Lettre du P. Creytton
menaça de châtiments, s'ils s’avisaient de renouveler leurs tracasseries!.
10. En 1571 le P. Possevin, qui avait succédé au P. Creytton comme Recteur du collège, essaya de faire modifier, dans la forme, la élause imposée par la ville au contrat de 1567, touchant la lecture de l’acte de fondation, chaque année, le dimanche de la Trinité. Quand, ce jour-là, le corps consulaire se rendit à la chapelle du collège, il trouva la messe déjà commencée. Les échevins protestèrent?; les Pères invoquèrent la dignité du service divin, en faisant remarquer qu’il ne convenait pas de l’interrompre par la lecture d’actes profanes et purement civils. Grâce à l'intervention du gouverneur, M. de Mandelot, une transaction eut lieu, le 6 août, entre Les citoyens de Lyon et les Pères de la Compagnie de Jésus. Sans rien enlever aux droits du consulat, elle en rendit l'exercice moins rigoureux. Désormais, la lecture de l’acte de fondation se ferait avant la messe, dans la chambre du P. Recteur, devant les échevins dûment convoqués; et pour perpétuer [a mémoire de la fondation, l’acte rédigé et signé par le secrétaire de la ville serait placé en un tableau apparent. Quant au cierge de cire blanche, on continuerait à l’offrir à l’église en la forme usitée:.
Le contrat du 6 août 1571, ratifié le 30 du même mois par le P. Possevin muni d’une procuration du P. Général, complétait avec quelques modifications celui du 14 septembre 1567. Afin de prévenir de nouvelles difficultés, on y expliqua très nettement les circonstances dans lesquelles le collège avait été confié à la Compagnie, ainsi que les droits et les devoirs des parties contractantes. On y fixa aussi, avec plus de précision, le plan des études. Les Pères devaient avoir une classe élémentaire, deux de grammaire, une d'humanités, « outre lesquelles lecons, il y aura lecture et instruction de l’art oratoire ou rhétorique, avec une vraie méthode de dialectique, quelque partie de l’année ». De plus ils feront « lire et apprendre le catéchisme et principaux points de la sainte religion aux écoliers, et seront tenus de faire que la Jeunesse ait à jamais, avec les lettres, l'instruction en la vraye et solide religion catholique“ ».
1, Sacchini, {. c. ï a 2. L'acte de leurs protestations se trouve dans Hu Registres consulaires, 10 juin
1571 (Archiv. comm. de Lyon, BB, 89, f. 112”). 3. Transaction du 6 août 1571 (Archiv. comm., BB, 89, fol. 160).
4, Ibidem,
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Un peu plus tard, pour compenser la modieité des revenus annuels, la ville alloua au collège, outre les huit cents livres du contrat, des franchises d'octroi d'une valeur de quinze cents livres. À cette somme il faut encore ajouter, parmi Les fonds assignés aux Jésuites dans les débuts, une rente de deux cents livres faite par l'archevèque! et une autre semblable promise par le chapitre « à titre d’aumônes* ». Avec ces subsides et le dévouement de ses nouveaux maitres, le collège de la Trinité devint en peu de temps très prospère, quoique le nombre des élèves fût plus considérable dans les basses classes que dans les cours supérieurs.
Rien n'avait été déterminé, dans les différents accords avec l’échevinage, sur la question des pensionaaires. Les Jésuites les avaient admis au début, quaud, sous la domination protestante, la jeunesse se trouvait exposée à tomber entre les mains de pédagogues pervertis?. Vers 1574, ce danger ayant disparu, ils résolurent de s’en décharger, conformément à l'esprit de l'Institut et aux recommandations formelles de la congrégation générale réunie à Rome au mois de mai 1573“. Mécontents de cette mesure, bon nombre de pères de famille adressèrent au corps municipal des pétitions, où ils se plaignaient de la décadence des études et de la mauvaise éducation donnée à leurs enfants. Les Jésuites n’eurent pas de peine à prouver, devant le consulat, que ces reproches n'étaient pas fondés. Les régents, dirent-ils, sont soumis à la surveillance d’un docteur en théologie « bien versé en lettres humaines et en philosophie qui, tous les jours, va visitant les classes pendant qu'on lit ». Quant à La suppression du pensionnat, ils répondirent qu'un établissement de cette nature avait « quelque chose de peu convenable à des personnes religieuses, la charge des pensionnaires empêchant grandement les régents et les détraquant de leurs dévotions, oraisons et autres exercices spirituels” ». Les habitants avisèrent alors aux moyens de fonder une maison, distincte du collège, où seraient reçus les enfants dont les parents ne pouvaient surveiller l'éducation.
Les organisateurs de cet établissement annexe furent les mem-
1. Plusieurs actes font allusion à cette rente (Archiv. du Rhône, D, 21).
2. De collegii Lugdunensis ortu et progressu (Francia, Hist. fundat., n. 30). Cette notice manuscrite, qui s'étend jusqu’à 1587, porte le visa du P. Richeome.
3. Lugdun. Fundat., collegior.,t. V, n° 7. — Il faut aussi remarquer qu'un pensionnat existait déjà au collège avant l'installation des Jésuites.
4. Lettre du P. Creytton au P. Général, 9 février 1574 (Galliae Epist., €. VIT,
fol. 114).