient à la France? ». Le P. Possevin, du reste, n’oubliait pas les intérêts du collège d'Avignon, ni les affaires qu'il était chargé de négocier. À sa sollicitation, Pie V déclara que la pension annuelle de cent écus sur la Légation serait perpétuelle, et fit expédier des bulles pour les cent écus assignés sur l'archevéché. Le R. P. Général, de son côté, par une lettre du 17 mai, annonça aux consuls une légère augmentation dans le personnel, et leur indiqua dans quelle mesure la Compagnie pouvait contribuer au gouvernement d’un pensionnat : elle ne s’en chargerait pas personnellement, pour de justes motifs que devait expliquer le P. Possevin à son retour, mais elle accepterait d’en surveiller l'administration dans toutes les choses relatives à la piété ou à l’enseignement *.

En même temps que la lettre de François de Borgia, les con-

1. Annal. decas 1*, L. II, ©. xv. Epistol. Nadal, t. LI, -p. 630. Le P. Possevin n’alla pas à Rome en qualité de procureur de la Province d'Aquitaine, comme le dit le P. Chossat (p. 124). La congrégation des procureurs avait eu lieu en octobre 1568.

2, Lettre au P. Auger, 11 avril 1569 (Gall. Epistol., t. IV). 3. Lettre aux Consuls, 17 mai 1569 (Gall., Epistol. Gen., t. IV),

suls d'Avignon reçurent du Souverain Pontife un bref par lequel il exprimait sa satisfaction de ce que le P. Possevin lui avait rapporté de leur bonne volonté. Il les exhortait aussi à combattre avec courage et constance contre les hérétiques, et manifestait l'intention de travailler à la réforme de la discipline et des mœurs dans le Comtat. Ce bref pontifical ne contenait rien qui pût être pris en mauvaise part. Des esprits « jaloux et inquiets » supposèrent cependant que Sa Saïinteté avait formé le dessein de faire rechercher et punir « ceux qui attenteraient quelque chose contre la religion ». Comme ils connaissaient l’empressement des Jésuites à seconder toujours les projets. du Saint-Père, ce fut sur ces religieux qu'ils firent retomber tout l’odieux de leurs interprétations malveillantes. Des insinuations perfides furent habilement semées parmi le peuple, par les protestants, qui n'avaient pu voir sans déplaisir s'établir à Avignon ces Jésuites qu'ils regardaient comme leurs plus terribles ennemis!. Ils s’acharnèrent principalement contre le P. Possevin dont ils redoutaient la doctrine et l’activité. N'osant attaquer la réputation dont il Jouissait dans l’opinion publique, ils essayèrent d'exploiter contre lui son récent voyage à Rome. Il ne l'avait entrepris, disait-on, que pour porter le Pape à introduire dans Avignon une inquisition pareille à celle d’Espagne; à supprimer les quatre confréries de pénitents établies dans la ville avec tant d'édification et de succès; enfin à perdre absolument ceux qui avaient paru avoir quelque penchant pour la nouvelle doctrine; et l’on ajoutait qu'il avait donné à Sa Sainteté une connaissance parfaite de leurs noms et qualités?.

Ces accusations absurdes ne reposaient sur aucun fondement sérieux; elles ne manquaient pas cependant de quelque vraisemblance. Il était un jour échappé au P. Possevin, parait-il, de dire en prêchant, que ce ne serait pas un désavantage à la ville d'Avignon, si elle avait d’exacts inquisiteurs de la foi. Une bulle de Pie IV avait supprimé, quelques années auparavant, les confréries d'artisans, et l’on pouvait croire que les confréries de pénitents étaient aussi menacées; or, cette perspective touchait au vif une population profondément attachée aux traditions de

1. Lettre du P. Possevin au P. Général, 15 juillet 1569 (Acta Possevini in Gallia). Cf. Sacchini, Histor. Soc. Jesu, P. III, 1. V, n° 139. Laderchi, Annal. Eccles., tp 261:

2. Hist. coll. Aven. (Francia, Histor. fundat. Assistentiae, n° 29).

3. Lettres du P. L. du Coudret, 22 juin 1569, 26 juin 1569 (Gall, Epistol., t. IV,

fol. 89, 91),

ses ancêtres. Enfin « audit temps, écrit un contemporain, fut mandé au sieur Archevêque d'Avignon un bref exprès, lui commettant de s'informer sur quelques articles concernant la façon de vivre des personnes laïques et sur tous états! ».

Il n’en fallait pas davantage pour exalter les Avignonnais, jaloux de leurs libertés municipales. L'émotion populaire s’accrut encore quand on vit l'archevêque assisté d’un Père de la Compagnie, selon les ordres du cardinal Alexandrin, intimer le bref au clergé; car on disait « que cela avoit été mandé aux pourchats et requestes de M. Antoine Possevin, jésuite, qui pour lors étoit à Rome? ». Ce bruit se répandit partout, et bientôt l’on n’entendit plus que murmures, invectives et menaces à l'adresse des Pères. Ceux-ci, par mesure de prudence, suspendirent leurs classes et restèrent renfermés dans leur maison. Seul le P. Péquet, religieux d’une grande vertu et qui avait le don de guérir les malades, osait sortir et se livrer à ses œuvres ordinaires. Mais cet homme de Dieu, malgré le respect et la vénération dont il était entouré, ne réussit point à calmer des têtes surexcitées.

