Memoriale, p
2. Noticia de la Vida y virtutes del B. P. Fabro por el P. Ribadeneira, dans Cartas de $S. Ignacio, t. I, appendice II, n. 12. — Ribadeneira, liv. I, c. 1v.
d’Azpilcueta et Xavier !, afin de perpétuer le souvenir d’une des familles les plus anciennes et les plus illustres du pays. Né en 1506, il était venu à l'Université de Paris en 1525?, avait subi l'examen de licence ès arts le 15 mars 1530, reçu la maïtrise quelques jours plus tard, et depuis le mois d’octobre il commentait publiquement Aristote au collège de Beauvais'. En embrassant par goût la carrière de l’enseignement plutôt que celle des armes, où étaient entrés ses frères, il avait suivi les traces de son père, don Juan de Jasso, littérateur distingué, auditeur au conseil royal et extrêmement cher au roi Jean d’Albret. D'un tempérament robuste, d’une physionomie agréable et de mœurs très pures, il avait une imagination vive et ardente, un cœur noble et intrépide, un caractère ferme et hautain. Ignace comprit qu’un homme de cette trempe, s’il était tourné au bien, pourrait faire de grandes choses pour Dieu; mais il n'était pas facile de le conquérir.
Fier de sa naissance et du crédit de son père, de son intelligence et de ses succès académiques, Xavier ambitionnait un beau nom et n’aspirait pas au delà des honneurs du monde. Il fit d’abord « assez peu de cas » de son compatriote couvert de vêtements pauvres et indifférent à l'estime ou aux outrages : « À peine le rencontrait-il sans se gaudir de ses desseins ?. » Il répondait à ses
1. Dans un acte de procuration dressé à Paris, le 13 février 1531, sur la demande de Francois, on lit : « Constitué personnellement le très noble François de Jasso y Xavier. fils légitime du docteur don Juan de Jasso et de doña Maria de Azpilcuela qui fut seigneuresse de Xavier... » Voir François Xavier, Documents nouveaux, p. 67, 171, 309.
2. Les premiers biographes de l'apôtre des Indes et les premiers historiens de la Compagnie indiquèrent l’année 1497 comme celle de la naissance de Francois Xavier. Le P. Moret, annaliste de Navarre, chargé par le P. Général Oliva de prendre à ce sujet des informations au château de Xavier, trouva dans le Livre de raison (libro manual) de don Juan, frère de François, la date de naissance de ce dernier. C'était le 7 avril 1506. Voir Cros S. J., op. cûl., p. 132 et François Xavier, sa vie, ses leléres, t. I, p. 48. — Le même auteur montre d’après les documents que François n'arriva à Paris que vers la Saint-Rémi de l’année 1528.
3. Acta rectoria, 1526-1536. Bibl. nat., ms. lat. 9,952, fol. 77°. Nomina incipientium post licentias : « Dominus Franciscus de Xabier, Pampilon. »
4. « Il sert de beaucoup aux maîtres ès-arts, pour se perfectionner dans la grammaire, les humanités et les arts, de faire quelque temps office de régent. L'expérience a appris que l’on s'applaudit dans les villes d’avoir pour régents des maîtres ès-arts qui ont fait à Paris apprentissage de régence dans les collèges de l’Université » (Séaluts du collège du Mans, fondé en 1526, dans Félibien, t. III, preuves). Ces règlement du collège du Mans donnent uñe idée de la vie des écoliers à l’époque qui nous occupe.
5. Dialogue manuscrit du P. Emond Auger, cité par le P. Tournier dans les Ætudes, t. CIX, p. 657, 5 déc. 1906. — Auger, qui avait connu saint Ignace, met en scène plusieurs des premiers Pères de la Compagnie : Polanco, Palmio, des Freux. C’est Polanco qui raconte la résistance de Xavier à Ignace. Elle est confirmée par le premier historien de l’apôtre des Indes, Torsellini, entré dans la Ci° en 1562 (De vita S. Francisci, 1. I, ©. mn).
