‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 62 sur 457 · Acta P. Ignatii, n · texte numérisé non relu

Acta P. Ignatii, n

4. Le bréviaire ambrosien de l’église de Milan contient une lecon de l'office de saint Ignace où on lit : « Jesum sibi patrocinium illis verbis spondentem prope Urbem audivit : Ego vobis Romae propilius ero. »

5. De actis S. Ignatii a Ribadeneira (Mon. Ignat., s. 4, t. I, p. 378). Dans sa Vie de saint Ignace Ribadeneira insinue que le nom de Jésus fut donné à la Compagnie en conséquence de cette vision; mais nous avons vu plus haut que les Pères avaient

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6. Arrivés dans la ville éternelle, Ignace, Le Fèvre et Lainez allèrent aussitôt s'offrir au Souverain Pontife. Paul III agréa leurs services avec les témoignages de la plus affectueuse bonté. Il nomma Le Fèvre et Lainez, qu'il connaissait déjà avantageusement, professeurs à l’Université de la Sapience, le premier d'Écriture Sainte, le second de théologie scolastique. Ignace, appliqué au bien des âmes, s'occupa uniquement de donner les Exercices spirituels à Rome et hors de la ville. Pendant ce temps, ses compagnons dispersés en Italie faisaient apprécier leur zèle et leur science dans des travaux apostoliques que nous n’avons pas à raconter. La fin de l’année 1537 et les premiers mois de 1538 se passèrent ainsi. La guerre avait bien cessé et la mer était devenue libre, mais seulement après le terme fixé par le vœu de Montmartre. Dieu faisait ainsi comprendre à ses serviteurs que le pèlerinage de Jérusalem n'était point sa volonté. Il ne leur restait plus qu'à entrer dans la voie tracée par la Providence.

Durant le carème 1538, Ignace rappela près de lui, à Rome, tous les siens. Une fois rassemblés, leur première détermination fut de demander, pour ceux qui ne l'avaient pas encore, la permission de prècher et de confesser. En l’absence du Pape, alors à Nice, son légat, le cardinal Jean-Vincent Caraffa, leur octroya les pouvoirs les plus étendus. Ils se partagèrent alors les différentes églises !. Ils prêchaient presque tous en italien, ce qui leur valait quelques humiliations; mais le succès spirituel n’était pas moindre. Les maitres d'écoles amenaient les enfants à leurs catéchismes ; les adultes, touchés de leurs exhortations, se mettaient à la pratique de la confession et de la communion fréquente. Ignace, qui prêchait en espagnol à l’église Sainte-Marie de Mont- Serrat, attirait autour de sa chaire beaucoup d'hommes de valeur qui le $uivaient avec assiduité. Le docteur Ortiz se vantera plus tard de n'avoir perdu alors aucun de ses sermons, et un autre théologien, le docteur Arce, disait n'avoir jamais entendu personne prêcher avec autant de vigueur que lui : « Il parlait, ajoutait-il, velut potestatem habens?. » Cette petite société d'hommes apostoliques commençait à être connue; elle jouissait en paix des fruits de salut produits dans les âmes et se préparait à récolter

choisi ce nom à Vicence avant de se répandre dans les Universités d'Italie. La vision de la Storta ne fit que les confirmer dans leur décision.

1. Ils allèrent aussi évangéliser divers monastères et hôpitaux (£pist. Lainii. Mon. 1gn., s. 4, t. I, p. 120).

2. Polanco, p. 63, 64, 67. Mon. Ignat., ser. 4, t. 1, p.449, 420, 548.

des moissons nouvelles, lorsque s’éleva contre elle un violent orage, qui menaca de ruiner de si belles espérances. Ignace de Loyola a raconté lui-même cette rude épreuve dans une longue lettre à Élisabeth Roser, datée du 19 décembre 1538 : « Pendant huit mois entiers, dit-il, nous avons eu à soutenir la plus terrible persécution que nous ayons jamais soufferte en cette vie. Je ne veux pas dire qu'on nous ait personnellement inquiétés ou traduits devant les tribunaux; mais, par les bruits semés dans le public, par des accusations inouïes, on nous avait rendus suspects et odieux aux fidèles, à leur grand scandale. Nous avons donc été forcés de nous présenter devant le Légat et le gouverneur de Rome, le Pape étant parti pour Nice, afin de dissiper la fâcheuse impression faite sur l'esprit d’un grand nombre. Nous avons cité plusieurs de ceux qui s'étaient déclarés contre nous, les sommant de dire, devant qui de droit, ce qu’ils avaient à reprendre dans notre enseignement et dans notre conduite... »

