Polanco, Vila P. Ignatii, p
2. «1539, en tres meses il modo de ordenarse la Compañia » (Const. lat. et hisp.., append. [*, n. 1). Cf. Rodriguez, De origine, p. 76.
3. Const. SJ. lat. el hisp., appendix L*, n. 1, p. 298. — Polanco, Vila P. Ignatii, p. 70.
gouvernement de la société? Aux vœux de pauvreté et de chasteté qu'ils avaient faits à Venise, en présence du légat apostolique, devaient-ils ajouter le vœu d’obéissance et par là faire de leur Compagnie un nouvel Ordre religieux? Ils hésitèrent longtemps. Après une discussion, qui dura plusieurs séances, ils ne savaient encore à quoi se résoudre. Ignace s’abstint d'intervenir avec autorité. On eut alors recours au moyen prescrit par les Exercices sous le nom d’élection : les yeux fixés sur le but à atteindre, la plus grande gloire de Dieu, on pesa les raisons pour et les raisons contre la subordination à un chef unique. Les inconvénients qui pouvaient résulter du vœu d’obéissance furent d’abord examinés. Trois surtout parurent dignes de considération : le premier, que l'opinion publique étant peu favorable aux Ordres existants, cette défaveur s’attacherait nécessairement à tout Ordre nouveau; le second, que le vœu d’obéissance éloignerait de la Compagnie beaucoup de personnes qui autrement s’y seraient rattachées; le troisième, que le Pape, dont l'approbation était nécessaire, pourrait la refuser et renvoyer aux Ordres religieux qui existaient déjà en si grand nombre. Dans une autre conférence, ce furent au contraire les avantages de l’obéissance qui se présentèrent à la discussion : parmi les Ordres existants aucun ne semblait répondre aux besoins de l’époque; le Pape se montrerait donc probablement plus disposé à approuver une société destinée à combattre les erreurs actuelles; ensuite, les missions, auxquelles Ignace et ses compagnons devaient se consacrer, porteraient plus de fruits s'ils étaient unis par les liens de la vie religieuse; en troisième lieu, le vœu d’obéissance, dût-il éloigner plusieurs de la Compagnie, lui attirerait, en bien plus grand nombre, tous ceux qui regarderaient comme un bienfait la dépendance entière du Souverain Pontife: enfin, sans ce vœu, la décision qu’ils avaient prise de vivre en société serait inexécutable, aucune société ne pouvant subsister longtemps en dehors du principe d'autorité. Après avoir poursuivi ces discussions pendant plusieurs nuits et épuisé toutes les raisons que l’on put alléguer, il fut conclu à l'unanimité que l’on ajouterait aux autres vœux celui d’obéissance, le plus excellent de tous, afin d’imiter plus parfaitement Jésus-Christ Notre-Seigneur, lequel « se fit obéissant jusqu'à la mort, et jusqu’à la mort de la croix! ». La formule de résolution touchant le vœu d’obéissance, écrite de la main de Le Fèvre, fut
1. La délibération sur le vœu d’obéissance se voyait autrefois dans la chambre de saint Ignace au Gesu (Const. lat. et hisp., p. 298).
