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ment de la misère occasionnée par un hiver désastreux; en sorte qu'il lui fut impossible de s'occuper alors de l'établissement de Pont-à-Mousson!. Néanmoins il le perdait si peu de vue, qu'en passant à Nancy, il fit prendre le costume d'étudiant au fils du Sérénissime Duc, afin de pouvoir l’inscrire en tête de la matricule de l’Université?. Puis, au mois de janvier 1574, il écrivit de Paris au P. Général pour lui exprimer le désir de voir le collège s'ouvrir le plus tôt possible : « J'ay desjà envoyé, disait-il, l’évesque de Verdun pour fulminer les Bulles et avancer les unions, désigner les lieux, faire les marchés des bastiments et tous préparatifs nécessaires, à quoy je m'asseure qu'il mettra fin pour ce febvrier ; et de tout serès adverti [afin de] nous envoyer une première mission du Recteur, Procureur, et quelques principaux officiers pour les Pasques, et entière compagnie pour commencer au prochain Saint-Rémy, chef d'octobre, à quoy je vous prie de penser et m'en donner vostre advis”.…. »
Le P. Provincial, averti par l'évèque de Verdun et le P. Auger de cette volonté formelle, avait déjà prié le P. Général de lui envoyer de Rome un renfort de quelques Pères, la Province « ne pouvant fournir par elle-même tous ceux qui étaient nécessaires ». Le cardinal s'apercut alors de l'embarras des Jésuites, partagés entre le désir de plaire à leur protecteur et la crainte de compromettre les anciennes fondations; il manda près de lui, à l’abbaye de Saint-Denys où il s'était retiré, les PP. Auger, Maldonat et Edmond Hay, pour conférer avec eux de son collège lorrain. Il se plaignit des causes qui en avaient retardé jusqu'ici l'établissement, leur demanda leur avis sur l’organisation des classes et l'administration temporelle, entra dans des détails qui montraient son désir de se conformer en tout aux prescriptions de l’Institut; 1l aurait même voulu qu’un frère laïque surveillât les constructions nouvelles, afin de les mettre en harmonie avec les usages de la discipline religieuse. Il comprenait d'ailleurs qu'une maison de ce genre ne pouvait s'ouvrir avec une réputation toute faite, et que la Compagnie, obligée de faire face à d’autres fondations, ne pourrait fournir soixantedix sujets d’un seul coup. Il consentait donc à commencer, la première année, avec les seules classes de grammaire et de belles-lettres; on introduirait par degrés la philosophie et les : Lettre du Cardinal de Lorraine au P. Salmeron, 22 janvier 1574 (Epist, cardinal. , tb.
2. Abram, Hist. de l’Univ. de Pont-à-M. (Carayon, Doc..inéd., doc. V, p. 17). 3. Lettre du 25 janvier 1574 (Epist. cardin., t. I).
autres sciences. Il admettait aussi que les Pères fussent exempts du soin des pensionnaires, à condition d'en conserver la haute surveillance. Mais il comptait toujours que les classes seraient ouvertes au mois d'octobre; néanmoins, ajoute le P. Hay, auquel nous empruntons le récit de cet entretien, « il m’a semblé dire cela comme s’il en désespérait lui-même ».
Les nouveaux troubles, provoqués en France et en Lorraine par les mécontents politiques, semblèrent un instant compromettre la fondation de Pont-à-Mousson. À la mort de Charles IX (30 mai 1574), l'agitation ne fit que croitre partout, en sorte que le P. Provincial doutait de plus en plus qu’il fût possible de réaliser à l'automne les souhaits du cardinal. Celui-ci, loin d’être ébranlé par les bouleversements du pays, manifestait toujours son intention de poursuivre sans aucun retard l'entreprise qu'il avait tant à cœur, et, dans son impatience de lui donner un commencement d'exécution, il envoyait à Pont-à-Mousson, vers la fin du mois de juillet, ses deux neveux, Charles, fils du duc régnant, et Charles, fils du comte de Vaudemont, qui furent, dans la suite, revêtus l’un et l’autre de la pourpre romaine. Le 31 juillet, il fit entendre au P. Auger qu'il voulait que les classes s’ouvrissent le 1°’ octobre, devrait-on, ajouta-t-il, « avec une parole ferme et résolue », prendre des régents au collège de Clermont?. Plus on approche du terme, plus ses exigences augmentent : on est loin maintenant de la modération manifestée à Saint- Denys; il veut, pour attirer les élèves, donner tout de suite à son collège nn grand éclat : c'est vingt régents qu'il lui faut pour l'ouverture, vingt de plus après les vacances de Pâques, et vingt autres à la rentrée suivante.
8. Le P. Mercurian aurait préféré ne rien commencer avant Pâques de 1575, mais il céda devant les justes observations du P. Auger, qui le priait « bien fort d’avoir égard à contenter M£' le cardinal de Lorrène », et lui montrait qu’on ne pouvait aller contre sa volonté « sans danger de l’offenser grandement 4 ». Toutes les dispositions furent donc prises pour donner, autant que
1. Lettre du P. Hay au P. Mercurian, 28 févr. 1574. (Cette lettre et plusieurs autres ont été publiées par l'abbé Hyver Maldonat et les commencements de l'Universilé de Pont-à-Mousson, pièces justificatives, p. 1, nr). :
2. Abram, His!. de l’Univ. de Pont-à-M. (Carayon, Doc. inéd., t. V, p. 29).
3. Lettre du P. Mathieu au P. Général, 25 septembre 1574 (Hyver, op. cût., pièces justific., p. 11, xu).