MORT ET ÉLOGE DU CARDINAL DE LORRAINE
le public, et rien ne prouve que le monarque ne fût pas sincère dans ces manifestations relibieuses du commencement de son règne : « On ne saurait croire, écrit-il, de quels sentiments de piété le roi se montre animé, quel zèle il déploie pour la religion catholique, avec quelle assiduité il se livre à la prière et aux bonnes œuvres. Tous les matins, avant le jour, il assiste à la messe dans sa chapelle, et visite ensuite quelques-uns des sanctuaires de la ville. Il est venu avec la reine-mère au collège et nous à montré beaucoup de bonté. Trois fois par semaine, outre le dimanche, il fait chanter la grand'messe : le jeudi, celle du Saint-Sacrement; le vendredi, celle de la Passion; le samedi. celle de la Sainte Vierge. 11 secourt, en secret, un grand nombre d'indigents. S'étant affilié à une confrérie de Flagellants, il a assisté, le 4 décembre, en habit de pénitent, avec toute sa cour, à une procession. qui ne s'est terminée qu'au milieu de la nuit. Il y avait plus de quinze cents personnes portant des cierges. Cet événement a produit dans toute la ville une profonde impression, et augmenté la bonne opinion qu’on avait toujours eue du roi, »
12. Pendant le séjour de la cour à Avignon, les Jésuites eurent à pleurer la perte du cardinal de Lorraine, qui s'était offert à saint Ignace pour être le protecteur de la Compagnie en France. Sa mort, comme sa vie, a été pour les historiens protestants le sujet de bien des commentaires: ils n'ont épargné ni les sarcasmes ni les injures à celui qu'ils regardaient comme leur plus dangereux adversaire, Dans l'intérêt de la vérité, et par reconnaissance pour là mémoire d’un si grand bienfaiteur, nous em. prunterons le récit édifiant de ses derniers moments au P. Auger, qui Le prépara lui-même à paraitre devant Dieu :
« Le cardinal ayant dit la messe le jour de la Conception fut atteint, au milieu du sermon, vers les 10 heures du matin, d’une si grande douleur de tête, accompagnée d'un éblouissement, qu'il fut obligé de se retirer et de se mettre au lit... Il m'avoit dit quelque temps auparavant que dans le chagrin de ne pouvoir apporter remède aux maux dont l'Église étoit affligée, il souhaïtoit, si c’étoit la volonté de Dieu, qu'il le tirât du monde... Son mal continua toujours avec une extrême douleur de tète, quelque soin qu'apportassent pour le soulager Messieurs de Guise, de Mayenne, de Fécamp, d’Aumale et d’Elbeuf ses neveux… Ces
1. Lettre du 9 décembre 1574 (Gall. Epist., t. VIIL, fol. 215; 216). COMPAGNIE DE JÉSUS. — T, I.
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princes, le voyant en danger, voulurent que je le fisse souvenir de se mettre en bon état et de se disposer à recevoir Notre- Seigneur. Je leur obéis et je n'eus pas de peine à le luy faire agréer.
« Le jour de sainte Luce [13 décembre], sur les neuf heures du matin, je m'habillay pour dire la messe à l'autel que l’on avoit dressé dans sa chambre. Le roi, averti qu'on devoit lui donner le Saint Viatique, y”voulut assister et il arriva lorsque j'étais à l’évangile. Un peu avant l'élévation, le malade ‘voulut se lever et ensuite se mettre à genoux au milieu de la chambre sur un carreau près du roi. Il y demeura soutenu par deux de ses gentils-hommes jusques à la post-communion, que je lui présentay le précieux corps de Notre-Seigneur, après lui avoir dit quelques paroles de dévotion. Il le reçut avec une ardente affection et s’écria, à haute voix, avec saint Thomas : Dominus meus et Deus meus, et y ajouta des mots embrasez de l'amour de Dieu, exhortant messieurs ses neveux à l'aimer et le servir, et à obéir fidellement au Roy. Tout le monde fondoit en larmes; Sa Majesté même ne put retenir les siennes, lorsque le cardinal prit congé d’Elle, luy disant adieu pour jamais et l'exhortant à bien servir Dieu et son liglise... La Reyne survint quelque temps après; il lui dit à peu près les mêmes choses qu’il avoit dites au Roy, lui recommanda MM. ses neveux, l’assura de la fidélité qu’il avoit toujours eue dans son service et de la sincérité de son zèle pour les intérêts de l'État; enfin il lui promit, si Dieu lui faisoit miséricorde, de prier pour elle...
« Le même jour, me trouvant près de luy avec M. le cardinal de Guise, son frère, je le disposay encore selon l’ordre que m'en avoit donné ce prélat à recevoir le sacrement d'Extrème-Onction. Il le reçut, des mains de l'archevêque d'Embrun, avec une joye qui marquoit la paix de son âme, répondant de luy-mème aux prières de l'Église avec telle dévotion et piété qu'il n’y avoit personne qui ne füt attendri jusqu'aux larmes. Depuis ce temps-là, dans les bons intervalles que son mal de tête lui laissoit, il ne s’entretenoit que de saints discours, témoignant par de courtes aspirations le désir qu'il avoit de quitter ce monde pour aller à Dieu.
« Le jour de Noël, sur les trois heures du soir, ses douleurs et
ses convulsions redoublèrent, et nous firent connoitre que nous
ne le garderions pas longtemps. Je me mis alors au chevet de
son lit et y passay toute la nuit, tâchant de l’exciter à ce dernier
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