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.exhortations par des raiïlleries. Mais l’homme de Dieu « qui s’entendait à faire toute vive l'anatomie d'une âme! » ne se rebuta de rien. Par d’aimables prévenances, quelques louanges délicates, un zèle discret à lui procurer des auditeurs, Ignace parvint à détruire ses préjugés, s’insinua peu à peu dans son affection. Le jeune professeur, touché de ces bons procédés, lui donna enfin sa confiance et le traita comme un ami. Il savait du reste que l’amour de la gloire et les rêves de l'ambition avaient autrefois fait palpiter le cœur de l’humble étudiant d'aujourd'hui, et en présence d’un changement si étonnant il se prit à penser que les choses de Dieu doivent être la source de sublimes aspirations. IL fut aussi très reconnaissant d’avoir été prévenu et détourné par Ignace des pièges que lui tendaient les beaux esprits du temps, désireux de l'attirer à leurs opinions avancées. 1l écrivit plus tard à son frère : « Sachez-le, señor, ç’a été pour moi une grâce insigne de Notre-Seigneur que j'aie connu Maître Iñigo... Je ne saurais de ma vie m'acquitter envers lui, tant je lui ai d'obligations. Que de fois en mes nécessités il m'a aidé de sa bourse et de ses amis! Mais je lui dois plus encore : c'est grâce à lui que je me suis éloigné de compagnies perverses. Encore inexpérimenté je n’en discernais pas le danger; mais à l'heure présente, les sentiments hérétiques de ces hommes ne sont plus un mystère à Paris, et je voudrais pour tout au monde ne les avoir jamais fréquentés. Ce service fût-il le seul, je ne sais quand j'en pourrai payer la dette au señor Maître Iñigo ; c’est lui, je le répète, qui m’a empêché de me livrer à des hommes dont les dehors paraissaient bons et qui avaient cependant, comme on l’a vu, le cœur rempli du venin de l'hérésie”?. »
Quand Ignace de Loyola trouva Xavier suffisamment préparé à entendre un salutaire avertissement, il fit retentir à son oreille cette parole évangélique capable de dissiper tous les rêves de l'orgueil : « Que sert à l’homme de gagner tout l'univers, s’il vient à perdre son âme? » Mais, toujours épris de la renommée littéraire et de la gloire mondaine, le futur apôtre des Indes résistait ; il s'attachait avec énergie à ce qu'il avait considéré jusque-là comme le but le plus noble et le plus élevé sur la terre. Ignace alors lui opposait la gloire de Dieu et le salut des hommes, et lui montrait le ciel, légitime objet de son ambition. Ce rappel fréquent d’une réalité austère finit par jeter le trouble dans cette
1, Ibid. — 2. Polanco, p. 49. Ribadeneira, I. IE, c. 1v. 3. Mon. Xaver., t. 1, p. 201. Cartas de S. Ignacio, t. 1, append. IE, n. 7.
âme bien faite. Le combat entre la nature et la grâce fut long, opiniâtre; mais qui peut résister à Dieu? Forcé de s’avouer vaincu, Xavier se rendit!. Cela fait, aucun homme peut-être ne se montra plus héroïque dans le sacrifice de lui-même et n’ouvrit plus largement son cœur aux influences de la grâce. Impatient d’achever l’œuvre commencée, Ignace aurait voulu lui donner aussitôt Les Exercices; mais Xavier ne pouvait interrompre ses cours du collège de Beauvais. Son saint ami se contenta de lui tracer une ligne de conduite pour la vie spirituelle, et le nouveau disciple fit en peu de temps de rapides progrès.
La conversion d’un homme ainsi en vue produisit une grande émotion dans son entourage. Un espagnol de basse naissance, que le jeune professeur avait comblé de bienfaits, craignit de perdre son propre soutien si celui-ci changeait ses habitudes contre une vie toute de pauvreté. Aveuglé de colère, il conçut l’abominable dessein de tuer Ignace. Dieu protégea miraculeusement son serviteur. Au moment où le misérable, armé d’un poignard, montait sans bruit les escaliers avec l'intention de surprendre sa victime, il entendit une voix menaçante lui crier : « Où vas-tu, malheureux, et que prétends-tu faire? » A ces mots il s'arrête, saisi d'épouvante, puis court se jeter tout tremblant aux pieds de celui qu'il voulait assassiner®.
Vers la même époque, le père de François Xavier songea à le rappeler en Espagne. Il communiqua sa pensée à sa fille, doña Madeleine, qui était abbesse du couvent de Sainte-Claire de Gandie, après avoir été dame d’honneur d'Isabelle la Catholique. Éclairée d’une lumière prophétique, la religieuse répondit à don Juan son père que, si la gloire de Dieu lui était chère, il devait laisser son fils à l'Université de Paris, quelque dépense qu'il fallüt faire, jusqu’à la fin de son cours de théologie; car, ajoutait-elle, « j'ai la certitude qu’il doit devenir un grand serviteur de Dieu et une colonne de l'Église ». Don Juan reçut comme un oracle du ciel la réponse de l’abbesse, qui jouissait d’une grande réputation de sainteté. Xavier put continuer à se préparer près d'Ignace à la sublime mission que le ciel lui réservait.