Après avoir rapporté toutes les péripéties de cette affaire et comment une sentence solennelle fut rendue, le 18 novembre 1538, au nom du Saint-Père, grâce au concours providentiel de graves témoins, venus inopinément d'Espagne, de Paris et de Venise, Ignace ajoute : « Maintenant que nous avons un jugement -en notre faveur, nous espérons étendre encore nos prédications et nos catéchismes. Quoique le terrain soit sec et stérile et que nous rencontrions tant de contradictions, nous ne pouvons dire cependant que le travail nous manque et que Dieu Notre-Seigneur ne nous ait pas protégés au delà de notre attente. Je ne veux pas entrer ici dans Le détail des choses. Je ne puis, cependant, vous taire que quatre ou cinq compagnons ont résolu de se joindre à nous et persévèrent depuis plusieurs mois dans ce dessein; nous ne pouvons les recevoir, car on nous a reproché, entre autres choses, de vouloir fonder un Ordre sans l'autorisation du Saint- Siège. Si nous ne vivons pas encore en communauté, nous sommes néanmoins unis de cœur dans le même projet d'avenir que Dieu Notre-Seigneur, nous l’espérons, réalisera bientôt, puisqu’il est tout pour son service et sa gloire!. »

Dans la sentence favorable prononcée par le gouverneur de Rome, Benoit Conversini, il est déclaré « qu'Ignace et ses compagnons non seulement n’ont encouru ni de droit ni de fait, par suite des dénonciations, aucune note d’infamie, mais qu'ils en

1. Lettre du 19 déc. 1538 (Mon. Ignat., 8. 1,t. 1, p. 137-144).

ont retiré pour la pureté de leur doctrine et de leur vie un brillant éclat! ». Les calomniateurs restèrent impunis. D'ailleurs, Jgnace de Loyola n'avait point recherché leur condamnation: il avait uniquement revendiqué, pour l'honneur même de Dieu, une attestation de son innocence et de celle de ses compagnons : « Qu'on nous traite, écrit-il à Pierre Contarini, d'hommes ignorants, grossiers, sans éloquence, qu’on dise de nous que nous sommes méchants, moqueurs, inconstants : nous n’en ferons guère cas, Dieu aidant. Mais qu'on prétende que notre doctrine est erronée et notre vie mauvaise, voilà ce qui nous afflige; car ces biens ne sont pas à nous, mais à Jésus-Christ et à son Église?. »

Quant au reproche fait à Ignace et aux siens de vouloir fonder un Ordre nouveau, pour en comprendre la portée, il faut savoir qu'à la cour de Rome un mouvement de réforme se dessinait alors, qui ne tendait à rien moins qu’à la suppression momentanée d’un bon nombre d’instituts religieux.

Paul I avait établi, depuis peu, une commission composée de quatre cardinaux et de cinq prélats ou abbésë, à l'effet de rechercher et de détruire les abus qui s'étaient glissés dans l'Église et spécialement dans le clergé. Celle-ci fit un rapport, où après avoir dénoncé les défauts du clergé séculier, exposé leur cause et leurs remèdes, elle se plaignit des couvents d'hommes «la plupart tellement relâchés qu’ils étaient devenus un scandale pour les fidèles », Elle proposait de laisser s’éteindre peu à peu « tous les ordres conventuels par l'interdiction de recevoir des novices » et par « le renvoi de tous les jeunes gens qui n’avaient pas encore fait profession »; de la sorte, les monastères seraient bientôt supprimés « sans porter préjudice à personne », et l’on

1. Sententia vicarii urbis (Mon. Ignat., s. 4, t. 1, p. 627).

2. Lettre du 2 déc. 1538 (Mon. Ignat., s. 1, t. I, p. 134, 135).

3. Les cardinaux étaient Contarini, Sadolet, Caraffa et Polus. Les cinq prélats : Frégosi, archev. de Salernes; Jérôme Alexandro, archev. de Brindes; Giberti, évêque de Vérone; Cortesi, abbé de Saint-Georges; Thomas Badia, dominicain et maître du Sacré Palais.

4. « Conventuales ordines abolendos esse putamus omnes, non tamen ut alicui fiat injuria, sed prohibendo ne novos possint admittere. Sic enim, sine ullius injuria, cito delerentur et boni religiosi eis substitui possint. Nunc vero putamus optimum fore si omnes pueri, qui non sunt professi, ab eorum monasteriis repellerentur » (Consilium delectorum cardinalium et aliorum prælatorum de emendanda Ecclesia. S. D. N. Paulo III jubente, conscriptum et exhibitum anno MDXXX VIII, dans Le Plat, Monumentorum ad hist. conc. Trident… collectio. t. I, p. 601). Ce document fut publié d’abord par Sturm en 1538; on le trouve dans divers ouvrages. Les archives Vaticanes en possèdent une copie (Varia Politicorum, XXVII, fol. 117-139). Le Plat nous avertit que son texte reproduit l'édition de 1538.

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pourrait ensuite songer aux moyens de les reconstituer avec des sujets mieux formés. Ce projet parut au Pape à la fois violent et inutile. Animé du même esprit qui suscita alors des réformateurs tels que Thérèse de Jésus et Pierre d'Alcantara, 1l ne crut pas devoir souscrire à l'avis de la commission. Mais, malgré cette décision de Paul INT, il est aisé de voir combien le moment était peu favorable pour présenter et faire agréer une fondation nouvelle.

