‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 59 sur 457 · C’est le nom donné à différentes épreuves du noviciat · texte numérisé non relu

C’est le nom donné à différentes épreuves du noviciat

Loyola. Une sage prudence l’avait retenu; il craignait dé compromettre par sa présence l’heureuse issue de leurs projets. Il connaissait, en effet, les dispositions peu favorables à son égard du cardinal Caraffa et du docteur Ortiz, personnages très puissants à la cour pontificale : au premier il avait déplu par quelques conseils qu'il s'était permis de lui donner, avant son élévation au cardinalat, touchant sa perfection propre et le gouvernement des Théatins !; du second, il avait reçu à Paris des preuves évidentes d'hostilité. La suite des événements montra que les craintes d’Ignace n'étaient pas tout à fait sans fondement. Le cardinal Pierre Caraffa, sous l'inspiration d’un zèle sans doute mal éclairé, fit aux voyageurs une forte opposition; par contre, le docteur Ortiz les accueillit avec la plus grande bienveillance.

Ce savant casuiste était venu à Rome, chargé par Charles- Quint de défendre les intérêts de Catherine d'Aragon, tante de l'empereur, indignement répudiée par Henri VIIL. Il avait, depuis longtemps, déposé ses préjugés contre Ignace dont il avait reconnu la sainteté. En sa considération il voulut introduire luimême ses disciples auprès du Saint-Père, auquel il fit d’abord le plus beléloge de leurs talents et de leurs vertus?. Paul IL, pontife pieux et savant, occupait alors le Saint-Siège; il aimait à écouter, pendant ses repas, des discussions sur des matières de doctrine. Il voulut, une fois, entendre les compagnons d’Ignace disputer devant lui avec d’autres théologiens romains. Leur savoir et leur dialectique le ravirent. Quand il se leva de table, ils s'agenouillèrent pour lui baiser les pieds, et lui, étendant les bras comme pour les presser tous sur son cœur, leur dit avec une bonté toute paternelle : « Je suis vraiment heureux de trouver tant de science unie à tant d'humilité; si vous avez besoin de mon appui en quoi que ce soit, je vous l’accorderai volontiers. » Ils lui demandèrent sa bénédiction et l’autorisation de se rendre en Terre Sainte : « Je vous le permets de tout cœur, dit-il en les bénissant, mais je ne crois pas que vous parveniez à Jérusalem ?. » Le Pape parlait ainsi parce qu'il venait de conclure avec l’empe-

1. « Nuestro Padre le dio algunos avisos tocantes al tralo de sua persona y al buen gobernio de su religion » (Ribadeneira : Persecuciones de la Comp., ms. cité dans les Mon. Ign., S. 1, t. I, p. 114, note). Cf. Polanco, Chronicon, I, 56 : « Eum ex charitate prudenter admonuerat, sed non admodum libenter quae suggessisset audita fuerunt. »

2. Polanco, p. 57, 58. Acta P. Ignatii, n.73. De origine, p. 48. Les historiens contemporains constatent, sans en dire les raisons, cette transformation d’Ortiz qui devint l’un des plus grands bienfaiteurs de la Compagnie.

3. Ces paroles et cette scène sont rapportées par un témoin, le P. Simon Rodriguez (De origine Soc. Jesu, p. 48, 49).

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