Acta SS., à XNI, n. 161, p
2. De actis S. Ign. a Ribadeneira (Mon. Ignat., S. 4, t. I, p. 362, 864),
désolation de son âme et le supplie de l’aider à sortir de son triste esclavage. Ignace avait atteint son but; il acheva l’œuvre de conversion par les Exercices spirituels, et sous sa direction le religieux repentant devint un modèle de vertus.
Une autre fois, Ignace étant allé voir un gentilhomme pour une affaire de charité, le trouva qui jouait au billard?. C'était un docteur en théologie, illustre par sa naissance et son savoir, assez réglé dans ses mœurs, mais peu dévot et plus occupé des intérêts du temps que de ceux de l'éternité. Invité à lui servir de partenaire, Ignace s’excuse en disant qu'il n’y entendait rien. Le docteur insiste et l’aimable saint, mû par une inspiration divine, accepte l'invitation : « Quel sera l'enjeu? dit-il en souriant; un pauvre tel que moi n’a point d'argent, et il n’y a point de plaisir à ne rien jouer du tout. Voici ce que je propose : si je perds, je vous servirai pendant un mois et ferai tout ce que vous me commanderez; si je gagne, vous ferez seulement une seule chose que je vous demanderai pour votre bien. » La condition est acceptée, et Ignace, qui n'avait jamais joué au billard, gagne sans difficulté la partie. Le docteur, reconnaissant là quelque chose de mystérieux, s'offrit loyalement à remplir les conditions de l’enjeu : il suivit pendant un mois les Exercices spirituels, où il apprit pour le plus grand bien de son âme les principes de la vraie vie*.
Étrange existence, celle de cet étudiant de quarante et quelques années, se livrant tout ensemble à l’étude des sciences, à la pratique des conseils évangéliques et au ministère de l’apostolat! Si étrange qu'elle fût, elle tenta cependant quelques âmes d'élite que la Providence, toujours sage et puissante dans la conduite de ses entreprises, voulut associer à Ignace de Loyola pour la fondation d'un Ordre nouveau. Le chapitre suivant dira quelles furent ces âmes et comment elles furent conquises à la cause du Divin Roi.
1. Bien que nous ne tenions ce fait et le suivant que de Bartoli (Saint Ignace, t.T, p. 197), nous avons cru ne pas devoir les omettre. Bartoli, qui écrivit au milieu du xvu° siècle, travailla sur les archives de la Compagnie. Au dire des Bollandistes, il est de tous les biographes de saint Ignace celui qui a le mieux entendu son devoir d’historien (4cta SS., t. VII Julii, ? XCIV, n. 992, p. 609).
2. Le jeu de billard, d’origine orientale, a été introduit en Europe vers l'époque des croisades; il se répandit en France surtout pendant le règne de Louis XI et
devint tout à fait à la mode sous celui de Louis XIV. 3. Bartoli, t. I, p. 198.