Tbidem
5. Lettre de Possevin au P. Nadal, 5 octobre 1572 (Acta a P. Possevino).
jurer. Comme ils résistaient à ses obsessions, on eut recours à des conférences avec des docteurs catholiques, et la conversion des jeunes princes s’ensuivit. Malheureusement, la contrainte morale, qu'ils subirent sous le coup des événements, ne leur laissa pas assez de liberté pour mürir une si grave résolution ; de plus, leur légèreté naturelle ne leur permit pas de prendre au sérieux une abjuration à laquelle ils furent insuffisamment préparés. C’est du moins ce qui ressort du récit du P. Manare, témoin et acteur dans cet intéressant épisode de l’histoire de la cour :
« La paix étant revenue au royaume de France, dit-il, le roi Charles IX s’occupa de relever la religion catholique. Il s'empressa, avant tout, de ranimer la foi parmi ses serviteurs, d’arracher sa cour aux influences pernicieuses, et de convertir le roi de Navarre... La reine-mère, s'appliquant de même à réformer son entourage en grande partie hérétique, demanda un Père de notre collège qui instruirait les dames d'honneur et les jeunes filles nobles de sa maison. Je fus choisi pour remplir ce ministère; pendant plusieurs semaines je m'efforçai de leur inculquer la connaissance des vérités catholiques et de les former à la pratique des vertus chrétiennes.
« Quand jeus fini de les préparer à se réconcilier avec l'Église, la reine-mère entreprit aussi de ramener au catholicisme le prince de Condé et le roi de Navarre. Elle me chargea encore de ce soin, sous la direction du cardinal Charles de Bourbon, oncle des deux princes. L'affaire traina en longueur, car l’un et l’autre restaient inflexibles et ne voulaient pas entendre parler de changement de religion. Déjà l’on était à la veille du jour où le Nonce apostolique devait présider la cérémonie d’abjuration dans le monastère des Augustins, et j'achevais d'y disposer les dames de la suite de la reine, quand je fus appelé par le cardinal qui me dit de catéchiser immédiatement ses neveux.
« Je ne refusai point mes services; mais, considérant ce qui allait probablement avoir lieu, je fis en sorte de ne point me trouver seul avec les princes. Je prévoyais, en effet, que le roi de Navarre-et le prince de Condé amèneraient avec eux plusieurs ministres pour discuter, et je n'avais point la prétention de lutter seul contre plusieurs adversaires, contre ceux-là surtout qui font consister la victoire à beaucoup crier, et passent à la légère et sans ordre d’un sujet à un autre. Je demandai donc f’autorisation d'aller au collège et de ramener avec moi le P. Jean Maldonat
et quelques-uns des premiers docteurs de Sorbonne; car il importait de traiter convenablement et sérieusement les questions religieuses devant les princes et Les assistants, en vue même de leur instruction. Le cardinal s’y opposa longtemps me disant, pour m'engager à rester, qu'on n'avait pas besoin de tant d’appareil; mais enfin il céda. Je revins accompagné du P. Maldonat, du docteur Simon Vigor, plus tard archevèque de Narbonne, du docteur de Saint-Germain et de deux autres dont j'ai oublié les noms; en tout six prêtres catholiques, prêts à la dispute, si c'était nécessaire, comme de fait il le fut. Le roi de Navarre avait avec lui trois ou quatre ministres, et le prince de Condé presque autant, dans les différentes parties du palais qu'ils habitaient.
« Chez le roi de Navarre, à peine eut-on commencé la lecon de catéchisme qu’aussitôt l’un des ministres souleva des objections, en citant des textes grecs et hébreux. Le P. Maldonat, très versé dans ces matières, se chargea presque seul de la réponse; mais la discussion absorba le temps destiné à l'instruction du prince. Pendant que les adversaires argumentaient, le roi de Navarre, retiré dans un coin de l'appartement, s’entretenait d’autres choses avec ses familiers. Parfois l’un d’eux l’invitait à s'approcher, lui disant qu'on traitait des questions fort intéressantes; et le prince s’approcha six ou huit fois, montrant, me sembla-t-il, de la bonne volonté, car il parut touché des raisons alléguées en faveur du catholicisme. Il venait près de nous, écoutait quelques instants : « Bien, très bien, disait-il, « ceci me satisfait. Allons, bon courage! » Puis il retournait vers ses amis. Ainsi finit, après deux ou trois heures, cette lecon de catéchisme. Le roi de Navarre y assista contre son gré; son esprit était ailleurs.
« Et telle fut la seule instruction que reçurent les deux princes, car les choses se passèrent de la même façon chez le prince de Condé. 11 se conduisit comme son cousin vis-à-vis de nos docteurs et de ses ministres, à une différence près : le roi de Navarre se tenait debout dans un coin de sa chambre et écoutait, tout en conversant avec d’autres seigneurs; le prince de Condé se promenait en causant, et de temps en temps s’approchait pour entendre l’aärgumentation. Mais le résultat fut le même, à mon avis; après comme avant la discussion, ils restèrent obstinés dans leur sentiment. Cependant, le lendemain, l’un et l’autre firent leur abjuration solennelle, en présence du Nonce apostolique. Leurs lèvres avaient prononcé des paroles que leur cœur désavouait.
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