7. Des groupes nombreux se rendaient chaque jour à l’hôtel de ville, vociférant contre les Jésuites. Mal reçus la première fois, ils finirent par intimider les consuls qui, dans la crainte d’une révolte, promirent de convoquer une assemblée générale où tout le monde serait admis avec le droit de suffrage. Le 18 juin, jour fixé pour l'élection des nouveaux consuls, une foule immense accourut à l'hôtel de ville. La salle de réunion, où chacun s’empressait de prendre place, fut bientôt remplie. Ceux qui ne purent entrer s’arrêtèrent dans la cour, et se mirent à crier de toutes leurs forces qu’on eût à leur faire justice du perfide et ngrat Possevin. Beaucoup demandaient qu’on supprimäât le collège et que l’on chassät tous les Pères. La salle se trouvant encombrée, les consuls tinrent séance au milieu de la place publique. Après quatre heures d’un tumulte indescriptible, on vota l'expulsion des Jésuites et la révocation de toutes les donations qui leur avaient été faites. Le conseil crut devoir accorder : quelque chose au ressentiment du peuple : il déclara qu'il annulait, autant qu'il pouvait, tout ce qui avait été fait en faveur de la Compagnie de Jésus°. Mais, en papant ainsi, les magistrats

1. « Discours des guerres de la comté Venayssin et de la Prouvence, par le seigneur Loys de Perussiis » (Museum Calvet, ms. 2773, fol. 233). — 2. Ibidem.

3. Ibidem. Lettres du P. L. du Coudret déjà citées et une autre du 8 juillet 1569 (Gall. Epistol., t. IV, fol. 94).

municipaux devaient bien se douter que le légat, sans lequel on ne pouvait agir, ne se prêlerait pas à la suppression du collège et ne céderait point aux colères soulevées par des mesures qu'il avait lui-même ordonnées : « Demander au Saint-Père, disait Louis de Pérussis, c’est bien fait; mais de tumultuer, non : il faut obéir au supérieur et non faire émotion. » Tout le monde n'était pas de cet avis, et une parole de bon sens ne suffit pas à calmer les passions populaires. On s'en aperçut, quelques heures après l'élection des nouveaux consuls.

En vain le cardinal d’Armagnac avait fait défendre les clameurs contre les fésuites. On n’entendait dans les rues que des injures et des menaces : il fallait, criait-on, exécuter les conclusions de l’assemblée et chasser au plus tôt ces traitres, ces ingrats, ces maudits. La ville entière était sur pied. Les huguenots profitèrent des rassemblements pour soulever une émeute, signal d’une révolte générale et peut-être du triomphe de leur parti!. Des bandes furieuses, armées d’arquebuses, se dirigèrent vers le collège avec un bruit et des cris qui firent justement appréhender des excès qu'on ne pourrait réprimer. Quelques amis de la Compagnie accoururent en toute hâte prévenir les Pères du danger. Ceux-ci s'enfermèrent dans l’église et se mirent en prières, attendant que l'orage füt apaisé. De ce saint asile ils entendaient les outrages de la populace, qui assaïllait la maison à coups de pierres. Les fenêtres volaient en pièces. On parlait de mettre le feu aux quatre coins de la Tour, ou d'amener l'artillerie de la place pour l’abattre et accabler les prétendus coupables sous les ruines ?.

Averti de la gravité de la situation, Claude de Crillon, frère du « brave Crillon » et premier consul de la ville, réunit ses deux collègues, Pierre Beau et Jacques Gardiole, et le nouvel assesseur, Jacques de Novarin. Suivis de quelques-uns des principaux citoyens, parmi lesquels François de Fogasse, seigneur de la Berthelasse, et François de Pérussis, capitaine de cent chevau-légers, ils accourent sur Le théâtre du tumulte, dans le dessein de désabuser ce peuple mutiné. À leur vue les assaillants s’écartent pour livrer passage aux magistrats qui, à peine entrés dans l’église, s'empressent de rassurer les Pères. Puis s'adressant aux émeutiers, les consuls dévoilent les machinations des huguenots,

1. Lettre de Possevin au P. Général, 29 sept. 1569 (Acta a Possevino). 2. Hist. coll. Aven. (Francia, Histor. fundat., n° 29). Lettre du P. L. du Coudret, 22 juin. Cf. Sacchini, Histor. S. J., P. III, |. V, n° 141.

