LA CHAPELLE DES VOEUX À MONTMARTRE
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En cherchant à mieux connaître un sanctuaire spécialement cher aux Jésuites de France, nous avons pu reconstituer tout un historique du Sanctum Martyrium dont nous donnerons ici les grandes lignes.
On ignore à quelle époque les chrétiens construisirent une chapelle sur cette partie de la colline qui passait pour avoir été arrosée du sang de saint Denys et de ses compagnons martyrs. Un fait certain c'est qu'elle existait en 1096 et que cette année-là même, des laïcs, qui jusque-là l’avaient fait desservir, la cédèrent aux moines de Saint-Martin-des-Champs. Ceux-ci, à leur tour, l’abandonnèrent au roi de France avec tout ce qu'ils possédaient à Montmartre, quand, en 1133, Louis le Gros voulut établir sur cette colline un monastère de femmes. La chapelle du Saint Martyre sera désormais, jusqu’à la Révolution, une dépendance de l'Abbaye des Bénédictines. En 1181 la Comtesse de Saint-Gilles, sœur de Louis VII, y fonda une chapellenie. Le modeste oratoire se composait alors d’un seul édifice de faible élévation avec un autel un peu enfoncé en terre, et il resta ainsi jusqu'au commencement du xiv° siècle. Vers 1305 un écuyer de Philippe le Bel, nommé Hermer, fonda une seconde chapellenie et à cette occasion, afin d’avoir un autre autel au-dessus du premier, on construisit comme un second étage sur l'édifice primitif. Jacques de Villiers, seigneur de l’Isle-Adam, dans un Vidimus de la charte d'Hermer, reconnaît bien distinctement l’existence de ces deux chapellenies : l’une dans la chapelle basse, l’autre dans la chapelle haute. Les Bénédictins nous apprennent que la chapelle basse, regardée toujours comme la plus honorable, demeura jusqu'au xvrr° siècle au chapelain de la fondation la plus ancienne. Personne n'avait le droit de faire dire la messe, ni de célébrer aucun service, sans l’autorisation des religieuses.
Ces détails sur le passé de ce monument peuvent servir, nous semble-t-il, à expliquer pourquoi les contemporains de saint Ignace n'ont fait aucune mention des deux chapelles. C’est que vraisemblablement (et la lecture des vieux documents autorise cette supposition) l’ensemble de l'édifice ne formait pas deux oratoires réellement distincts, mais plutôt une seule église divisée à l’intérieur en deux étages, pour permettre de superposer deux autels, et dans laquelle une seule porte peut-être donnait accès. En entrant on avait sans doute devant
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soi et de plain-pied la plus ancienne chapelle, taillée en partie dans le terrain gypseux, avec l'autel le plus vénéré; il fallait monter pour parvenir à l'étage du dessus dont l’autel n'offrait à la dévotion aucun souvenir particulier. Il est tout naturel que nos premiers Pères, s'étant réunis dans ce lieu à cause de sa vénération, soient restés en bas, dans la chapelle qui était pour les pèlerins le vrai Sanctum Martyrium ; tout naturel aussi qu'ils n'aient point vu dans les deux étages susdits deux sanctuaires séparés et n'aient pas même songé à y faire allusion.
A l'époque où Henri IV assiégea Paris, le Sanctum Martyrium fut livré à la dévastation. Lorsque Marie de Beauvilliers prit le gouvernement de l’Abbaye, en 1598, l'autel était démoli, les murailles rompues et entr'ouvertes, la voûte tombée, l’église, dont la longueur n'était alors que de neuf toises (environ 18 mètres) et qui avait la forme d’un simple parallélogramme, comblée de démolitions et d'ordures. Aidée par les libéralités des Parisiens et surtout celles de M. de Fresne son beau-frère, l’abbesse résolut de la réparer et de l'agrandir. L’année 1611, en fouillant vers le chevet pour les fondations nouvelles, les ouvriers découvrirent un large escalier de trente-sept marches conduisant à une grotte creusée dans le plâtre, haute de huit pieds, longue de quatorze toises et de largeur variable. Dans cette grotte on trouva un autel grossièrement taillé, des croix dessinées sur les murs, des inscriptions à demi effacées : Mar. Clemin. Dio...; un écusson sur lequel étaient empreintes deux clefs en forme de croix. A quoi avait servi cette grotte et depuis quand était-elle ignorée? Personne n'aurait pu le dire. La piété du peuple y vit une cachette où les premiers chrétiens célébraient les saints mystères; sa disparition s’expliquait par les nombreux bouleversements