‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 390 sur 457 · D D AT 10) A7 PS · texte numérisé non relu

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lieu seigneurial de Lazenaï..…, le lieu et Seigneurie de Pisseloup et Vaubut..., le domaine de Prouziers..…., quatre arpens de pré, deux mille livres en argent comptant, et généralement tous ses biens meubles et immeubles à la réserve de ceux dont il avait disposé au profit d’'Hippolyte Niquet, son neveu. ». L'abbé y mettait comme conditions que les Jésuites paieraient une pension viagère de cinq cents livres à Philippe Niquet, son autre neveu, et une autre de trente livres à Marie Niquet, sa sœur, religieuse aux Annonciades; que le collège serait toujours gouverné par les Pères de la Compagnie, sinon tout ce qui avait été donné par lui devait retourner au collège de Clermont ou être remis à l’entière disposition du P. Général pour l'utilité des autres collèges du royaume.

A peine installés à Bourges, les Pères de la Compagnie s'étaient mis à l’œuvre avec ardeur, et leurs débuts prospères acquirent bientôt au collège une renommée qu'il n'avait pas connue jusque-là. Moins de deux ans après l'ouverture des classes, le P. Castori pouvait annoncer au P. Général, le 12 avril 1577, qu’elles comptaient déjà quatre cents élèves faisant de rapides progrès dans les lettres et la piété : « Nous avons l'espoir, ajoutait-il, de voir toute la ville transformée par leurs bons exemples*. » La présence du P. Maldonat ajoutait encore à la réputation des nouveaux maitres. Sur la demande de l’abbé Niquet, il consentit à prêcher dans l’église de la Compagnie quelques sermons sur la foi, auxquels assistèrent, en grand nombre, les professeurs et les étudiants de l’Université et les principaux habitants de la ville.

Afin de consolider l'établissement du collège de Bourges, il parut opportun de l’incorporer à l’Université. La Faculté des arts n'y fit aucune opposition, et l’agrégation eut lieu le 24 octobre 1575°. Les Jésuites devaient se conformer à l’arrêt du Parlement de Paris du 13 août précédent : en conséquence ils promirent de n’exiger aucun droit de ceux qui se présenteraient pour obtenir le degré de Maitre ès arts, de subir tous les examens, et de faire tous les exercices auxquels étaient soumis, suivant les statuts de l’Université, tous les candidats au titre de Docteur ‘.

k. L'Université de Bourges, restaurée au mois de décembre 1463 par lettres patentes de Louis XI, que le Pape Pie H confirma

. Acte de donation (Papiers Rolland).

. Gall. Epist., {. XI, fol. 376.

. L’agrégation à la Faculté de théologie n’eut lieu qu’en 1636. . Papiers Rolland.

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le 12 décembre de la même année, était surtout célèbre par l’enseignement du droit. Elle forma une école de jurisconsultes, pleins de mépris pour le droit canonique, qui donnèrent à la législation moderne cet esprit d'indépendance que les protestants avaient introduit dans la religion. Le fameux Cujas y occupait, pour la seconde fois, une chaire de droit civil, au moment où le P. Maldonat se retira au collège Sainte-Marie, Bourges pouvait ainsi se glorifier de posséder deux des plus savants hommes qui fussent alors en Europe. Voué par sa vocation au maintien et à la propagation de la foi catholique, Maldonat n'avait cessé de lutter contre le protestantisme. Cujas, lui, n’eut jamais de convictions religieuses : catholique de naissance, protestant par dépit, converti par intérêt, il garda jusqu’à la fin de sa vie une espèce de neutralité entre la vérité et l'erreur. Quand on lui demandait son opinion sur les affaires religieuses du temps, il avait coutume de répondre d’une manière évasive : Nihil hoc ad edictum praetoris, affectant de ne s'occuper que de jurisprudence.