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protestent de l'innocence de Possevin, et se portent garants pour tous les autres Jésuites. Les conjurés, se sentant découverts, mettent bas les armes, et la foule se retire confuse d’avoir servi dans cette circonstance d’instrument aux hérétiques.

Dès que le cardinal d’Armagnac connut ces incidents, il envoya les Suisses pour garder le collège, et son maitre d'hôtel, qui était un prélat, pour consoler les Pères et leur dire de sa part qu'ils n’eussent point de crainte, qu'il les prenait sous sa garde et protection. Il fit aussi écrire, par son secrétaire, un mandement, en son nom et au nom du Pape, où il ordonnait à tous, de quelque qualité qu’ils fussent, de respecter Les Jésuites et de ne leur faire aucun mal «à peine d’être pendu ». Ce mandement fut publié,

son de trompe, dans tous Les carrefours.

0 lendemain, avec plusieurs personnages marquants, qu 1l savait bien intentionnés, le cardinal se rendit lui-même au collège, y entendit la messe, témoigna aux Pères combien il était sensible à leur affliction, et les assura qu’aussitôt la vérité reconnue le calme reviendrait insensiblement dans la ville, où tous les gens de bien étaient prévenus en leur faveur. Ce même jour, les consuls vinrent engager les Jésuites à rouvrir leurs classes, et leur manifestèrent les meilleurs sentiments : s'ils avaient paru céder à la fureur du peuple, c'était par prudence, et pour éviter un plus grand mal; ils savaient bien du reste que la décision du conseil n'avait aucune valeur, sans l’approbation du Saint-Siège, aussi s'étaient-ils servis expressément de ces paroles : in quantum de Hate

8. Le vice-légat craignit, avec raison, que l'attentat commis contre les Pères n’affligeât le Souverain Ponlife, tout dévoué à la Compagnie de Jésus; il suggéra au conseil de lui envoyer une députation pour lui ont les excuses de la ville et lui demander pardon. Jean Michel, docteur de l’Université, fut chargé de porter à Rome la lettre des magistrats. Dans cette Éimbte supplique, après avoir déclaré qu'ils ont agi contrairement à leur pensée intime et sous le coup de la nécessité? les consuls ajoutent «qu’il y avoit bien plus de venin qu’il n’y en avoit paru d’abord, et que le démon et ses ministres n’avoient répandu ces calomnies que pour rendre la Compagnie odieuse aux catholiques, afin que

. Lettres du P. du Coudret déjà citées.

: « Haec quidem ultra opinionem decreta fuere, idque fecisse necesse fuit; rogabat enim in limine tumultus. »

ceux-ci privez de son secours, dans un temps où il leur étoit non seulement utile mais encore nécessaire, on püt plus aisément les perdre et exterminer tout le troupeau! ». Pie V, raconte le marquis de Cambis-Villeron dans ses Annales, reçut avec bonté le député d'Avignon. Sa Sainteté, qui savait depuis longtemps les intrigues des hérétiques, prit la chose fort à cœur; elle réfuta elle-même tous les mensonges répandus contre le P. Possevin et les Jésuites, et elle dit à M. Michel dans son audience de congé : « Malheur pour Avignon quand les Jésuites en sortiront ?. »

Dans sa réponse aux consuls, le 16 juillet, le Pape ne put s’empêcher d'exprimer sa vive douleur de l’injuste persécution suscitée par son peuple contre la pieuse Compagnie de Jésus. Il reproche doucement à ceux qui gouvernaient en son nom de n’avoir pas mieux rempli leur devoir, et il les exhorte, pour prévenir de plus grands dangers, à ne pas laisser les rebelles impunis. C'est un souverain qui parle avec autorité à des sujets égarés: c’est le Vicaire du Christ qui veille à la défense de la religion: c’est aussi un Père dont le cœur déborde de tendresse, soit en r'éprimandant ses fils coupables, soit en bénissant ses fils innocents et malheureux. Il ne manque pas surtout de venger le P. Possevin des accusations calomnieuses lancées contre lui : « Antoine Possevin, écrit-il, pendant son séjour ici, a beaucoup parlé avec Nous, comme cela se fait ordinairement, de choses utiles à la religion catholique. Mais bien loin qu’il ait essayé d'obtenir de Nous l’abolition des confréries de cette ville et le transfert de leurs biens aux Jésuites ses frères, il n’a pas dit un mot à ce sujet, et, Nous en sommes certains, il n’y a pas même pensé. Quant à ces confréries, les abolir ou leur enlever quelque partie de leurs biens est si peu dans Notre pensée, qu'au contraire les croyant propres au maintien de la foi catholique et utiles à la piété chrétienne, Nous souhaitons beaucoup qu'elles soient fréquentées et nombreuses.

« Ce que la même populace a fort légèrement soupçonné d’un mode d’inquisition nouveau et chez vous inconnu, que Nous voulions introduire dans cette cité, est non moins faux. Nous n'avons jamais parlé de cela, ni avec Antoine Possevin, ni avec

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