que cette colline de plâtre avait subis pendant les guerres à cause de sa position stratégique. Plus de 60.000 personnes, Marie de Médicis et sa cour, vinrent la visiter. Sa découverte attira de nombreux pèlerins à un sanctuaire déjà fréquenté, de nouveaux dons aux religieuses, et l’abbesse put bâtir tout auprès un prieuré dépendant de l’abbaye, relié à celle-ci par une longue galerie couverte. En 1630, la générosité de Louis XIIL permit de construire une nouvelle église. Sans parler du souterrain célèbre, elle se composait comme jadis d’une partie haute et d’une partie basse, mais avec des proportions bien différentes de ce qu’on avait vu au xvi° siècle. La partie basse, destinée à rappeler le Sanctum Martyrium, ne s’étendait guère plus que le sanctuaire du maître-autel de la partie haute. On y placa, nous ne savons quand, un tableau représentant Le Fèvre qui tenait dans ses mains la sainte hostie tandis qu'Ignace, près de recevoir la communion, lisait la formule de ses vœux agenouillé au milieu de ses compagnons. On y trouvait aussi l’entrée de la grotte merveilleuse, où il ne se faisait aucun office à cause de l’humidité qui y pénétrait de toutes parts. L'église d'en haut, destinée aux religieuses du prieuré, avait une nef assez large décorée de pilastres; un dôme s'élevait au-dessus de l'autel ; au delà se voyait, vers l’orient, un vaste chœur pour les Bénédictines, orné de neuf grands tableaux. L'édifice était assez grand pour devenir église conventuelle en 1688 quand les religieuses, abandonnant les hauteurs et l’église Saint-Pierre,
vinrent prendre possession des nouveaux corps de logis construits par
ordre de Louis XIV, et que le titre abbatial fut transféré au prieuré des
martyrs. Ge fut dans la partie haute de l’église que l’on plaça, au moins à une certaine époque, les inscriptions rappelant le souvenir de saint Ignace et de ses compagnons. Le P. Léon, provincial des Carmes, écrit à ce sujet vers le milieu du xvn° siècle : « La chapelle que l’on trouve entrant à main droite au haut de la nef de l’église... est un monument public et perpétuel [du vœu des premiers Jésuites en ce heu]. Un ouvrage de marbre noir enferme une grande placque de cuivre, sur un pilier joignant le grand ballustre de fer, qui récite (sic) toute l’histoire en abbrégé : Siste, spectator, atque in hoc Martyrum sepulchro probati ordinis cunas lege.
SOCIETAS JESU Quae Sanctum Ignatium Loyolam Patrem agnoscit, Lutetiam matrém, Anno Salutis MDXXXIV Aug. XV HIc NATA EST Cum Ignatius ipse et Socii Votis sub sacram synaxim Religiose conceptis Se Deo in perpetuum Consecrarunt.
Ad majorem Dei Gloriam.
« Le ballustre de menuiserie qui ferme la chapelle porte encore cette autre inscription en lettres d'or : Sacra et pia Socielatis Jesu incunabula parentibus optimis filii posuere. » (Extrait de la France convertie, Paris, 1661). Le P. Bartoli nous apprend que les inscriptions avaient été placées là, parce que le sanctuaire d’en bas était trop obscur. Il arrive d’ailleurs souvent que l’on fait ainsi pour attirer l’altention des visiteurs. Enfin un autre historien nous dit que la chapelle où se trouvaient ces inscriptions était dédiée à saint Ignace et possédait un tableau de l’Assomption.
Le Sanctum Martyrium ainsi transformé disparut à la Révolution avec toute l’abbaye. Un plâtrier, nommé Richard, fit alors l'acquisition des bâtiments claustraux, espérant que les caves lui donneraient un accès direct dans le sous-sol de la butte pour l'extraction du gypse. Tout fut démoli peu à peu, et au commencement du dix-neuvième siècle il ne restait plus que des ruines. Après le rétablissement de la Compagnie, les Jésuites de Paris tournèrent de nouveau leurs regards vers la colline de Montmartre. Nos annales racontent qu’en 1824 les novices y cherchèrent en vain les traces d'une chapelle, et qu’en 1834, le jour de l’Assomption, plusieurs Pères et Frères allèrent célébrer la messe et prêcher à l’église paroissiale Saint-Pierre. En 1836, un bienfaiteur de Marseille offrit un don généreux au P. Guidée pour l'établissement d’une résidence de la Compagnie à Montmartre. Ce pieux projet n'était pas réalisable, mais les Pères continuèrent à s'intéresser au lieu qui avait été le berceau de leur Ordre. Vers 1853 le Père Tournesac, l’architecte bien connu, le P. Cadrès, parisien d'origine, et le P. Leroux
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