Du Boulay, op. cit., t. VI
3. Lettre dé M£' Salviati au cardinal de Como (Archiv. Vatic., Nunz. de Francia, t. VIII, f. 503).
conçut une juste indignation, et résolut de ne plus usér de ménagements envers des personnes qui en gardaient si peu envers l'Église. IL lança l’excommunication contre les docteurs Seguart et Fabre, l’un doyen et l’autre syndic de la Faculté de théologie, comme étant les chefs du parti et les principaux auteurs de tout le mal.
Cet acte de fermeté, si nécessaire qu'il parüt, irrita toute l’Université. Les députés ayant été convoqués le 9 juillet, le Recteur, Jean de Rouen, prit avec eux la résolution de poursuivre l’évêque devant Le Parlement. L'affaire fut plaidée à huis-clos, le 2 août. Sur le fond de la question, c’est-à-dire les opinions théologiques de Maldonat, la cause fut appointée au conseil. Quant à l'appel comme d'abus, le Parlement, tribunal séculier, décida que l’évêque avait méconnu les privilèges de l'Université et que sa sentence était de nul effet; cependant les docteurs frappés d’excommunication se feraient absoudre ad cautelam. Ce dernier point n’était pas facile à exécuter, car le Pape, instruit de la conduite des docteurs, avait défendu à Mf de Gondi de lever l’excommunication sans son ordre. La Faculté de théologie fut contrainte d’écrire à Sa Sainteté.
La lettre qu’elle rédigea, véritable apologie pro domo, contient une attaque en règle contre la Compagnie, sous forme d’insinuations méchantes que les auteurs glissaient maladroitement parmi l'éloge de leurs propres mérites. Qu'on en juge par ce morceau :
« À la vérité, disent-ils, nous sommes des serviteurs inutiles ; cependant Dieu a fait par nous ce qu'il a voulu... Que de grands théologiens ne sont pas sortis de notre école comme du cheval de Troie! Combien n’en sort-il pas encore tous les deux ans! Quelle gravité! Quelle pureté dans nos statuts ou nos décrets! quelle sévérité, quelle solidité dans notre doctrine!
« Nous ne sommes à charge à aucune église, non plus qu'aux particuliers; nous ne détournons pas les héritages, nous ne sollicitons pas à notre avantage des testaments injustes; nous ne cherchons point à faire tomber dans nos pièges les bénéfices pour en jouir sans en avoir les charges; nous ne dirigeons point, au nom de Jésus, les consciences des princes, d'après l'opinion qui réduit à dix ans les peines du purgatoire, comme pour dire qu'il n’y a aucun danger, aucun dommage pour les fondateurs, morts depuis longtemps, à enlever les biens ecclésiastiques aux
1. Registres des conclusions de la Faculté de théol. (Archiv. nat., MM, 149, fol. 152).
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monastères ou à d’autres, afin de les transformer en commendes et de les appliquer à d’autres usages profanes, ou à d’autres œuvres de piété, ou à des collèges. Nous faisons notre cours d’études sur nos médiocres patrimoines, ou sur un petit pécule acquis par d’honnèêtes travaux; nous nous partageons ensuite les fonctions et les charges du ministère apostolique, si l’on nous y appelle, et nous y courons comme au combat!. »
Personne ne pouvait se méprendre à des allusions aussi transparentes. Et que dut penser le Souverain Pontife de l’affront qu'une pareille lettre faisait à sa sagesse et même à son autorité? Car enfin, ces Jésuites, dépeints sous de si noires couleurs, il les estimait et il les avait déjà honorés de quatre Bulles pour encourager leurs œuvres et appuyer leurs entreprises.
