Manare, De rebus Soc. Jesu, p
2. Guérinière, Hüist. générale du Poitou, t. II, p. 257. 3, Cf. Dom Chamard, Saint-Martin et son monastère de Ligqugé, p. 262,
rait-il de réduire ce peuple par la force des armes, s'il ne s’efforcait auparavant de le tirer de l'erreur, la seule cause de la révolte. Sur ses ordres le cardinal de Pellevé, archevèque de Sens, alors chef du conseil, s’adressa au P. Manare pour obtenir des hommes tels que les demandait cette difficile entreprise. Tous les Pères du collège de Clermont auraient volontiers répondu à l'appel du ro1; mais les fonctions de l’enseignement réclamaient la présence du plus grand nombre. Cinq Pères francais furent désignés par le choix du P. Provincial : Nicolas Le Clerc, Nicolas Bellefille, Odon Pigenat, Pierre Lohier, Charles Sager, auxquels s'adjoignit le Père Maldonat que le P. Mariana suppléait dans la chaire de théologie.
3. Arrivés ensemble à Poitiers, le 23 février, ils ne tardérent pas à se séparer : le P. Pigenat se rendit à Niort, le P. Bellefille à Châtellerault, le P. Le Clere à Saint-Maixent: le P. Maldonat resta au chef-lieu de la province avec Les PP. Lohier et Sager 1. Ces deux derniers entreprirent aussitôt de donner, le matin, au milieu d’un immense concours, des sermons au peuple, et le soir, des instructions familières en forme de catéchisme ?. Après un ou
deux jours, le P. Maldonat ouvrit à son tour, dans les Grandes Écoles, un cours de conférences en latin sur la vraie religion et ses principes fondamentaux; puis, dans le collège de Puygareau, des lecons de catéchisme pour les écoliers dont plusieurs étaient protestants. « Les hérétiques, raconte-t-il lui-même, ne pouvant empêcher une œuvre approuvée et en quelque sorte commandée par le lieutenant général, s’efforcèrent du moins de la contrarier. D'abord, ils subornèrent je ne sais quels intercesseurs pour m’engager à ne faire des instructions que les jours de fêtes. Je m'étais proposé de ne les faire que tous les trois jours; mais, quand je vis que ces hommes voulaient profiter des intervalles pour détourner les élèves des réunions, je répondis que j'étais décidé à les faire tous les jours et précisément à l’heure où tous les élèves sont obligés de se trouver au collège. » Il fut fait ainsi, et le Père eut pour auditeurs non seulement les écoliers, mais encore les hommes les plus graves et les plus savants de la ville. « Il en est, dit-1l, qui au commencement fuyaient même mes conférences, et qui maintenant se rendent exactement à mes catéchismes, 1. Lettre de Maldonat au P. Général, 29 mars 1570 (Gall. Epist., t. V, fol. 97). 2. Ibidem.
3. Lettres de Maldonat aux Pères du collège de Clermont, 1° avril 1570, dans Prat, Maldonat (pièces justificatives, n. x1),
Ex PEL dE À
55% siègent parmi les enfants et tiennent, comme eux, leur petit livre à la main !. »
Maldonat avait choisi les Grandes Ecoles pour lieu de ses conférences, afin de ne pas en fermer l'accès à quelques hérétiques
opiniâtres, qui avaient juré de ne jamais mettre le pied dans un
sanctuaire catholique. Peu de temps avant la solennité de Pâques, il annonca à ses auditeurs qu'il voulait, pendant quelques jours, réunir les seuls catholiques dans une église, pour leur faire de simples exhortations dégagées de toute controverse. Or il arriva que ceux qui s'étaient engagés par serment à ne jamais entrer à l'église furent des plus empressés à s’y transporter, tant ils trouvaient de plaisir à entendre ce nouveau prédicateur.