1. Nous ne pouvons fixer le temps où se décida la vocation de Xavier. Le P. Astrain suppose que ce fut vers 1532 ou 1533 (Histor. de la Comp., t. I, p. 72).
3. De actis S. Ignatii a Ribadeneira dans Mon. Ignat., s. 4, t. I, p. 344. Cf. Bartoli, t. [, p. 221. Ribadeneira en rapportant ce fait au séjour d'Ignace à Paris ne dit pas à quel moment précis il eut lieu. Nous avons suivi le récit de Bartoli qui donne le nom de ce jeune homme, Michel Navarro.
3. Processus de sanctitate et virtutibus S. F. Xaverii. — Voir Cros, François Xavier, documents nouveaux, p. 266, 267.
6. Autour du maitre, de Pierre Le Fèvre et de François Xavier vinrent, en 1533, se grouper deux jeunes espagnols doués des plus rares qualités de l'intelligence et du caractère : Jacques Lainez, du bourg d’Almazan en Castille, et Alphonse Salmeron, des environs de Tolède!. Le premier avait vingt et un ans, et le second dix-huit; tous les deux, déjà remarquables par l’ardeur au travail, le talent et la science, promettaient encore plus pour l’avenir. Lainez était maître ès arts depuis le 26 octobre 1532*; Salmeron possédait à fond les langues grecque et hébraïque.
L'Université d’Alcala, où ils avaient étudié la philosophie, était encore toute pleine du souvenir d’Ignace de Loyola, regardé par les uns comme un dangereux hérétique, par les autres comme un véritable saint. Avides de connaître celui dont la célébrité avait frappé leurs jeunes imaginations, ils résolurent de commencer leur théologie à l’Université de Paris. A leur arrivée dans cette ville, ils furent favorisés d’une heureuse rencontre. Lainez venait de s'arrêter dans une hôtellerie; « il était à peine descendu de cheval », quand un homme se présenta : c'était Ignace. La bonne grâce avec laquelle il accueillit ses compatriotes et leur donna les premiers renseignements, si précieux à des nouveaux venus, les touchat. Connaitre le serviteur de Dieu, apprécier son mérite et s'offrir à lui comme compagnons fut l'affaire de quelques jours; puis, sous sa direction, les deux jeunes gens firent les Exercices spirituels, à peu près en même temps que Pierre le Fèvre, c'est-à-dire vers la fin de l’année 1533. Lainez s’y appliqua avec tant de générosité qu'il passa les trois premiers jours dans un jeûne absolu; les quinze jours suivants, il se contenta d’un peu de pain et d’eau, sans rien retrancher de ses autres mortifications.
1. Le P. Louis Gonzalvès dans son Mémorial (Mon. Ign.,s. 4, t. I, p. 220) raconte qu'ayant un jour demandé au P. Ignace quels furent ses premiers compagnons après Le Fèvre, le saint répondit : « Lainez y Salmeron hicieron los Exercicos en el mismo tiempo, antes que Javier, porque léia artes; mas Javier era ya muy mas familiar en la Compañia. » D'où il faut conclure que Lainez et Salmeron suivirent immédiatement Xavier dans la Compagnie. (Cf. Polanco, p. 49.)
2. Alcala, Libro de Actos y grados, 1523-1544 (Arch. hist. nac. de Madrid) cité par Astrain, op. cil., p. 73. D'après ce document Lainez passa bachelier ès arts le 14 juin 1531, licencié le 15 octobre 1532, maître le 26 octobre de la même année, donc à 20 ans si la date de sa naissance (1512) donnée par Ribadeneira est exacte. Né dans une famille très chrétienne et aisée, Jacques avait étudié les lettres à Soria et à Sigüenza.
Salmeron était né le 8 septembre 1515; c’est la date indiquée par Ribadeneira et confirmée par les lettres testimoniales données à nos premiers Pères pour recevoir la prêtrise, le 27 avril 1537, où il est dit que Salmeron n'a pas encore vingt-deux ans (Aacia SS., t. VII Julii, De S. Ignatio, ? XXIV, n. 247, p. 467).
83. Ribadeneira, Vie et mort du P. Salmeron, à la suite de la Vie de Laïnez, p. 225, 226. Cf. Acta SS., 2 XVII, n. 167, p. 152.