‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 394 sur 457 · Lettre du 9 oct. 1571 (Gall. Epist., t. V, f · texte numérisé non relu

Lettre du 9 oct. 1571 (Gall. Epist., t. V, f

6. C'est alors que le cardinal de Lorraine fit agréer au duc Charles III le projet d’érection d’une Université à Pont-à-Mousson. IL en parla au P. François de Borgia durant son séjour à Blois, en 1572; mais le P. Général, tout en accueillant favorablement cette communication, ne voulut prendre aucun engagement!. Le pape Pie V étant mort sur ces entrefaites, le cardinal vint à Rome pour l'élection de son successeur. Dans une de ses visites au collège Romain, 1l fut recu par le P. Nadal, Vicaire général, avec tout l'honneur dû à son rang, et complimenté par les maîtres et les élèves en dix-sept langues différentes; brillante réception qui l’encouragea encore à persévérer dans son dessein.

Son premier soin, après l’élection de Grégoire XII, fut de lui demander, dans une requête motivée, la création à Pont-à-Mousson d’une Université, — où l’on professerait la théologie, l'un et l’autre droit, la médecine et la philosophie, — et l'érection d’un collège dirigé par les religieux de la Compagnie de Jésus. Ce collège serait établi dans la commanderie de Saint-Antoine, dont l’église, le couvent, les jardins et dépendances seraient transférés aux Jésuites; on pourvoirait à l'entretien des religieux qui enseioneraient la théologie, la philosophie, les lettres et la grammaire, par une rente de quinze cents écus d’or sur la mense conventuelle, les offices claustraux de l’abbaye de Gorze ou des prieurés qui en dépendaient*, et par une autre rente, également de quinze cents écus d’or, prélevée pour un tiers sur la mense épiscopale de Metz dont le cardinal était administrateur, et les deux autres tiers sur les abbayes et prieurés des trois Évêchés ; l’évêque de Metz, les abbés et prieurs pourraient se libérer de cette charge en abandonnant aux Jésuites des bénéfices simples à leur collation, jusqu’à concurrence de la rente exigée. En retour, la Compagnie devait établir un collège aussi vaste que ceux qu'elle avait fondés auprès des Universités les plus célèbres, et fournir soixante-dix religieux, dont quatre professeurs de théologie, trois de philosophie, un de rhétorique, un d'humanités, trois de grammaire; il devait y avoir aussi, chaque jour, deux cours de grec, un d’hébreu et un de mathématiques à.

Le Pape, prévenu par les ennemis des Jésuites, fit d'abord quelques difficultés; mais, après un sérieux examen du projet qu’on

1. Historia collegii Mussipontani (Francia, Histor. fundat., n. 59).

2. L'abbaye Saint-Gorgon de Gorze, habilée par les religieux de Saint-Benoît, ne comptait plus en 1572 qu’un petit nombre de moines.

3. Lettre du cardinal de Lorraine à Grégoire XIII (Archives de Meurthe-et-Moselle, H, 2105).

Jui avait présenté, il en reconnut les avantages et le consacra, le 5 décembre 1572, par la Bulle /n supereminenti, qui érigeait canoniquement le collège et l'Université de Pont-à-Mousson, en reproduisant presque dans leur teneur les termes de la requête!. Cette Bulle recommandait à tous les professeurs de se conformer aux usages adoptés dans les collèges de la Compagnie, et de suivre, dans leur enseignement, l'esprit de l’Institut. Elle établissait ensuite cinq Facultés; celles de théologie et de philosophie étaient confiées aux Jésuites, les trois autres à des séculiers?. De plus elle conférait aux professeurs, officiers et étudiants, des privilèges semblables à ceux des Universités de Bologne et de Paris. Elle accordait enfin au cardinal de Lorraine Le pouvoir de faire, en personne ou par délégués, les règlements relatifs à l’ordre des études et à la direction religieuse des élèves, et la juridiction sur tous les membres de l’Université, excepté sur les Pères du collège”.

7. Toutes ces mesures avaient été prises sans arrangement définitif avec la Compagnie, qui n'avait point alors de supérieur général. Quand le P. Éverard Mercurian fut élu successeur du P. François de Borgia, il subit plutôt qu'il n’accepta-cette faveur, car elle renfermait des conditions gênantes sur lesquelles on aurait pu faire de justes observations, par exemple l'obligation de fournir dès maintenant soixante-dix religieux à un seul collège, et surtout le voisinage d’une école de droit et de médecine. Cependant, par égard pour le cardinal de Lorraine, et par respect pour l'autorité pontificale, il ne pouvait plus songer à discuter des dispositions consacrées par la Bulle Zn supereminenti. Dans la lettre qu'il écrivit, après son élection, au prélat fondateur, il se contenta de le remercier des bienfaits accordés à la Compagnie, en le priant de lui continuer sa protection.

Durant les deux années qui suivirent, diverses causes s’opposèrent aux progrès de l’entreprise. Le cardinal de Lorraine était resté à Rome jusqu’au mois de février 1573. À son retour en France, il fut absorbé par les affaires publiques, et ne vint en Lorraine que pour accompagner le duc d'Anjou appelé au trône de Pologne. À Reims, il dut s’employer tout entier au soulage-

1. Jbid. et Acta S. Sedis, p. 62, n° 9, 10. s 2. « Medicinae et legum studium, ut a nostro Instituto magis remotum, in univer-

sitatibus Societatis vel non tractabitur, vel saltem Societas per se id oneris non

suscipiet » (Constitut. P. IV, c. xIx, n° 4). 3. Bullarium Romanum (Collig. Angelo Cherubino), t. IT, p. 520.

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