Les docteurs, en terminant, demandaient pardon au Saint- Père; mais à ce témoignage de repentir ils ajoutaient une restriction, qui fait assez paraitre leur peu de sincérité : « Prosternés aux pieds de Votre Béatitude, disent-ils, nous implorons très humblement le pardon et l’absolution de Votre Clémence, s2 nous avons péché en quelque chose, soumettant tout au jugement de Votre Sainteté?. »
La honte d’un tel factum, où la vanité froissée se rabaisse jusqu'à la calomnie, ne doit pas retomber sur la Faculté de théologie tout entière; elle revient à ceux qui l’écrivirent, et se firent les interprètes d’une minorité hostile dans laquelle on regrette de voir Claude de Sainctes, Fabre et Pelletier. Leur lettre méritait à peine une contre-partie, car elle était plus nuisible aux accusateurs qu’aux accusés. Cependant, puisque la cause était portée à Rome, les Pères du collège de Clermont durent présenter au même tribunal leurs plaintes et leur défense. Ils le firent par l'intermédiaire du P. Claude Mathieu. Dans un mémotre calme et loyal, où parfois s'élève le cri de l'innocence injustement blessée et surtout Le soupir de l’apôtre réduit à l’impuissance, le P. Provincial, après un résumé rapide des persécutions suscitées à la Compagnie de Jésus, réfuta, par les faits eux-mêmes ou par le simple exposé de l’Institut, les principales accusations lancées contre elle depuis son introduction en France : « À cause de ces calomnies et de ces intrigues, dit-il, la Compagnie n’a pris nulle part moins de développement qu’à Paris, qui fut pourtant son berceau. La première semence que
1. D'Argentré, Collect. judiciorum, t. I, p. 445 et suiv. 2. Ibidem.
nos Pères avaient jetée dans une population disposée à la vertu, a été étouffée dans son germe par ces docteurs et n’a pu produire l’abondante moisson qu'elle nous promettait. Plût à Dieu que nos adversaires eussent mis à repousser l’hérésie l’ardeur qu'ils ont mise à nous tourmenter! La Compagnie, il est vrai, se serait accrue; mais le calvinisme serait devenu moins puissant. Tandis qu'ils nous persécutent et nous affaiblissent, ils réjouissent et fortifient l’hérésie!. »
7. Durant la tempête déchainée à l’occasion de sa doctrine, Maldonat avait fait preuve d’un grand courage et d'une abnégation entière. Sans redouter le tumulte que des gens malintentionnés pouvaient provoquer à ses cours, il avait d'abord, jusqu'aux fêtes de Noël, ajouté à ses lecons habituelles une leçon supplémentaire. Mais, après la sentence de l’évêque de Paris en sa faveur, il avait jugé utile de changer de conduite : il craignait, en remontant dans sa chaire, d'humilier les adversaires auxquels l'autorité compétente avait donné tort. « Les docteurs, écrivait-il au P. Général, le 25 mars 1575, étaient dans un tel état d’exaspération qu'ils n'auraient pas manqué de dire que j'insultais à leur défaite, et je n'aurais pu prononcer une parole qui ne fût mal interprétée. C’est dans une pensée de modération et de modestie que j'ai agi ainsi. Dès le premier jour, j'avais demandé à Notre-Seigneur qu'aucun sentiment d’impatience et de vengeance ne pénétrât dans mon cœur, et je crois avoir obtenu cette grâce ?. » Le savant religieux aimait les situations franches; il voulait, avant de reprendre ses lecons, qu'il fût bien constaté que son enseignement était conforme à celui de l'Église. IL continua donc de s'imposer la même réserve jusqu'à ce que Rome eût décidé entre lui et ses adversaires.
Cependant Grégoire XIII hésitait à se prononcer, de peur d’envenimer la querelle du côté des orgueilleux docteurs; comptant,
1. Ce document a été publié par le P. Prat, Maldonat (Pièces justificatives, p. 592 et suiv.). — Le P. Général exigea quelques corrections au mémoire du P. Mathieu avant qu'il fût présenté au Souverain Pontife. Dans les mss. Gesuitici conservés à la Bibl. Vitt. Emmanuele (1586, 3715) on lit : « Reprehenditur (a P. N.) epistola apologetica in favorem Socielatis et Maldonati a Patribus Gallis pro PP. (Pontifice) missa : quod nimis aspere perstringat nonnullos qui Romae et boni et docti viri vulgo habentur ; tum et quod modestiam religiosam in scribendo minus redoleat. » Et plus loin : « Consentit P. N. litteras Claudii ad PP. mitti, sed per alium, correctis nonnullis. Videtur improbatum fuisse quod in iis nominarentur aliqui particulares, haberentqne speciem apologiae. » Il nous semble bien que le texte donné par le P. Prat est celui du Mémoire non corrigé.
2. Lettre de Maldonat au P. Général (Gall. Epist., t. IX, fol, 11).
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