‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 349 sur 457 · Supplément des chroniques de Bourdeaus, fol · texte numérisé non relu

Supplément des chroniques de Bourdeaus, fol

5, (IL y a encore une tradition qu’'afin de ménager plus de place à ses auditeurs

on mettait la chaire sous les orgues au fond de la nef, et que de là le P. Émond fai-

sait entendre sa belle voix sans peine jusqu’à la porte du chœur » (Dorigny, p. 242). Darnal rapporte la même chose, /, c; RTE À

Pour prévenir de plus nombreuses défections, les ministres protestants intimèrent à leurs coreligionnaires la défense expresse d'assister désormais aux sermons du P. Auger. Aux fêtes de Pâques dix-sept mille personnes, au lieu de six mille comme les années précédentes, s’approchèrent de La sainte table. À partir de ce moment la religion catholique reprit à Bordeaux un rapide essor et continua de s'étendre chaque jour davantage !.

L'heure paraissait bien choisie pour jeter enfin les fondements d’un collège de la Compagnie de Jésus. Déjà le P. François de Borgia, à son passage à Bordeaux, au mois de janvier 1572, avait approuvé le projet qu'on lui avait soumis; il ne restait plus qu’à se mettre activement à l’œuvre. Plusieurs membres du Parlement s’offrirent à seconder, de tout leur pouvoir, l’entreprise de François de Baulon leur collègue. C’étaient les conseillers de Malvin, de Cazeaux et de Lange, Charles du Sault, second avocat général, et le terrible président de Rouffignac, effroi des huguenots. Le clergé marcha d'accord avec eux; les chapitres de Saint-André et de Saint-Seurin proposèrent Le revenu de deux prébendes. L’archevêque approuvait, au besoin appuyait, toutes les démarches. Il fut de nouveau question, comme en 1569, de donner le collège de Guyenne aux Pères de la Compagnie de Jésus ; mais le Principal, Lorteau, prétextant l’ancienne renommée de son établissement, s'opposa de toutes ses forces à la mesure qu’on méditait. Il parvint à gagner à sa cause les jurats fondateurs, dont le consentement était nécessaire, et devant une résistance aussi formelle on dut se tourner d’un autre côté.

François de Baulon se trouvait alors administrateur du prieuré de Saint-James. Construit le long de la rue du Mirail, qui s’ouvrait en face de l’hôtel de ville, ce prieuré était composé de bâtiments considérables, d’une église fort ancienne et d’un hôpital pour les pèlerins et les enfants trouvés. La fondation de cette maison hospitalière remontait au xn° siècle, et même selon quelques auteurs jusqu’à Charlemagne. La municipalité y entretenait dix prétres réguliers ou séculiers, qui célébraient les saints offices et administraient les sacrements aux malades. Pendant longtemps un prieur, ou hospitalier, avait eu la direction générale de la maison, et cinq paroisses dépendant du prieuré y apportaient de leurs revenus. Mais en 1569, à la suite d’un procès, un arrêt du Parlement de Bordeaux, du 31 mars, ordonna « que les fruictz,

1. Voir à ce sujet Sacchini, Histor. Soc. Jesu, P. III, L. VITE, n. 241.

revenus et émolumens dudit hospital seroient désormais régis et gouvernez, et le revenu d’iceulx administré par deux gens de bien, resteans en la présente ville et solvables, lesquels seroient esleuz de trois en trois ans par les maire et jurats de ceste ville ! ». En outre le superflu devait être distribué aux pauvres de Bordeaux. En vertu du même arrêt, les conseillers François de Baulon et Joseph d’Aymar furent chargés de faire l'inventaire des titres du prieuré.

M. de Baulon s’occupa seul de ce travail?. Lorsqu'il l’eut terminé, il s’entendit avec son collègue de Lange et l'avocat Charles du Sault, et tous trois obtinrent, par une requête adressée au conseil du roi, que le prieuré Saint-James, avec ses annexes et revenus, serait employé à l'établissement d’un collège de Jésuites. Il était devenu si peu utile comme maison hospitalière, et sa nouvelle destination semblait si avantageuse que le clergé lui-même l'avait sollicitée par une supplique à l'archevêque, et que « le sieur Fort Deschart, prieur », donna aussitôt son consentement“.

k. Tout s'arrangeait donc aussi bien qu'on pouvait le souhaiter, trop bien même au gré de ceux que ne touchaient point les intérêts de la religion. Malgré l’autorisation accordée par le roi, les régents du collège de Guyenne, redoutant la concurrence de maîtres éprouvés, firent cause commune avec les protestants et réclamèrent contre l'établissement de la Compagnie de Jésus. Les huguenots alarmés députèrent les principaux du parti pour former opposition à l’arrêt du conseil; ils firent représenter à l’amiral de Coligny que les Jésuites, gens inquiets, entièrement dévoués au roi d'Espagne, ennemis déclarés de la sainte réforme, avaient trouvé le moyen de se glisser dans Bordeaux, et que c'en était fait de la ville et de la nouvelle doctrine si jamais l’on souffrait qu'ils y eussent une maison?. L’amiral prit en main la cause de ses coreligionnaires, mais dans son entretien avec le roi, il feignit de n'avoir en vue que les intérêts de l’État.

Charles IX subissait depuis quelque temps la fâcheuse influence du chef calviniste et déférait aveuglément à tous ses avis : il

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