7. C'était néanmoins en de telles circonstances que Dieu allait amener Ignace et ses compagnons à demander à l’Église de reconnaître et d'approuver leur petite Société. En se réunissant à Rome au printemps de 1538, ils n'avaient d’abord songé qu'à remplir la seconde partie de leurs vœux : travailler au bien spirituel des âmes suivant le bon plaisir du Souverain Pontife. « Mais, raconte Le P. Polanco, quand ils virent une vaste carrière ouverte devant eux, soit dans les villes et provinces d'Italie, soit même au dehors, parce que la bonne édification qu'ils avaient donnée à Rome faisait désirer leur concours à beaucoup de gens auxquels le pape voulait être agréable, la pensée leur vint à tous! que la volonté de Dieu était qu’ils formassent une société perpétuelle qui, leur survivant, continuerait après leur mort à servir Dieu dans les mêmes ministères, et s'accroîtrait de tous ceux que Notre-Seigneur appellerait au même genre de vie. Venus de nations diverses, mais étroitement unis par un même esprit et une mème vocation, ils résolurent, âvant de se séparer pour l’apostolat, de fixer la règle de conduite qu'ils entendaient suivre désormais. Et, comme sur ce point les avis furent d’abord partagés, ils décidèrent unanimement de vaquer avant tout à la prière, d'offrir le saint sacrifice de la messe et de se livrer chacun en particulier à de sérieuses considérations afin de mieux

1. Il est évident par le contexte que cette pensée leur vint alors pour la première fois. Polanco dit, en effet, quelques lignes plus haut : « Cum Romae hoc anno 1548... mostri convenerunt, nondum in animo proposuerant congregationem aliquam perpetuam seu religionem instituere » (p. 69, 70). D'ailleurs nous avons sur ce point, parfois contesté, le témoignage de saint Ignace lui-même.fLe 29 juillet 1553, au sujet d’une notice historique sur l'origine de la Compagnie, son secrétaire écrivant de sa part au P. François Palmio lui recommandait la brièveté et lui disait : « V. R. potria agiongiere come li primi, che congrego in Parigi N. P. Ignatio, et lui non pasorno in Italia per far religione, ma per passar in Hierusalem et predicar et morir fra infideli; ma dopoi, non potendo passare..….. all’hora trattorno di far un corpo (Mon. Ignat., 8. 1, t. V, p. 259, 260). Cf. Analectla Bollandiana, 1908, t. XXVIL/Manrèse et les origines de la Compagnie de Jésus. L'auteur de cet article, le P. Van Ortroy, semble avoir dit le dernier mot sur celle question controversée.

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connaitre la volonté de Dieu. Ils avaient le ferme espoir que, s'ils employaient de leur côté toute diligence, le Seigneur ne manquerait pas de leur inspirer les desseins les plus utiles à son honneur et Les plus agréables à sa divine majestét, »

Après la prière, ils en vinrent aux délibérations. Ils y consacrèrent plusieurs heures chaque nuit, afin de ne rien retrancher à leurs journées tout absorbées par le service du prochain. Ces conférences durèrent trois mois, ainsi que le porte, écrit de la main du P. Codure, Le procès-verbal des séances?. Chaque point à fixer devait passer par trois degrés : l'étude, la discussion et le vote. Lorsque l’objet à étudier avait été proposé, chacun se retirait, se mettait seul en présence de Dieu et considérait la question comme une chose à laquelle il était entièrement étranger, afin qu'affranchi de l'intérêt propre il püt choisir le parti le meilleur. Dans la crainte que le respect du sentiment d'autrui ne prévalüt sur le jugement de la raison, personne ne communiquait aux autres Le fruit de ses réflexions privées. Pendant les conférences, chacun émettait librement son avis et le livrait à la discussion commune; cet avis, débattu à fond, n’était mis aux voix et adopté que lorsqu'il ne rencontrait plus d'opposition. Les propositions d’Ignace étaient soumises comme les autres à l’examen; elles rallièrent toujours l’unanimité des suffrages, une seule fois exceptée, comme nous le dirons plus loin.

Dans la première réunion ils examinèrent si, au cas où le Pape les enverrait en différents pays, même hors de l’Europe, chacun resterait son maitre et sans rapports avec les autres, ou bien si, quoique dispersés, ils formeraient une même société. La question fut résolue à l’unanimité dans ce dernier sens; car, bien que différant de langage, de mœurs, de conditions, ils avaient toutes les raisons du monde de ne jamais séparer ce que la main de Dieu avait miraculeusement uni. Ce parfait accord leur parut l'arme la plus puissante pour opérer de grandes choses et pour résister à toutes les adversités. A cette première décision, comme à toutes les autres, ils ajoutèrent cependant cette clause : autant que cela s'accorde avec la volonté de Dieu et les intentions du Saint-Siège ?.

On examina, dans les réunions suivantes, une seconde question intimement liée avec la première : quelle serait la forme de

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