Cf. Laderchi, Annal. eccl., t. IL, p. 261, n. xciv
quelque autre que ce soit; Nous n'avons jamais rien pensé et Nous ne pensons rien de semblable.
« Mais vous, bien chers fils, à qui le soin de gouverner ce peuple en Notre Nom a été confié, il aurait été de votre devoir de résister à la volonté téméraire d’une multitude furieuse, et de ne point armer un peuple léger de l'autorité d’un décret public.
« Toutes les conclusions prises à ce moment, ce n’est pas la justice, ce sont dés soupçons témérairement acceptés qui les ont inspirées; elles ont été extorquées par la violence du peuple, aussi Nous vous enjoignons de les révoquer et Nous ordonnons qu’elles soient de nul effet!. »
9. Le P. Auger, informé exactement de ce qui s'était passé, ne pouvait, en qualité de Provincial, rester insensible aux souffrances de ses inférieurs. Il se rendit aussitôt de Lyon? à Avignon afin de défendre ie P. Possevin et de soutenir les Pères du collège. Accueilli avec joie par le cardinal d'Armagnac, il le pria, dès le lendemain de son arrivée, de réunir une assemblée générale, parce qu'il lui semblait nécessaire de faire quelques remontrances. Mais cette démarche ne fut pas jugée opportune, l'affaire dépendant des magistrats et non du peuple. Le vice-légat proposa de convoquer seulement les anciens et les nouveaux consuls avec quelques-uns des plus notables habitants. Dans cette réunion, à laquelle assistaient le cardinal et le recteur du collège, le P. Auger parla avec la modération, mais aussi la fermeté, qu'on pouvait attendre d'un homme de son caractère”. Après avoir protesté que la Compagnie n’oubliait point ce qu'elle devait à la ville, il insinua que, si elle avait cependant le malheur de lui déplaire, elle préférerait prévenir l’exil que d’y être un jour obligée ; et, là-dessus, il demanda au cardinal et aux consuls la permission de disposer du personnel, momentanément ou pour toujours, selon que la nécessité l’exigerait, en faveur de Lyon et de Tournon. A cette proposition du P. Provincial, M#' d'Armagnac répondit avec autorité que cela ne pouvait pas, ne devait pas se faire, le collège étant une œuvre de Dieu approuvée par Sa Sainteté ; pour lui, il n’y consentirait jamais. Les consuls appuyèrent cette énergique protestation, et supplièrent le Père de ne pas les
1. Archiv. Prov. de Lyon, Anciens collèges, t. I. Annal. decas 1*, 1. ILE, C. 1x.
2. Le P. Auger n'était pas alors à Tournon comme le disent plusieurs historiens; nous avons de lui une lettre au P. Général datée de Lyon le 22 juin.
3. Lettres du P. L. du Coudret au P. Mercurian, 28 juin; au P. Général, 8 juillet 1569, citées plus haut.
abandonner, lui promettant toutes sortes de faveurs : ils n'avaient révoqué les donations, disaient-ils, que dans l'intérêt même de la Compagnie, afin d'empêcher le peuple de se livrer à des actes de violence contre le collège ; du reste la révocation n'avait pas été inscrite dans les registres de la ville !: ils l’auraient même cassée et abolie dans une autre séance du conseil, sans la crainte d’exciter un nouveau tumulte, plus dangereux que le premier, car le peuple n'était pas encore apaisé ni suffisamment éclairé au sujet de l'Inquisition; d’ailleurs, ajoutaient-ils, le conseil ne peut rien exécuter sans l'approbation du légat; quand viendra le terme du premier versement, M*' le cardinal agira comme par le passé, sans qu'il soit besoin de déclarer formellement que la révocation n’a aucune valeur.
Malgré ces explications et ces promesses, le P. Auger persistait dans son dessein de retirer les Pères du collège et de les emmener avec lui; ce qui mettait le cardinal très en peine. Il craignait, comme il l’avoua au P. du Coudret, qu'il ne se trouvât dans l'assemblée quelqu'un des meneurs de l’émeute, et qu'il ne s’écriàt brusquement : Eh bien, nous acceptons ce que propose le P. Provincial; qu'il retire ses inférieurs et les mène où il jugera à propos! — Mais malgré toutes les instances que fit le Père pour remplir ce qu’il croyait un devoir?, les consuls ne cessèrent de lui opposer leur ferme volonté de ne pas se priver d’un secours qu'ils avaient souhaité avec tant d’ardeur, Cédant enfin à leurs supplications, et surtout à la sincère affection de Me d’Armagnac pour la Compagnie, le P. Auger s'avoua vaincu: il promit d’oublier les défaillances d’un moment et de ne plus se souvenir que des bienfaits, qui méritaient toute sa reconnaissance ?.
10. Le P. Général, François de Borgia, dans ses lettres aux consuls et au P. Recteur, prit aussi la défense du P. Possevin, qu'il venait de voir à l’œuvre et dont il pouvait certifier la parfaite innocence. Son témoignage produisit la meilleure impression et dissipa tous les doutes. Le 7 août, en lui faisant part de cet heureux résultat, le P. Louis du Coudret lui annonçait qu’une enquête avait été ouverte, mais que personne ne s'était présenté
1. Au fol. 60 du tome XIV des Délibérations, on trouve. à la marge ces mots : « Conclusion pour les Jésuites »; mais celte page et Les trois suivantes sont restées en blanc.
2. On voit par une lettre du P. du Coudret au P. Mercurian (%6 juin) que le Recteur du collège d'Avignon ne partageait pas sur ce point l'avis de son Provincial.