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de très longue durée les terribles peines du purgatoire !? » Ainsi Maldonat ne formule aucune opinion, il ineline seulement vers celle qui lui parait plausible.
L'Université, cette fois, ne jugea pas à propos de s'adresser à l’évèque de Paris qui avait trompé ses espérances. Les quatre Facultés, réunies aux Mathurins, le 3 juin 1575, délibérèrent sur le parti qu'il convenait de prendre en cette circonstance. La Faculté des arts et celle de droit déclarèrent qu’elles s’en rapportaient à la Faculté de théologie. La Faculté de médecine demanda que les théologiens, après examen de la cause, fissent un rapport aux quatre Facultés. La Faculté de théologie décida d'examiner la doctrine de Maldonat, avec sa maturité ordinaire, et de faire connaitre son avis à toute l’Université. Quant au Recteur, après avoir approuvé les déclarations des préopinants, il réclama une liste des erreurs de Maldonat pour les présenter au Parlement*.
C'était fort étrange de répudier la seule autorité compétente du diocèse, en fait de doctrine, et de porter devant un tribunal séculier la question du Purgatoire. Aussi M“ de Gondi, justement blessé d’une conduite si peu respectueuse pour sa dignité épiscopale, menaça-t-il d’excommunication l'Université si elle continuait à procéder contre un prêtre qu’il avait approuvé. Le P. Pigenat, craignant que les docteurs n’en vinssent à demander le renvoi de toute la Compagnie, aurait désiré « que Sa Sainteté évocast ceste cause à soy avec défense à messieurs nos maistres d'y attenter plus avant ». La situation, en effet, devenait de jour en jour plus tendue. L'attitude énergique de l’évèque avait exaspéré les esprits. Pour répondre à la menace d’excommunication toutes les Facultés s’assemblèrent, le 20 juin, et conclurent d’un commun accord « que l'Université par de très anciens privilèges étoit exempte de la juridiction de l'évêque; qu’il falloit done appeler comme d'abus au Parlement du décret qu'il venoit de rendre, et en même temps députer au cardinal de Bourbon conservateur apostolique, pour le prier de défendre l'Université » contre de pareilles entreprises :, Le lendemain, en conséquence de cette conclusion, le Recteur accompagné de quelques députés se rendit à l’abbaye de Saint-Germain, séjour
1. Note accompagnant une lettre du 6 juin 1575 (Gall. Epist., HEC: 027); 2, Du Boulay, op. cil.,t. VI, p. 745.
3. Lettre au P. Général, 18 juin 1575 (Gall. Epist., t. IX, fol. 29).
a. Registres de l'Université, cités par Du Boulay, t. VI, p. 745.
habituel du cardinal, et « réclama son secours contre les arrogantes insultes et les menaces iniques de l’évêque de Paris! »..
5. Le cardinal de Bourbon ne pouvait reconnaitre parmi les privilèges de l'Université l’exemption de la juridiction épiscopale, et moins encore le droit d'appel comme d’abus au Parlement. Il résolut donc de tenter un rapprochement entre les plaignants et le collège de Clermont, et il engagea les Pères à présenter une supplique en ce sens?. Les Jésuites, par esprit de conciliation, rédigèrent une requête par laquelle ils demandaient de nouveau à être incorporés à l’Université. Le cardinal la transmit au Recteur, après l'avoir apostillée de sa main. Mais, comment l'Université aurait-elle été disposée à admettre dans son sein des maitres qu’elle n’aimait point et dont les succès lui causaient tant de soucis? Le 26 juillet, Jean de Rouen, successeur de Tissart, soumit à l'assemblée générale, convoquée aux Mathurins, la demande du collège de Clermont. La Faculté des arts fut d'avis qu’on interrogeât les suppliants; les autres Facultés voulurent qu’on envoyät de nouveau une députation au cardinal de Bourbon afin de connaître son sentiment”.
