Polanco, Chronicon, p. 85. Ribadeneira, 1. III, -c. r
2. Sur les différentes phases de cette élection, nous suivons de préférence le récit de Ribadeneira qui, déjà uni aux premiers Pères, parle en témoin oculaire, ainsi que lui-même nous en avertit.
FONDATION ET APPROBATION. re £
Rodriguez avaient laissé leur vote à Rome avant de partir pour
le Portugal; Le Fèvre avait envoyé le sien d'Allemagne, à trois
reprises différentes, pour plus de sûreté. Le septième jour, on
ouvrit l’urne qui contenait les votes des membres présents et
absents, moins celui de Bobadilla!, et il se trouva qu’à l’unanimité Ignace de Loyola était élu Général de la Compagnie de Jésus.
Au milieu de la commune allégresse, lui seul était triste. Plus
disposé à obéir qu'à commander, car il se jugeait inférieur à tous,
il protesta de son indignité et rappela la vie mondaine qu’il avait
menée pendant trente ans; il exposa les misères actuelles de son
âme et l'épuisement de ses forces incapables de porter un si lourd
fardeau ; il déclara enfin qu'il ne pourrait se rendre à leurs vœux
s’il ne recevait de nouvelles lumières d’en haut. On voulut d'abord
s'opposer à son dessein; puis, pour ne pas le contrister, on con-
sentit à recommencer l'élection après trois jours de pénitences et
de prières. Ignace espérait que Dieu inspirerait d’autres pensées
à ses compagnons, ne s’apercevant pas que son opposition même
ne servait qu’à les confirmer dans leur choix. Le quatrième jour,
un nouveau scrutin donna le même résultat : tous d’une mème
voix et d’un même cœur l’avaient élu Supérieur. Cette fois encore,
il ne crut pas devoir accepter; son humilité lui suggérait toutes
sortes d’excuses. Ses compagnons réclamèrent en le pressant de
: ne pas s'opposer davantage à la volonté de Dieu, mais sans pou-
voir vaincre sa résistance. Lainez lui dit alors, avec une franchise
pleine de modestie et de fermeté : « Cédez, mon Père, à la volonté
divine, sinon la Compagnie va se dissoudre; car je suis décidé à
ne pas reconnaître d'autre chef que celui qui a été désigné par
Dieu. » Ignace, convaincu que les siens ne lui témoignaient tant
d'estime que parce qu’ils le connaissaient mal, leur proposa de
s'en rapporter à la décision d’un tiers : après avoir ouvert toute
son âme à son confesseur, il le laisserait juge de sa détermina-
tion. Ils acceptèrent ce moyen, prévoyant quelle en serait l’issue.
Son confesseur était alors un Père Mineur nommé Théodose, du
couvent de Saint-Pierre in Montorio. Ignace, afin de pouvoir
traiter plus facilement avec lui, alla se renfermer dans ce
monastère pendant trois jours, le jeudi, le vendredi et le samedi
de la semaine sainte. Après avoir rendu à ce bon Père un compte
exact de toute sa vie passée, il lui demanda s’il devait accepter
la charge de Supérieur. Celui-ci répondit affirmativement; et
1, Bobadilla, on ne sait pour quelle raison, n'avait pas envoyé son vote (Acia SS., ? XXXIV, n. 353, p. 487).
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voyant qu'il n'avait pas encore triomphé de tous ses doutes, il ajouta que ne pas accepter l'élection serait résister au Saint-Esprit. Ignace le pria néanmoins d'examiner encore cette affaire avec une grande attention, de la recommander instamment à Notre- Seigneur, puis d'écrire sa décision et de l'envoyer par lettre cachetée à ses compagnons.
Le dimanche de Pâques, le fondateur retourna auprès d’eux, dans la vieille maison qu’ils habitaient, située en face l’église actuelle du Gesu. Dès le mardi suivant, 19 avril, le confesseur apporta la note convenue et en donna lecture devant tous les Pères assemblés : elle commandait à Ignace de cesser toute opposition et d'accepter la charge de Général. « Alors, dit Ribadeneira, à la grande joie de tous et au milieu d’unanimes applaudissements, le bienheureux Père, inclinant la tête, déclara qu'il obéissait!. »
Cette affaire terminée, il restait aux premiers membres de la Compagnie à s'engager envers elle pour toujours par les vœux solennels. Ils choisirent pour cette cérémonie le vendredi de la même semaine et l’église de Saint-Paul-hors-les-murs, où ils espéraient se trouver plus solitaires. Ignace y célébra la sainte messe dans la chapelle de Notre-Dame. Au moment de la communion il se tourna vers les assistants, tenant d’une main l’hostie au-dessus de là patène et de l’autre la formule de sa profession qu'il lut à haute voix. Quand il eut communié, il mit cinq hosties consacrées sur la patène, et se tournant de nouveau vers ses compagnons, agenouillés devant l'autel, il recut leurs vœux et leur donna la sainte communion. La formule fut la même pour tous, avec cette différence que les promesses d’Ignace s’adressaient directement au Vicaire de Jésus-Christ, et celle des autres à luimême comme Général de la Compagnie.
Après une fervente action de grâces, ils visitèrent les autels privilégiés de la basilique, puis, parvenus devant le maitre-autel, ils s'embrassèrent avec des larmes de joie, et témoignèrent leur vénération filiale à Ignace, en lui baisant la main. On dressa aussitôt un acte de la pieuse cérémonie, lequel fut souscrit par un clerc de Valence en Espagne, Jérôme Domenech, qui servait de secrétaire. L'inscription porte : « Fait dans l’église Saint-Paul, hors la ville, l'an du Seigneur 1541, le 22 avril? ». Ce jour-là,
1. Ribadeneira, 1. III, c. 1. Polanco, Chronicon, p. 90. 2. Dans la chapelle du crucifix miraculeux de sainte Brigitte, du côté de l’épitre, se trouve placée en mémoire de cet événement une inscription latine dont voici la traduc-
en la personne de ses premiers membres et de son premier Général, l'Ordre nouveau fondé par Ignace de Loyola prenait sa place dans l’armée de Jésus-Christ, et déjà, fort de son ardente jeunesse, il jetait un regard d’envie sur le monde qu’il rêvait de conquérir à l'amour divin.
tion : « A Dieu très bon, très grand. Dans celte très sainte basilique et devant l'image de la bienheureuse Vierge, Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, émit les vœux solennels des profès de la Compagnie et recut les mêmes vœux prononcés par ses compagnons, l'an du Seigneur 1541, le 10 des calendes de mai. L'abbé et les moines bénédictins de Saint-Paul, de la Congrégation du Mont-Cassin, ont posé ce monument pour là postérité. »