‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 33 sur 457 · Monum. I1gnat., ser. 1, t. I, p · texte numérisé non relu

Monum. I1gnat., ser. 1, t. I, p

4. Ainsi nommée parce que le jour même, ou peu après, le nouveau maître devait faire une première lecon publique. « Incepit est la formule constamment employée dans les registres de la Nation anglaise pour désigner l'acte de maîtrise » (Thurot, De l’organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris au moyen-äge, p. 59). Cf. Séatutum de incipientibus, 12 janvier 1339 (Du Boulay, t. IV, p. 258). Comme le remarque justement Du Boulay (t. Il, p. 685), la licence, ou pouvoir d’enseigner, était conférée par les chanceliers au nom de l’Eglise qui avait alors la haute surveillance de l’enseignement; quant à la mattrise, n'étant que la remise des insignes du maitre et l’agrégation à un corps constitué, d’où dépendait l'administration des écoles, elle devait être conférée par ce corps, c’est-à-dire par l'Université.

5. Livre du chancelier de Sainte-Geneviève, cité par Thurot, op. cit., p. 60, et addilions, p. 8. — Cf. Du Boulay, t. ITI, p: 142; LV, 272.

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jusqu’après Pâques 153%, avant de l’accomplir !. Sans doute l'impuissance où il était de faire de nouvelles dépenses explique ce retard : dans le Registre des Recteurs qui contient la liste des incipientes de l’année 1534, nous avons remarqué qu'aucune bourse ? n’était inscrite devant son nom.

Ignace avait quarante-deux ans quand il termina sa philosophie. Si l’on songe à la répugnance que l'étude inspire à ceux qui ne sont plus jeunes et aux humiliations qui accompagnent souvent leurs pénibles efforts, on ne peut s'empêcher d'admirer le courage de cet homme, au caractère de soldat, peu fait pour les choses spéculatives et qui se condamne à neuf années de travaux intellectuels ? pour conquérir son diplôme de maitre ès arts. Lainez et Salmeron, ces deux lumières du Concile de Trente, se sont plu à rendre hommage à la persévérance et au savoir de leur bienheureux Père : « Bien qu'il rencontrât, dit Lainez, plus d'obstacles que personne, cependant il surpassa en application tous les autres étudiants; aussi parvint-il à une bonne moyenne de science #, comme il le prouva dans les examens publics et dans les argumentations soutenues contre ses condisciples. »

Le 18 octobre 1533, c’est-à-dire au commencement de l’année scolaire qui suivit celle de son admission à la licence, Ignace de Loyola avait commencé à fréquenter les cours de théologie au couvent des Dominicains de la rue Saint-Jacques ?, école si peuplée qu’elle comptait alors jusqu’à six professeurs. Mais il ne put en profiter que durant un an et demi 5; ensuite, comme nous le di-

1. « Acta rectoria Univ. Paris., 1534-1544 » (Bibl. nat., mss. latins, 9,953, fol. 12). Le diplôme de maîtrise de saint Ignace conservé dans la Compagnie et reproduit dans

les Acta SS., ? XVII, n. 173, est daté du 14 mars 1534/5; il y est-dit qu’il passa maïitre après Pâques 1534.

2. « Pour subvenir à ses dépenses, chaque Nation levait sur chaque candidat une certaine somme au moment où il prétait serment. Cette cotisation était fixée d’après leur revenu présumé. L'unité de compte était appelée bourse (bursa). Une bourse élait la somme que le candidat dépensait pour son entretien, déduction faite du loyer de sa chambre et du salaire de son domestique (Registres de la Nat. angl., IT, fol. 56". Le caudidat affirmait cette somme par serment; le procureur multipliait la bourse ou, comme on disait, la faæait suivant les besoins de la Nation, de la Faculté, de l’'Université (Reg. de la Nat. franc., 31 janvier 1446). Les bacheliers, les licenciés et les maîtres payaient en moyenne quatre bourses... Le candidat qui n'était pas assez riche pour payer les bourses, affirmait sous serment, en présence de sa Nation, qu'il était placé dans les conditions de pauvreté exemptant des frais d'examen. (Statut Nat. angl., 1424 : Jurare slatutum paupertatis). » (Thurot, op. cil., p. 61-63).

3. Depuis le carême de 1524 où il a commencé la grammaire à Barcelone, âgé de trente-trois ans.

4. « Veniendo a mediocres letras. » Epislola P. Lainii ad Polancum de S. Ignatio (Mon. Ignat., ser. 4, t. I, p. 110). — 5. Polanco, p. 41.

6. Ignace se fit donner plus tard un témoignage authentique de ce temps d'étude théologique; il lui fut délivré dans une assemblée générale tenue aux Mathurins, le 14 octobre 1536 (4cta SS., 2 XVIII, n. 174, 175, p. 453).

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rons bientôt, il fut contraint par la maladie de quitter la France et de retourner en Espagne !.

8. Pendant les sept années qu’il passa à l'Université de Paris, le futur fondateur de la Compagnie de Jésus, toujours poussé par l'inspiration apostolique reçue à Manrèse, n'avait négligé aucune des occasions qui s'étaient offertes de déployer son zèle sans nuire à la marche de ses études. Son esprit était si plein des choses de Dieu qu'il lui suffisait des relations ordinaires de la vie pour pouvoir faire œuvre d’apostolat. Mais cette ardeur à poursuivre le salut et la perfection des âmes lui valut de grandes persécutions. Dès son arrivée il s'était adressé de préférence à ses compatriotes, avec lesquels la communauté de langage lui permettait des liaisons plus faciles. En 1529, par le moyen des Exercices spirituels, il inspira le désir de la vie parfaite à trois gentilshommes espagnols d’un beau talent : Juan de Castro, de Tolède, bachelier de Sorbonne, Peralta, sujet d’un rare mérite, et un jeune biscayen nommé Amador ?, sur qui Jacques de Govéa fondait les plus belles espérances. Tous les trois résolarent de renoncer au monde et de se consacrer à Dieu dans une entière pauvreté. Après avoir vendu tout ce qu’ils possédaient et distribué Le prix aux indigents, ils se retirèrent à l'hôpital Saint-Jacques et vécurent en demandant l’aumône. Le bruit d’un changement si imprévu se répandit bientôt dans l’Université et devint le sujet de tous les entretiens. Il excita surtout) le dépit de quelques espagnols, qui regardant l’héroïque abnégation des trois étudiants comme un acte d’insigne folie, se montraient scandalisés de Les voir mendier de porte en porte au mépris, disaient-ils, de leur famille et à la honte de leur pays. Un mot d'ordre est donné. Une bande d’écoliers aecourent en vociférant devant l'hôpital pour en faire sortir leurs camarades; ils s'efforcent par prières, menaces et reproches de les détourner de leur genre de vie. Ce fut en vain: les trois jeunes gens répondirent qu'eux aussi avaient jadis regardé les choses du ciel comme une folie, mais qu'à présent, grâce aux leçons d'Ignace, ils étaient revenus de cet aveuglement : « Allez le trouver, ajoutèrent-ils, et dans peu de jours vous viendrez vous joindre à nous. Ou, si vous ne voulez pas nous imiter, cessez au moins de nous troubler. » On passa alors des paroles aux actes; on les arracha violemment de l'hôpital et on les ramena dans

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