acceptée de tous, et chacun la signa après l'avoir lue à la sainte messe, avant la communion. Elle était ainsi conçue : « Je, soussigné, déclare devant Dieu tout-puissant, la Bienheureuse Vierge Marie et toute la cour céleste, qu'après avoir prié et mürement réfléchi, j'ai jugé de mon plein gré, comme plus expédient à la gloire de Dieu et au maintien de la Compagnie, qu’on y ferait le vœu d’obéissance. Je déclare aussi que je me suis librement offert, — Sans vœu toutefois ni promesse, — à entrer dans ladite Compagnie, si elle était approuvée par notre seigneur le Pape. En mémoire de quoi, reconnaissant que cette décision est un don de Dieu, je me suis approché, quoique très indigne, de la sainte communion, toujours avec le même dessein. Ce mardi 15 avril 15391, »
Outre les deux points dont nous venons de parler, Ignace et ses compagnons adoptèrent plusieurs autres résolutions touchant le but et le développement de la société?. Le # mai, il fut décidé à l'unanimité que quiconque voudrait entrer désormais dans la Compagnie de Jésus ferait au Pape, dans la personne du Supérieur, un vœu spécial d’obéissance, prêt à se rendre en n'importe quel pays, chrétien ou infidèle, désigné par le Vicaire de Jésus- Christ, Il fut réglé de plus que chaque membre enseignerait publiquement la doctrine chrétienne aux enfants pendant quarante Jours chaque année. L'assemblée, ayant voulu rendre cet enseignement obligatoire par un vœu, dut y renoncer devant les réclamations de Bobadilla. Par déférence pour sa personne, on accorda que cet exercice serait imposé seulement comme les autres ministères de la Compagnie. Cependant, afin d'empêcher qu’à l'avenir l'opposition d’un seul membre püût prévaloir contre l'avis de tous les autres, on convint que, si pareil cas se présentait, Le vote de l'opposant serait tenu pour nul et non avenu.
Il fut également établi que ceux qui demanderaient à être admis dans l'Ordre feraient un noviciat et seraient soumis à d’autres épreuves, comme les Exercices spirituels, les pèlerinages et le service des hôpitaux. La veille de l’octave de la Fête-Dieu, on arrêta que la Compagnie élirait pour la gouverner un supérieur général nommé à vie. Enfin, on décida que dans le cas où ses membres seraient dispersés en diverses contrées, les résolutions relatives aux intérêts de tout le corps seraient prises, à la majo-
1. L'original de cette formule est conservé dans la Compagnie; nous en possédons une reproduction photographique.
2. Const. lat. el hisp., app. I, n. 2. Polanco, Vita P..Ignatii, p. 71.
rité des voix, par ceux qui résideraient en Italie; à cet effet ils seraient appelés à Rome ou devraient y envoyer leur suffrage”.
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8. Lorsque furent achevées les délibérations, Ignace de Loyola les résama en une formule d'Institut, comprenant cinq articles, qu'il fit présenter à l'approbation du Saint-Siège par les mains du cardinal Gaspard Contarini, oncle de Pierre Contarini un de ses amis de Venise. Le Pape en confia aussitôt l'examen au maitre du Sacré Palais, le dominicain Thomas Badia, depuis cardinal du titre de Saint-Silvestre. Celui-ci la garda deux mois, pour l’étudier plus à loisir, et la remit ensuite avec son plein consentement au Souverain Pontife. Paul II, qui était alors à Tivoli, voulut en prendre lui-même connaissance. On rapporte qu'après l'avoir entendu lire, il dit en faisant le signe de la croix et donnant sa bénédiction : Benedicimus, laudamus et approbamus. Cette approbation de vive voix eut lieu Le 3 septembre 1539. Le même jour, le cardinal Contarini transmit la bonne nouvelle à Ignace en lui exprimant toute la satisfaction du Saint-Père? : « Je reçus hier, lui écrivit-il, par notre espagnol Marc-Antoine, votre projet de règle, avec une lettre du maitre du Sacré Palais. Je me suis rendu aujourd’hui chez le Pape, et après lui avoir exposé verbalement votre demande, j'ai lu à Sa Sainteté les cinq chapitres dont il s’est montré très satisfait et qu'il a daigné approuver et confirmer. Nous reviendrons vendredi à Rome avec Sa Sainteté, et alors le Révérendissime Ghinuccio recevra l’ordre de rédiger le Bref ou la Bulle. »
Paul III était sans doute très disposé à donner cette sanction suprême, mais auparavant il désira prendre l’avis de trois cardinaux parmi lesquels se trouvait Barthélemy Guidiccioni de Lucques. Habile canoniste et d’une vie irréprochable, ce cardinal sollicitait depuis longtemps une réforme des Ordres religieux et se montrait opposé à toute institution nouvelle. La considération dont il jouissait lui donnant sur ses deux collègues une incontestable supériorité, on ne pouvait guère espérer de la commission un avis favorable. Guidiccioni, en possession de la formule, ne voulut pas même la lire, protesta énergiquement * contre la