Acta P. Ignatii, n. 93. Polanco, p
2. Titulus ordinum Ignalii et soc. (Mon. Ign., s.4,t. I, p. 543). 3. Rodriguez, De origine, p. 50. Epistola Laïnii (Mon. 1gn., s. 4, t. I, p. 117). 4. Testimonium de innocentia Ignatii (Mon. Ign., s. 4, t. 1, p. 624). Cf. Polanco, Vita Ignali, p. 59.
5. Lettre du 2 fév. 1539 aux Seigneurs de Loyola (Mon. Ign., 8. 1, t. I, p. 147). COMPAGNIE DE JÉSUS. — T. I. b
fût permis de passer en Syrie. Bien qu’ils n’eussent pas encore perdu tout espoir, ils se réunirent à Vicence, dans la petite maison en ruine où Ignace s'était reiré !, afin de s'entendre sur les occupations auxquelles il était à propos de se livrer pour le moment. Ils convinrent alors de se disperser dans les villes d’Italie pourvues d'Universités, d’y exercer encore quelque temps les fonctions du saint ministère, et d’y recruter, s’il était possible, de nouveaux associés. Il fut décidé que « maitre Ignace, maitre Lainez et maître Le Fèvre iraient à Rome; maitre Paschase et maître Salmeron à Sienne; maître Francois Xavier et maître Bobadilla à Bologne; maitre Claude Le Jay et maitre Simon Rodriguez à Ferrare; le bachelier Hozès avec Jean Codure à Padoue ? ».
Un autre point restait à traiter. On leur avait souvent démandé quels étaient leur nom et leur profession; il importait que tous donnassent la même réponse. Ils prièrent et réfléchirent pour savoir la volonté de Dieu à ce sujet. Mais il n'y eut pas longue discussion : « Considérant qu'ils n'avaient d'autre chef que Jésus- Christ que seul ils voulaient servir, il leur sembla qu'ils devaient prendre le nom de ce chef, et que leur association devait s’ap-
peler Compagnie de Jésus? ».
5. Au mois d'octobre‘ 1537, Ignace partit pour Rome avec Pierre Le Fèvre et Jacques Lainez. Il eut pendant la route une extase mémorable, constatée dans les actes du procès de béatification, et qu'on regarde à bon droit comme une confirmation divine du nom de Jésus qui venait d’être choisi par la petite société naissante. À six milles environ de la ville de Rome, au
1. C'était dans un couvent abandonné, San Pietro in Vanello, vieille bâtisse sans portes ni fenêtres.
2. Epist. Lainii (Mon. Ign., s. 4, t. I, p. 118). — Jacques de Hozès, né à Malaga, avait connu Ignace à Venise, en 1536, pendant que celui-ci attendait ses compagnons. La première fois qu'il fit les Exercices, troublé par les faux bruits répandus sur ce livre et sa doctrine, il s’était muni d’une quantité de livres de théologie pour avoir sous la main de quoi réfuter l'erreur. Mais ses craintes s'évanouirent bientôt et il s'attacha à Ignace pour toujours. Il partagea les travaux dé ses compagnons en 1537. Tombé malade, par suite des fatigues éprouvées dans le ministère apostolique avec Codure, à Padoue, il mourut en 1538, la Compagnie n'étant pas encore constituée. (Cf. Astrain, op. cût., I, p. 202).
3. Polanco, Vita Ignatii, p. 72, 73. Polanco. dit textuellement que cette décision fut prise avant le départ d’Ignace, Lainez et Le Fèvre pour Rome (Jbid., p. 72).
4. Cette date est donnée par le P. Le Fèvre dans son Mémorial (p. 15) : « Ivimusque eo (Romam)... erat autem mensis octobris. » C’est pourquoi Ignace pouvait écrire à Élisabeth Roser le 19 déc. 1538 : « Il y à plus d’un an que trois d’entre nous nous arrivâmes ici, à Rome » (Mon. Ign., 8. 1,t, [, p. 138),
village de la Storta!, se trouvait une petite chapelle solitaire. Ignace y entra pour prier. « Bientôt, avoua-t-1l plus tard luimême au P. Gonzalvès, je me sentis ému et transformé, et je reconnus, à n'en pouvoir douter, que Dieu le Père m'associait à son Fils?. » Gonzalvès lui ayant fait remarquer qu'il ne disait rien de plusieurs détails racontés par Lainez : — « Tenez pour certain, répondit-il, tout ce que Laïinez vous à dit, car Je ne me rappelle pas très bien aujourd’hui toutes les circonstances. Je suis sûr seulement qu'en lui rapportant le fait je ne lui ai rien dit qui ne fût vrai*. »
IL nous faut donc recourir à Laïinez pour avoir un récit complet de cette apparition importante. Devenu Général de la Compagnie après saint Ignace, il la raconta ainsi dans une exhortation donnée aux Pères et Frères de Rome, le 2 juillet 1560 « Nous nous dirigions vers Rome par la route de Sienne, Père maitre Ignace, Père maître Le Fèvre et moi. En ce temps-là le Père Ignace était plus que jamais favorisé de sentiments spirituels et de dons célestes, particulièrement quand dans la communion il recevait Notre-Seigneur au Saint-Sacrement. Le Fèvre et moi disions alors la messe, mais lui pas encore. Parvenus à un certain endroit de la route, il me dit que Dieu lui avait profondément imprimé au cœur ces paroles : « Je vous serai propice à Rome*», dont il n’entendait pas encore toute la signification [ne sachant au juste quelles épreuves il aurait à traverser pour accomplir la volonté divine]. « J'ignore, nous dit-il, ce qu’il en sera de nous. Qui sait? peut-être serons-nous mis en croix? » Puis il ajouta qu'il lui avait semblé voir Notre-Seigneur avec une pesante croix sur les épaules, et près de lui le Père Éternel qui lui disait : « Je veux, mon Fils, que tu prennes celui-là pour ton serviteur. » Et Jésus pressant Ignace contre lui-même et contre sa croix, lui dit : « Oui, je veux que tu sois mon serviteur *. »