L'illustre jurisconsulte rechercha l’amitié du grand théologien. Pour rendre hommage au talent du professeur du collège de Clermont, qui avait su réunir autour de sa chaire une foule immense d’auditeurs, le professeur de la Faculté de Bourges lui fit visite à la tête de ses huit cents élèves. Maldonat répondit à ces prévenances, un peu vaniteuses, par d'ordinaires témoignages d'estime et de politesse. On conçoit qu'une intime union ne pouvait exister entre ces deux hommes animés de vues si différentes. Il était même facile de prévoir que, le jour où ils se rencontreraient sur le terrain de la foi, ils se feraient une vigoureuse opposition. Le démèlé éclata plus tard, et sera exposé en son lieu !.

Contrairement à l’affirmation de plusieurs historiens, Maldonat n'a jamais enseigné à Bourges ?; mais il y a élevé le monument le plus solide de sa gloire. Livré depuis vingt ans à une étude continuelle de l’Écriture Sainte, il avait déjà rédigé de nombreuses notes sur tous les livres de la Bible; le temps seul lui avait manqué jusqu'alors pour coordonner en corps d'ouvrages les résultats de ses travaux. Grâce au repos forcé que lui procurèrent ses ennemis, il put, durant son séjour à Bourges, composer la plus grande partie de ses Commentaires sur les Évangiles, ouvrage

1. Abram, Histoire de l'Université de Pont-à-Mousson (Carayon, Doc. inédits,

V, p. 121). — Cf. Berriat Saint-Prix, Histoire de Cujas, à la suite de son Histoire du droit Romain.

2. 11 écrit au P. Général à la date du 14 octobre 1577 : « In schola publica hujus urbis, etsi saepe rogatus sum, nunquam docui » (Gall. Epist., t. XI, fol. 377).

remarquable où il a laissé Les traces les plus profondes de son zèle et de sa science.

Le principe du libre examen, qui soumettait aux lumières de la raison individuelle les mystères de la foi, devait nécessairement amener les protestants à traiter avec la même indépendance les Saintes Écritures, c’est-à-dire à admettre certains livres, à rejeter les autres et à les interpréter tous arbitrairement : « Les hérétiques, dit le P. Maldonat dans sa préface, ont l'habitude non d’admettre mais de faire, non de recevoir mais de donner l'Évangile; et aujourd'hui, si Calvin l'avait jugé à propos, nous n’aurions plus les quatre Évangiles, puisqu'il pouvait aussi bien les rejeter que d’autres livres adoptés par l’Église !. » IL pose done en principe que l’Église seule peut donner aux Saintes Lettres leur autorité, « à peu près, dit-il, comme un chancelier donne l'autorité aux ordonnances du roi en déclarant, par l’apposition de son sceau, qu’elles descendent du trône... C’est l’Église et non Calvin qui garde les sceaux du Seigneur; c’est à elle et non à Calvin, que le Saint-Esprit a été promis et envoyé pour rester avec elle jusqu’à la fin des siècles. C’est cet Esprit divin qui, après avoir dicté les quatre Évangiles, nous déclare par l'Église qu'il les a dictés? ». Et Maldonat en conclut que les hérétiques, parce qu'ils sont hors de l’Église, ne peuvent comprendre le vrai sens des Éeritures.

Défendre la doctrine catholique contre l’hérésie, tel est le but qu’il se propose dans ses Commentaires tout d'actualité. Mais il aime trop l’Église de Jésus-Christ pour la défendre avec mollesse ; ilse montre pressant, chaleureux, sans pitié, quand il poursuit ceux qui se donnent la mission de la combattre; et s'il vient à craindre qu’on accuse sa vigueur de dureté, il s'excuse en indiquant l'esprit qui l’anime : « Ce n’est point dans une pensée de mépris, dit-il, que nous avons émis ces réflexions; elles nous ont été dictées par le désir d’avertir les hérétiques, afin que s’il en est encore que l’incrédulité n’ait pas tout à fait endurcis, ils reviennent à résipiscence ?. »

Afin de ne pas donner prise aux réclamations des protestants contre le sens allégorique, et de flétrir plus à l’aise leur intempérante exégèse, Maldonat s'attache uniquement au sens littéral des livres sacrés “. Il s'arrête surtout aux passages que les hérétiques

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