D'ailleurs, dans son ensemble, la mission de Poitiers donna des résultats que personne n'aurait osé attendre. Tout le monde convenait que, depuis dix ans, on n'avait pas vu une si grande affluence autour des chaires ou des autels. « Beaucoup de calvinistes, écrit le P. Maldonat, viennent à nous et nous avouent qu'ils avaient été trompés. Je n’en sais pas encore le nombre, mais j'apprends que [le lieutenant général] M. de la Haye à ordonné de faire le recensement de ceux qui sont rentrés dans le sein de l'Église, et quand il sera terminé, je vous en ferai connaître le résultat. Nous pouvons assurer, en attendant, que de ces convertis il y en a plusieurs qui jouissaient parmi leur coreligionnaires d’une grande autorité et d’une égale réputation de doctrine, et dont l'exemple retenait la plupart des autres dans la secte... Les plus endurcis, quoiqu'ils n'aient pas encore renoncé à leurs erreurs, ont cependant bien rabattu de leur obstination et de leur arrogance ; ils promènent partout un air triste et suivent nos instructions avec beaucoup d’anxiété..….. Quant aux catholiques, ils paraissent si contents de voir l’état de la religion s'améliorer, qu'il m'est impossible d'exprimer leur bonheur. Ils ont conçu pour nous, et ils nous témoignent, une estime au-dessus de nos mérites... Honneur et gloire à Dieu seul qui opère tout en tous!»
Le lieutenant général, M. Jean de la Haye, qui gouvernait en l’absence du comte de Lude, favorisait de tout son pouvoir les travaux apostoliques des missionnaires. 11 voulut même leur marquer sa confiance en soumettant à leur approbation ses projets de réforme; mais les Pères comprirent qu'ils ne pouvaient s’associer à des mesures administratives, sans compromettre la dignité
1. Lettres de Maldonat aux Pères du collège de Clermont, 1° avril 1570, dans Prat, Maldonat (pièces justificatives, n, xr).
et la liberté de leur ministère, tout spirituel. La prudence et l’obéissance leur faisaient une loi de décliner un honneur, qui ne s’accordait ni avec leur caractère ni avec la règle de leur Ordre : «Nous lui répondimes, dit le P. Maldonat, que selon la coutume de la Compagnie, nous ne pouvions donner d’avis sur les affaires relatives au gouvernement !. » Les réformes de M. de la Haye n’en furent pas moins sages et prudentes. 11 enleva des collèges plusieurs régents imbus des erreurs nouvelles, et les remplaça par des catholiques sincères. Il interdit l’enseignement aux maitres d'école calvinistes répandus dans la ville. Deux professeurs de la Faculté de droit, des conseillers et d’autres fonctionnaires, partisans de la secte, furent aussi destitués. On visita les magasins des libraires et on livra aux flammes les livres hérétiques qui s'y trouvaient ?. Toules ces mesures, dictées par l'amour de la religion et du bien public, recurent l'approbation non seulement des catholiques, mais aussi d'un bon nombre de protestants, qui, retenus jusque-là par la crainte du respect humain, s’autorisèrent de la volonté du roi pour revenir à la foi de leurs pères.
k. À Châtellerault, à Saint-Maixent, et dans les autres villes évangélisées par les missionnaires de la Compagnie, les résultats ne furent pas moins éclatants qu’à Poitiers. A Niort, qui avait été pendant dix ans le quartier général des ministres protestants. et où leur esprit régnait encore, on eut à vaincre de sérieux obstacles, car ils entretenaient par leur correspondance le fanatisme de leurs adhérents. Grâce au zèle énergique et persévérant du P. Pigenat, la religion reprit son empire dans cette ville récemment soumise aux armes du roi : « Dans tous les lieux où mes compagnons ont travaillé au salut des âmes, écrivait le P. Maldonat au cardinal de Lorraine, le peuple à tant souffert de la guerre et des huguenots, qu’il parait tout heureux qu'on le force à se convertir®. » Et il exprimait le désir qu'on distribuât dans toute la contrée de dignes prédicateurs, avec mission de dispenser la parole de Dieu et de transmettre la volonté du roi. — « Le bien que vous faites à Poitiers, lui répondit le cardinal, les espérances plus grandes encore que votre présence donne à cette ville et à toute la province, l’heu-
1. Lettre du 10 mai 1570 (Prat, op. cit., pièces justificatives, p. 590). 2. Ibidem.
3. Lettre du 18 avril 1570 (Prat, op. cût., pièces justificatives, p. 586).