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qui entraient par la Lorraine dans les états de Flandre. Un jour qu'ils étaient tombés au milieu d'un détachement de soldats, on les arrêta ; on les questionna sur leur état et le but de leur voyage : « Nous sommes, s'empressa de répondre un des deux français, des étudiants de l’Université de Paris, et nous allons en pèlerinage à Saint-Nicolas. » C'était une petite ville à trois lieues de Nancy par laquelle ils devaient nécessairement passer. On ne poussa pas plus loin Les investigations, fort heureusement, car ceux d’entre eux qui élaient espagnols auraient été retenus prisonniers !.
Parvenus en Allemagne, dans une contrée tout infestée par l'hérésie, ils ne perdirent pas l’occasion qui s'offrait de défendre la vraie foi. Leur zèle ranimait les catholiques et mettait en fureur les partisans de Luther. A Bâle où ils arrivèrent « brisés de fatigue ?» et se reposèrent pendant trois jours, des prédicants ; vinrent les provoquer à une conférence contradictoire: ils accepièrent sans crainte le défi : la promptitude et la solidité de leurs réponses firent bientôt regretter aux adversaires une dispute qui fut tout à l'honneur de la religion catholique. De Bâle ils se dirigèrent vers Constance. A cinq lieues de cette ville, dans un bourg où ils s'étaient arrêtés, ils furent remarqués par le pasteur, curé apostat, très versé dans Les nouvelles doctrines, qui réunit aussitôt les fortes têtes du lieu et se présenta, ainsi escorté, à ces papistes sur lesquels il comptait remporter une victoire facile. La discussion dura plusieurs heures et, comme le temps du souper était venu, notre homme leur cita, en les arrangeant, ces vers de Virgile :
« Jan nox humida coelo Praecipilat, suadentque cadentia sidera coenam.
«Mangeons d'abord, ajouta-t-il, nous disputerons ensuite, et Je vous montrerai mes livres et mes enfants, Æbros et liberos. » Puis il les invita à venir s'asseoir à sa table de famille ; eux acceptèrent la trêve, mais non l'invitation, et se contentèrent d’un frugal repas. Après quoi la controverse reprit avec une plus belle ardeur et tourna à la confusion de l’apostat : « Je n’ai rien à répondre, » s'écria-t-il. — « Alors, lui répliqua l’un des voyageurs, comment suivez-vous des opinions que vous ne pouvez défendre? » Outré de ce reproche, le ministre éclata en fureur : « Demain matin, leur dit-il, je vous ferai mettre en prison, et vous verrez si je sais défendre mon parti. » Et il s’en alla sur cette menace.
1. Polanco, p. 54, 55. Rodriguez, De origine, p. 22, Ribadeneira, 1. II, ch. vu. 2. Rodriguez, p. 28.
Le lendemain les voyageurs quittaient Constance. À un mille de la bourgade voisine, ils rencontrèrent, au seuil d’un hôpital, une pauvre vieille qui, à leur vue, accourut précipitamment, des larmes de joie dans les yeux. Elle s’approcha d'eux avec respect, baisa leurs chapelets et essaya de leur expliquer en allemand le motif de son bonheur. Ils devinaient à peu près son langage, quand elle leur fit signe d'attendre un peu; elle courut alors à sa maison d’où elle rapporta dans ses bras une quantité de croix, de statuettes et chapelets brisés par les hérétiques. Les voyageurs ayant tout compris, s'agenouillèrent sur la neige, en signe de réparation, et vénérèrent ces précieuses reliques avec elle.
Dans la petite ville, où ils entrèrent ensuite, ils eurent encore à discuter avec les ministres. Quand ils voulurent tirer leurs arguments de la Sainte Écriture, ces luthériens récusèrent leurs citations et leur ouvrirent des bibles, traduites en allemand, dont le texte était tantôt faussé, tantôt indignement tronqué. Les athlètes de la foi savaient le peu de fruit qu'ils devaient attendre de semblables controverses; ils s’y prêtaient cependant, afin de venger la vérité de la religion et d'éviter le scandale qu'aurait causé leur silence !.
3. Le 8 janvier 1537?, après plus de cinquante jours de voyage, nos pèlerins arrivèrent à Venise, où Ignace se trouvait déjà depuis l'année 1535. Dans les tendres embrassements de celui qu'ils aimaient et vénéraient comme un père, ils oublièrent toutes leurs fatigues et souffrances. Une fois réunis, le maître et les disciples songèrent d’abord à partir pour Rome, afin d'obtenir du Souverain Pontife, avec sa bénédiction paternelle, l’autorisation d’aller à Jérusalem et d'y annoncer l'Évangile, sans que pêrsonne eût le droit de Les en empêcher. Mais, l'hiver faisant encore sentir ses rigueurs, ils remirent ce nouveau voyage à une meilleure saison. En attendant, ils se partagèrent les deux grands hôpitaux de la ville, celui de Saint-Jean et Saint-Paul, et celui des Incurables, où ils se dévouèrent avec amour au service des malades, préludant ainsi aux expérimenis* et aux œuvres de miséricorde que la Compagnie devait imposer un jour à tous les siens. Ils vécurent de la sorte jusqu'à la mi-carême, époque à laquelle tous prirent le chemin de Rome, à l'exception d’Ignace de