‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 330 sur 457 · Acta congr. prov · texte numérisé non relu

Acta congr. prov

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de Venise une ligue, dont la victoire de Lépante devait être le terme glorieux. Non content de réprimer l'audace des mortels ennemis du nom chrétien, il voulait les réduire à une complète impuissance. Toujours occupé à de nouveaux préparatifs de guerre, il forma encore le dessein de gagner à sa sainte entreprise tous les États de l’Europe demeurés fidèles à la Papauté. Il députa dans ce but le cardinal Commendon vers l’empereur et le roi de Pologne, le cardinal Alexandrin, son neveu, aux cours d'Espagne et de Portugal. Des personnages de mérite et des prélats habiles devaient accompagner ces deux légats. Les Pères François Tolet et François de Borgia furent choisis comme conseils, l'un du cardinal Commendon et l’autre du cardinal Alexandrin. Pie V avait tant de confiance dans le crédit du P. Général de la Compagnie de Jésus, qu'il regardait son concours comme nécessaire au succès des négociations.

Malgré le pénible état de sa santé, François de Borgia n hésita pas un seul instant à répondre au désir du Saint-Père, s’estimant très heureux d'exposer le reste de ses jours pour le service de Dieu et de son Église. Il termina donc promptement toutes les affaires qui restaient à {raiter avec les Procureurs, et désigna le P. Nadal comme Vicaire général pendant son absence. Le Père Claude Mathieu fut nommé Provincial d'Aquitaine ! à la place du P. Auger?, et le P. Edmond Hay succéda comme Provincial de France au P. Olivier Manare qui devint Recteur du collège de Paris. -

A la fin du mois de juin, le P. Général, après avoir recu la bénédiction de Sa Saiuteté, partit avec le légat*. Il était accompagné du P. Polanco et de quelques Pères Espagnols et Portugais, députés à la dernière assemblée des Procureurs, qui retournaient dans leurs provinces. Ils traversèrent tout le nord de l'Italie et furent recus, à leur entrée en France, par une nombreuse escorte que le roi très chrétien avait envoyée au-devant du cardinal

Alexandrin, pour le conduire jusqu’à la frontière d'Espagne. En

1. Le P. Claude Mathieu, qui fera tant parler de lui au temps de la Ligue, était né à Gugney, diocèse de Toul. En 1561, il professait la philosophie à Tournon et était Recteur de ce collège en 1567, quand les Jésuites durent l'abandonner par la crainte des huguenots.

2. En annonçant au P. Auger qu’il avait un successeur, le P. Nadal lui laissa le choix de son domicile. Le P. Émond se retira quelque temps au petit collège de Mauriac, paisible séjour où il put se préparer dans le recueillement à de nouveaux travaux (Lettre du P. Auger au P. Mercurian, 31 juillet 1571. Gall. Epist., t. V, fol. t).

3. Lettre du P. Nadal au P. Cocb, 5 juillet 1571 (Epist. P. Nadal, I, p. 648). —

se Vatican, Bibl. Pia, n, 61, fol, 38, 39 : Ilinerarium legationis card, Alexanrinl,

passant par Avignon, le P. de Borgia demeura quelques jours au collège. Suivant une tradition locale, il habita la chambre même qu'avait occupée, en 1376, sainte Catherine de Sienne, lorsqu'elle vint engager le Pape Grégoire XI à retourner à Rome.