Le cardinal exprima sans doute le désir qu’on délibérât sur la requête des Jésuites, car, le 19 août, les PP. Claude Mathieu, provincial, Odon Pigenat, supérieur, Maldonat et Tyrius, professeurs de théologie, comparurent devant une assemblée des députés de l'Université, réunis à la Sorbonne. On avait résolu de leur demander « quels ils étoient, quelle vie ils entendoient mener, s'ils étoient réguliers ou séculiers »? Les historiens de l'Université prétendent que les Pères, interrogés sur leur profession, répondirent qu'ils étaient clercs séculiers, en France, réguliers et moines en Italie. Cette réponse absurde, qui ne serait qu'un odieux mensonge, ne peut être attribuée qu'au rédacteur du procès-verbal; à ses yeux, sans doute, comme aux yeux de ses collègues, on ne pouvait être religieux sans être profès et moine“. C'est ce qui ressort évidemment de la suite du récit. Vigner, procureur général de l'Université, insista en
1. « Adversus protervos insultus et iniquas Episcopi Parisiensis comminationes » (Du Boulay, op. cit., p. 745).
2. Lettre du P. Pigenat au P. Général, 18 juin 1575 (Gall. Epist., t. IX, f. 29).
3. Lettre de M: Salviati au cardinal de Como, 30 juillet 1575 (Archiv. Vat, Nunz. di Francia, t. VIII, fol. 454). |
4. Voir l'explication de cette distinction plus haut, au ch. v du 1. I. Les Jésuites
sont clercs réguliers et non pas moines; de plus à cette époque il n'y avait pas de maison professe en France.
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disant qu'il fallait astreindre les Jésuites à déclarer, sur la foi du serment, s'ils étaient religieux ou non; et les Pères répondirent qu'ils étaient religieux sans être moines. Puis ils présentèrent quelques titres et actes concernant leur Institut, et l’on résolut d'examiner ces pièces avant de rien prononcer!.
Le samedi 27 août, les députés de l’Université se réunirent de nouveau avec plusieurs autres personnages considérables de ce corps. On lut les documents que les Jésuites avaient présentés et l'on interrogea pour la forme le P. Odon Pigenat, recteur du collège de Clermont. L'assemblée s’obstina à rejeter la distinction entre les moines et les clercs réguliers, si nettement établie par les Bulles des Souverains Pontifes et par le concile de Trente. Après délibération, elle conclut au rejet de la requête, attendu qu'on ne savait pas sous quel nom admettre les suppliants : ils se disaient religieux et laïques, réguliers et séculiers; par conséquent, si on les recevait, on ne saurait dans quel rang les placer. On écrirait donc au Souverain Pontife pour lui dire que les Jésuites ne pouvaient être incorporés à l'Université, s'ils ne déclaraient positivement qu’ils étaient réguliers ou séculiers ?.
La réponse de Grégoire XIII ne se fit pas attendre, comme nous le voyons par une lettre du Nonce apostolique au cardinal secrétaire d’État : « J'ai recu, écrivait-il le 10 septembre, le Bref qui doit servir à l’union des Jésuites avec l'Université de Paris. Ces Pères ne peuvent assez rendre grâce à Sa Sainteté de tant de promptitude et d’un si grand bienfait; ils sont aussi très reconnaissants du zèle que Votre Seigneurie illustrissime leur a témoigné dans cette occasion *. » Mais les adversaires de la Compagnie étaient résolus de ne tenir aucun compte des désirs du Souverain Pontife, dès lors que ceux-ci n'étaient pas d'accord avec leurs propres rancunes.
6. Pendant mème que se traitait cette affaire, l’Université, peu docile aux avis du cardinal de Bourbon, avait persisté dans son projet de porter devant le Parlement l’examen de la doctrine du P. Maldonat. M£ de Gondi ayant appris ce qui s'était passé dans l'assemblée du 20 juin, où l’on avait décidé d’appeler comme d’abus contre ses menaces de peines ecclésiastiques, en
1. Lettre du P. CI. Mathieu au P. Général (Gall. Epist., t. IX, fol. 72-73). — Cf. Du Boulay, op. cit., p. 746. Crevier, op. cit., p. 301.