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quatorze endroits de la capitale, des matériaux inflammables étaient préparés pour être allumés au même instant; l'incendie, se déclarant à la fois dans plusieurs quartiers, engendrerait le tumulte et la confusion, et Condé avec ses partisans s'emparerait sûrement de la ville.
« Je demandai à ce Pierre Coscha s’il était prêt, comme cela semblait utile et nécessaire pour éviter de si grands malheurs, à révéler aux autorités ce qu'il m'avait confié en secret. Il me répondit affirmativement, ne voulant pas, au prix de son salut personnel, laisser périr une si florissante cité. Je me rendis avec lui chez le prévôt de Paris! auquel il exposa tout ce qu'il savait. Le prévôt, en nous remerciant, avoua qu'il avait déjà entendu parler de quelque chose, mais rien de si clair ni de si précis. Il ajouta qu'il allait veiller tout de suite à la sécurité du roi, et lui expédier sans retard des courriers pour le prévenir du danger. Trois gentilshommes, montés sur des coursiers rapides, partirent à divers intervalles afin de donner plus de poids à leurs déclarations successives. Nous fûmes congédiés, comblés d’éloges à cause du service rendu à la ville et au roi.
« Aussitôt, une ordonnance de police enjoignit à tous les habitants de placer à la porte de chaque maison des échelles, des vases pleins d’eau, et de suspendre aux fenêtres du premier étage des lanternes allumées pour éclairer les rues pendant la nuit. La garde ordinaire de la ville, composée de cinq cents cavaliers ou fantassins, recut l'ordre de prendre les armes, d'aller en patrouille et de réprimer toute tentative de sédition. On commanda aussi aux capitaines de quartiers de consigner leurs troupes et de se tenir prêts à marcher au premier signal. Personne ne songea à se reposer ni à dormir. Après avoir pourvu à la sécurité de la ville, on opéra des fouilles et on découvrit que plusieurs maisons étaient remplies de paille, de poudre et de torches incendiaires.
« Peu s’en fallut que le roi ne fût enlevé à Meaux. Malgré des avertissements réitérés, quelques seigneurs de la cour lui conseillaient de ne pas bouger. Il n’y avait, disaient-ils, aucun péril; ce n'étaient que de fausses alertes; les Parisiens étaient gens craintifs et le départ du roi ne ferait qu'augmenter leurs frayeurs. Ainsi Charles IX resta tout un jour à Meaux. Cependant le connétable de Montmorency, soupconnant une trahison, ordonna aux
1. « Magistratus ». Sans doute le prévôt de Paris ou l’un de ses lieutenants.
Suisses, récemment arrivés et postés à quelques lieues de là, de rejoindre rapidement Le roi, en conservant l’ordre de combat. Ce commandement fut aussitôt exécuté. Dès qu'ils furent présents, on décida le roi à se soustraire au péril dont il était menacé. A peine avait-il quitté la ville, au lever de l'aurore, accompagné des Suisses au milieu desquels il s'était placé sans armes avec sa suite, que Condé apparut à la tête d'une forte troupe de cavaliers. Il essaya quelques escarmouches avec l’escorte royale: mais les Suisses ne se laissèrent pas entamer, et le roi put être ramené à Paris sain et sauf. Charles IX était resté dix-sept heures à cheval.
« Je ne puis dire combien le prévôt nous fut reconnaissant de notre intervention. Pendant la nuit dont j'ai parlé, tandis que lui-même faisait sa ronde à cheval, il vint nous saluer à la porte du collège, nous souhaiter bon courage et nous assurer que, si quelque péril menaçait notre maison, aussitôt des troupes nous seraient envoyées!. »
Presque au même temps, le P. Auger, Provincial d'Aquitaine, rendait un service analogue à la ville de Lyon, dont les protestants avaient résolu de s’emparer par surprise?. Au commencement du mois de septembre, il était allé de Toulouse à Tournon pour y faire la visite du collège. A peine arrivé, il reçut de divers côtés des avis alarmants sur les projets des huguenots. Comme il jouissait d’un grand crédit auprès du gouverneur et des autres autorités de Lyon, on eut recours à lui avec confiance et on lui communiqua des indices qui donnaient toute créance à la dénonciation. On ajouta qu’il n’y avait pas de temps à perdre, car le complot devait éclater à la fin du mois.
Sans hésiter un instant, le P. Auger, sachant les huguenots capables de toute perfidie, partit pour Lyon afin d'informer le gouverneur de leurs mauvais desseins!, Le président de Birague lui sut bon gré de son zèle, mais ne parut pas d’abord tenir compte de ses avis. Il craignait d’alarmer les catholiques par la défiance qu'il témoignerait aux calvinistes, et d’irriter ceux-ci que ses instructions lui recommandaient de ménager. D'ailleurs les lettres qu'il recevait de la cour lui représentaient comme de faux bruits