Nous n’avons pas à le suivre dans le reste de son voyage avec le cardinal Alexandrin, ni dans les démarches qu'il dut faire de concert avec lui. Au mois de décembre, le légat venait de terminer la négociation des affaires qui concernaient la Péninsule, lorsqu'il reçut un ordre, fort pressant, de repasser promptement en France. Il s'agissait de demander pour don Sébastien, roi de Portugal, la main de Marguerite de Valois, sœur de Charles IX. Le Pape désirait vivement cette alliance, sur laquelle il fondait l'espoir d'engager le roi de France dans la ligue contre les Turcs. Or, on venait d'apprendre que Charles IX et Catherine de Médicis étaient sur le point de conclure le mariage de la Jeune princesse avec Henri, roi de Navarre : c’eût été la ruine de tous les plans du Souverain Pontife. Le légat retourna donc aussitôt de Lisbonne à Madrid, et de là reprit le chemin de la France. Le P. François de Borgia, jugeant sa présence inutile au succès de cette affaire matrimoniale, ne pensait plus qu'à revenir à Rome, afin d’y consacrer ce qui lui restait de vie aux devoirs de sa charge. Au moment où il se préparait à partir sur le vaisseau que le roi d'Espagne avait mis à sa disposition pour le transporter en Italie, il fut arrêté par un avis du Pape qui le priait d'accompagner le cardinal dans sa nouvelle légation. Pie V ne désespérait point encore de faire accepter le mariage de Marguerite de Valois avec le roi de Portugal, et il jugeait le P. de Borgia très capable de prémunir Charles IX et la reine-mère contre les artifices des hérétiques, dont l'influence augmentait tous les jours. Malgré les douleurs aiguës que lui causalent de continuelles infirmités, le P. Général obéit avec Joie, prêt à aider de son mieux la délicate mission du légat.

Une lettre du P. Jean Fernandez nous à conservé le récit de Son voyage et de sa réception à la cour. Le cardinal Alexandrin et sa suite, arrivés à Bayonne dans les premiers jours de janvier 1572, y restèrent quelque temps à attendre la venue de M. de Saint-Sulpice, intendant de la maison du duc d'Alençon, et l’escorte d'honneur qui devait accompagner l’envoyé du Saint-

1. Cette pièce était au premier étage de la tour de la Molte; on la transforma plus {ard en chapelle sous le vocable de saint Francois de Borgia et sous celui de. la bienheureuse dominicaine.

Siège. On se dirigea d'abord à travers les landes, vers Bordeaux où le cardinal descendit à l’archevêché!, tandis que le P. de Borgia était recu chez le conseiller de Lange, très fervent catholique et grand ami de la Compagnie?. On passa ensuite par Poitiers et Châtellerault, où le P. Général célébra la messe dans une des églises de la ville; on parvint le 9 février à Tours, et deux jours plus tard à Blois, où résidait alors le roi. Charles IX y était venu d'Amboise, afin de recevoir plus honorablement le légat et sa suite. Le lendemain, un évêque se présenta à l'hôtellerie habitée par le P. Général et l’'emmena au château pour baiser la main du roi et de la reine-mère. Catherine de Médicis l'accueillit avec toutes les marques de la plus respectueuse déférence, et, comme il lui remit une lettre de la part de Sa Majesté Catholique, elle la lut debout, ne voulant pas s'asseoir avant qu’on eût apporté un siège à son illustre visiteur. Le second jour, le P. François de Borgia se rendit chez la reine , Élisabeth d'Autriche. Celle-ci parlant espagnol, le Père lui dit dit qu'il se croyait à la cour d’Espagne, ce qui lui plut beaucoup. Le troisième jour il visita Monsieur, due d'Anjou, qu'il trouva animé des meilleurs sentiments à l'égard de la cause catholique. Durant tout son séjour à Blois, malgré le vent, la neige et un froid si rigoureux que la Loire était gelée, le P. Général n’eut pas trop à souffrir de son état de santé, en sorte qu'il ne perdit aucune occasion de négocier avec les princes les intérèts de la religion *.

Le P. de Borgia apprit avec bonheur, de la bouche du P. Maldonat, qui lui avait apporté les filiales félicitations des Pères de Paris, les travaux et les succès du collège de Clermont’, et il remercia le ciel qui se plaisait à répandre enfin ses faveurs sur une maison si longtemps éprouvée par toutes sortes de tribulations. Mais il n'eut pas la consolation, qu'il avait goûtée en Espagne et en Portugal, de contribuer, comme il l’aurait souhaité, à l’accomplissement des desseins du Souverain Pontife. Les révoltes des huguenots, qui avaient allumé la guerre dans tout le royaume, ne permettaient pas à Charles IX d'employer contre les ennemis de la chrétienté des forces nécessaires au maintien du pouvoir royal. Par ailleurs, les raisons d'État, qui avaient

1. Arch. comm. de Bordeaux, BB, Registres de la jurade, fragment de 1572.

2. « Personnage sçavant, éloquent et catholique fort zélé » (Darnal, Chronique Bourdeloise, MDCXIX, f. 49").

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