‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 64 sur 457 · Polanco, p. 72. Rodriguez, De origine, p · texte numérisé non relu

Polanco, p. 72. Rodriguez, De origine, p

fondation. d'un nouvel Ordre et entraina dans son opposition obstinée les deux autres cardinaux.

Sans trouble ni découragement, Ignace et ses disciples eurent recours à Celui qui tient les cœurs des hommes en sa main. Ils promirent de faire célébrer trois mille messes, si l’on recevait la faveur ardemment sollicitée !. Leur généreuse constance dans la prière finit par triompher. Le cardinal Guidiccioni, tout prévenu qu'il était d’abord contre le projet, se trouva subitement. Il demanda lui-même le plan de l’Institut, le lut avec attention et l’approuva sans réserve. Tout en affirmant qu'il persistait dans son avis de ne pas introduire de nouveaux Ordres dans l'Église, il réclamait une exception en faveur de celui d'Ignace « J’éprouve pour cet Institut, disait-il, des sentiments si extraordinaires que la raison cède à la manifestation de la volonté divine et que le cœur triomphe de tous les raisonnements de l'esprit?. » Non content de motiver ainsi son approbation personnelle, il détermina ses deux collègues à émettre un avis favorable, et se fit auprès du Souverain Pontife l'avocat enthousiaste de ce qu’il avait d’abord condamné ?.

Ce fut le 27 septembre 1540 que Paul I, par la bulle Regimini militantis Ecclesiae, confirma l’Institut d'Ignace de Loyola sous le nom de Compagnie de Jésus. Celle-ci depuis lors a regardé ce jour comme celui de sa naissance, et chaque année à pareille date elle en célèbre l’anniversaire.

La Bulle permettait aux dix premiers Pères, dont elle louait le zèle, de se donner des conslitutions conformément au but qu'ils s'étaient proposé, mais elle limitait le. nombre des profès à soixante. Deux ans plus tard, quand déjà une élite de ; Jeunes gens de grande espérance et des hommes mûrs, expérimentés dans la science et la vertu, s’offriront de toutes parts à la Compagnie, le même Pape abolira cette restriction par la bulle /njunctum nobis, en date du 1% mars 1543‘.

Le nom de Compagnie de Jésus, sous lequel le nouvel Ordre avait été approuvé, rencontra tout d’abord une forte opposition, qui devait se renouveler plus d'une fois dans le cours de son

1. Ribadeneira affirme, dans le procès, qu'il fut lui-même chargé de compter les messes dites à cette intention (Acta bealif., art. 16).

à Ribadeneira, 1. I, €. xvir.

3. « Ut summopere ejus Institutum laudaret, » dit Ribadeneira. Cf. Acta SS., p. 699, n. 172, 178.

4. Institulum Societalis Jesu, t. l:p15 Polanco, D; 72: Rodriguez, De Origine, p. 84.

existence. Quel orgueil et quelle injustice! s’écriait-on. Est-ce que tous les fidèles ne sont pas aussi de la compagnie de Jésus? Et par quel privilège ce titre serait-il réservé à la société d’Ignace? Un théologien célèbre, mais adversaire acharné, Melchior Cano, interprétant ces paroles de saint Paul aux Corinthiens : 17 est fidèle le Dieu par lequel vous avez été appelés à la compagnie de son Fils Jésus-Christ!, demandait de quel droit cette compagnie de Jésus-Christ, qui est véritablement l'Église, avait pu être entendue par Ignace dans un sens restreint et privé? « Que ceux done qui s’arrogent ce nom, disait-il, examinent bien s'ils n’imitent pas les hérétiques en prétendant faussement qu'ils ont chez eux l’Église?. » — « Telle n’est pas notre prétention, répondait le P. Polanco : nous voulons seulement être dans l'Église comme une troupe de soldats portant le nom de son capitaine*. » Le P. Possevin a fait au même sujet une remarque très juste : « Les dominicains, dit-il, s'appellent frères précheurs; cependant ils n’ont pas la prétention d’être seuls à prèchert. »

La persuasion intime du fondateur était que le nom de . en dépit de tous les efforts, resterait toujours à sa petite Compagnie. Comme nombre de gens lui conseillaient de le changer, il ne se laissa point ébranler. Or, pour quiconque connaît son humilité, son empressement à renoncer à sa volonté propre et à céder au jugement d'autrui, cette fermeté tranquille, plus forte que toutes les raisons et tous les avis, est une preuve certaine qu'il ne considérait pas cette question comme une affaire purement humaine. Il déclara de sa bouche au P. Polanco qu'il serait allé contre la volonté de Dieu, et se serait rendu grandement coupable, s’il avait hésité un instant à donner ce nom à sa société”. |

1. Ce texte est fort mal choisi, dit le P. Astrain (op. cit., ch. xt, p. 182, note), car ici societas ne signifie pas réunion d'hommes, mais participation, communion xovwvia. — 2. Locorum theologicorum libri XII, 1. 1V, c. 11. — 3. Polanco, p. 74.

4. « Sommaire des raisons et objections des adversaires de la Compagnie » réunies par Possevin, l’an 1565, au moment où il traitait de la réception de la Compagnie par l'entremise dé la reine (Galliae Epistol., t. III, fol. 1).

5. Polanco, p. 73. — Telle était bien, en effet, la volonté de Dieu. Elle devait même, un jour, se manifester sur ce point d’une facon remarquable et contre toute espérance. Un grand pape, Sixte-Quint, prévenu contre les disciples d’Ignace, avait résolu de changer leur nom et quelques-unes de leurs règles. Ni les représentations, ni les prières de la plupart des cardinaux ne parvinrent à le détourner de son dessein. 11 ordonna donc au P. Claude Aquaviva d'écrire aux Provinciaux de ne plus employer désormais le nom de Compagnie de Jésus. Celui-ci, ne pouvant se soustraire à cette pénible nécessité, porta au Pape le projet du décret qu'il avait rédigé. Sixte-Quint l’approuva, en louant l’obéissance du Général; mais satisfait de cette

démarche, il garda le projet sans en exiger l'expédition, et sa mort, arrivée peu de

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